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Les personnes noires trois fois plus sujettes à des contrôles policiers que les personnes blanches à Halifax

Une voiture de la Police régionale d'Halifax
Police régionale d'Halifax Photo: Radio-Canada / CBC/Craig Paisley
Radio-Canada

Les probabilités que les personnes afro-néo-écossaises soient arrêtées par la police pour des contrôles de routine sont trois fois plus élevées que pour les personnes blanches à Halifax.

C’est ce que révèle une enquête de CBC, qui a obtenu des données de la police grâce à la loi sur l’accès à l’information.

Dans la plupart des cas, les contrôles impliquent une interaction entre un policier et une personne ou un groupe de personnes. Parfois, le policier note ses observations, sans qu’il y ait communication.

Ces contrôles sont enregistrés et incluent des détails sur la personne, dont son âge, son genre, son ethnicité ainsi que le lieu et les raisons de l’interaction.

Statistiques

Selon les données de la police, 36 700 personnes ont été sujettes à des contrôles de routine en 11 ans, certaines à plusieurs reprises.

De ces personnes, 4100 d’entre elles étaient noires. En proportion, elles représentent le tiers de la population afro-néo-écossaise d’Halifax. Un plus grand nombre de personnes blanches ont été sujettes à ces contrôles durant la même période, environ 30 000, mais elles ne représentent que 9 % de la population blanche de la capitale.

Les données provenant de la police régionale d’Halifax montrent également que les personnes identifiées provenant du Moyen-Orient ont été arrêtées 1,9 fois plus souvent que les personnes blanches.

Les données n’indiquent pas si les personnes arrêtées provenaient d’Halifax et ne couvrent que les secteurs de la ville sous la responsabilité de la police régionale d’Halifax.

Le chef de police d’Halifax, Jean-Michel Blais, dit qu’il est trop tôt pour parler de profilage racial. « Les gens vont présumer automatiquement que la raison pour ces disparités est le profilage racial », dit-il. « Mais on doit pousser les analyses plus loin pour déterminer les véritables causes de ces différences. »

L’affaire Kirk Johnson

La police d’Halifax a commencé à collecter ces données en 2005.

Deux ans plus tôt, une enquête de la Commission des droits de la personne avait déterminé que le boxeur Kirk Johnson avait été victime de discrimination quand la police l’avait arrêté et avait saisi sa voiture.

La commission avait ordonné à la police de verser 10 000 $ en indemnités à Kirk Johnson, d’offrir une formation en sensibilisation à la diversité raciale à ses agents et de recueillir des données sur tous les conducteurs arrêtés.

Le chef Jean-Michel Blais et le chef adjoint Bill Moore confirment qu’en 11 ans de données sur les contrôles de routine, personne ne les a analysées.

Pas surpris

Ashley Taylor, qui est noir, n’est pas surpris par les données qu’a obtenues CBC.

Ashley Taylor, 42 ans, estime qu'il se fait arrêter injustement parce qu'il est noir.Ashley Taylor, 42 ans, estime qu'il se fait arrêter injustement parce qu'il est noir. Photo : Radio-Canada / CBC/Paul Poirier

Il devient tendu chaque fois qu’il voit une voiture de police. « Me faire arrêter, c’est normal pour moi », dit-il.

Ashley Taylor, 42 ans, estime qu’il se fait arrêter en moyenne trois fois par année. « Est-ce que c’est du profilage racial? C’est possible », dit-il.

Il dit d’ailleurs qu’il le sait quand il s’agit d’un contrôle de routine. « Quand les policiers t’arrêtent et quand ils te demandent ton permis et tes enregistrements, ils essaient de voir si tu es nerveux, et cherchent d’autres indices du genre », affirme l’homme.

Il lui est même arrivé de payer des contraventions même s’il croyait n’avoir rien à se reprocher, afin d’éviter la confrontation.

C’est comme une taxe que je dois payer continuellement.

Ashley Taylor, un résident noir d'Halifax

Analyse des données

La police régionale d’Halifax n’a demandé que tout récemment à son coordonnateur de la recherche, Chris Giacomantonio, d’analyser les données. Il affirme qu’il faudra des mois pour découvrir pleinement ce que les chiffres révèlent.

Mais déjà, il avance des raisons possibles pour expliquer que les personnes noires sont plus souvent soumises à des contrôles.

« La police mène ces vérifications dans les secteurs où il y a plus de piétons, où il y a une plus grande densité de population et dans les quartiers où il y a plus d’activité criminelle. Ça peut expliquer en partie la situation » , dit Chris Ciacomantonio.

« Mais on ne peut pas écarter la possibilité que les policiers aient soumis certaines personnes à des contrôles à cause de leur ethnicité. On doit en être conscient, mais on ne peut pas le déterminer à partir des informations qu’on a jusqu’à maintenant. »

Le chef Jean-Michel Blais dit que la police régionale d’Halifax a appliqué la plupart des recommandations découlant de l’affaire Kirk Johnson. Il indique que l’analyse des données recueillies depuis 11 ans permettra de trouver des failles potentielles dans la formation des policiers et de prendre les mesures nécessaires pour corriger le tir.

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Société