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L’année musicale 2017 : trois interrogations et une prière

Koriass est l'un des rares chanteurs de hip-hop dont les chansons sont entendues sur les ondes des radios commerciales québécoises.

Koriass est l'un des rares chanteurs de hip-hop dont les chansons sont entendues sur les ondes des radios commerciales québécoises.

Photo : Evenko/Tim Snow

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Qu'est-ce que 2017 nous réserve sur le plan musical au Québec? Bien sûr, il y aura des tas de parutions de disques et des milliers de spectacles. Toutefois, à la lumière de ce que l'on a vu en 2016, cernons trois sujets précis sous forme d'interrogations en vue de l'année qui est à nos portes.

Un texte de Philippe Rezzonico Twitter Courriel  

Le Regroupement des artisans de la musique aura-t-il une voix forte?
On l’a dit et répété sur toutes les tribunes : le modèle actuel de rétribution des artistes ne tient plus la route.

Certes, il y aura toujours une poignée de vedettes qui arriveront à vendre un nombre considérable d’albums ou, à défaut de ventes substantielles de disques physiques ou numériques, qui arriveront à survivre par le biais des tournées.

Dans l’ensemble, le partage des revenus est rarement à l’avantage des artistes dans une industrie où la création et la diffusion reposent en partie sur les subventions et où les revenus plus importants vont dans les poches des fournisseurs d’accès Internet plutôt que dans celles des artisans.

D’ici à ce que des modifications majeures soient effectuées pour assurer une redistribution des revenus générés par tous les iTunes et Spotify de ce monde, les artistes, plus que jamais, doivent faire front commun.

Alfa Rococo (Justine Laberge et David Bussières)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alfa Rococo : Justine Laberge et David Bussières

Photo : Edouard Plante-Fréchette

D’où la naissance, ces dernières semaines, du Regroupement des artisans de la musique (RAM) fondé par David Bussières, d’Alfa Rococo. Soutenu par la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, l’Union des artistes (UDA) et la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ), le RAM se voudra pour les artistes une voix sans intermédiaire auprès de toutes les instances décisionnaires gouvernementales.

Il sera intéressant de voir comment ce nouveau regroupement se fera entendre dès l’an prochain et comment tous les dossiers touchant les modèles de diffusion de la musique (redevances, régime de copie privée, autoproduction, plateformes Internet, etc.) évolueront dans les prochains mois. Pour les artistes de chez nous – surtout ceux d’expression francophone –, les enjeux sont de taille. Il en va de leur survie à long terme.

La popularité du hip-hop : encore à la hausse?
L’année 2016 aura été celle de la Faucheuse en musique, mais il y a tout de même eu quelques raisons de se réjouir. L’une d’entre elles est indiscutablement le cru exceptionnel du hip-hop québécois.

Koriass, Dead Obies, Alaclair Ensemble, Brown, Loud Lary Ajust, Rymz et Kaytranada – qui a remporté le prestigieux prix Polaris –, entre autres, ont retenu l’attention en raison de leurs disques ou de leurs spectacles fédérateurs.

Le producteur de musique électronique KaytranadaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kaytranada

Photo : La Presse canadienne / The Windish Agency/Ash Kingston

Non seulement les FrancoFolies ont offert leur spectacle d’ouverture annuel à des collectifs hip-hop en juin, mais des millions de Québécois ont pu entendre certains d’entre eux (Koriass, Dead Obies) s’exprimer à Tout le monde en parle. Peu d’artistes hip-hop ont obtenu une telle visibilité dans le passé.

La tendance peut-elle se poursuivre en 2017? Ma foi, il n’y a rien qui indique que la qualité musicale ne sera pas au rendez-vous. De là à s’attendre à ce que le hip-hop – courant dominant dans les grandes villes du monde – atteigne chez nous un statut similaire à ce que l’on voit à New York ou à Los Angeles, il y a toutefois un pas qu’il ne faut peut-être pas franchir.

Une frange importante de la jeunesse québécoise écoute cette musique, mais il n’y a toujours pas de grande radio FM qui diffuse exclusivement du hip-hop sur notre territoire. Une telle antenne permettrait une percée notable à plus grande échelle, et ce, peu importe si le hip-hop québécois se décline en français, en anglais ou en « franglais ».

Il est aussi possible que la vague de fond observée cette année se transforme en tsunami. Après tout, à d’autres époques, on n’entendait jamais de musique punk, de métal ou de musique électronique sur nos ondes commerciales. L’état du hip-hop au Québec sera à surveiller toute l’année durant.

Hors des festivals, point de salut?

Quand j’ai commencé à faire ce boulot, un seul des festivals majeurs de musique à Montréal existait déjà : le Festival international de jazz de Montréal. Coup de cœur francophone et les FrancoFolies n’avaient pas encore vu le jour, pas plus que le festival Osheaga, Heavy Montréal, Pop Montréal, l’Igloo Fest, le MEG, Mutek, le Pouzza Fest, le Festival international Nuits d’Afrique et Montréal en lumière, pour ne nommer que ceux-là.

Foule importante lors du spectacles de Loco Locass aux FrancoFolies de Montréal en 2014Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Foule importante lors des FrancFolies de Montréal en 2014

Photo : FrancoFolies de Montréal

L’aspect rassembleur de ces festivals, qui proposent un spectre musical étendu, a bien servi les artistes et les festivaliers : une présence annuelle, souvent à date fixe, qui favorise l’assiduité des spectateurs; un encadrement adéquat des artistes et l’occasion pour les organisateurs d’attirer des commanditaires qui assurent la pérennité de l’événement et sa capacité de croissance. L’état du paysage actuel des festivals à Montréal démontre sans l’ombre d’un doute que la formule a fait mouche.

Toutefois, s’il y a des festivals qui sont gérés par des entreprises privées, à Montréal comme ailleurs, il y en a un bien plus grand nombre qui sont à but non lucratif et dont l’avenir repose sur l’aide gouvernementale.

En cette ère d’austérité, j’ai toujours la crainte de voir la culture passer du 17e au 33e rang des priorités chez nos gouvernements, tous paliers confondus, et de voir disparaître des fonds destinés aux arts. Ce qui pourrait avoir comme répercussions de potentielles disparitions d’événements, à Montréal ou ailleurs au Québec.

À bien des égards, les festivals sont devenus de véritables figures de proue pour l’industrie de la musique, et même des bouées de sauvetage pour la diffusion de celle-ci. Toutefois, pour avoir une bouée, ça prend une embarcation, et ce ne sont pas toujours les organisateurs de ces festivals qui en financent le coût.

Hors des festivals, point de salut? La prochaine année nous dira si la tendance se maintient.

D’ici là, quelqu’un sait à qui il faut s’adresser pour demander (et obtenir) un moratoire sur les disparitions d’artistes issus du monde de la musique en 2017?

Merci et bonne année musicale à tout le monde!

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