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Fausses nouvelles : la recherche algorithmique de la vérité, une utopie?

Suite de zéros et de uns qui représente une vision artistique d'un algorithme
Vision artistique d'un algorithme Photo: Radio-Canada / Martin Lessard
Martin Lessard

Google corrige son algorithme pour retirer des sites négationnistes de ses résultats. Mais la firme n'est pas au bout de ses peines.

Certains types de recherche sur Google affichaient jusqu’à tout récemment comme résultats des sites négationnistes et d’extrême droite, tous déterminés à prouver l’inexistence de l’Holocauste durant la Seconde Guerre mondiale.

Depuis une semaine, la situation semble être corrigée, du moins en ce qui a trait à ces types de recherche. Les sites niant l’existence de l’Holocauste ne figureront plus dans le haut de la page des résultats de Google.

Les résultats devraient donc mettre plus en évidence des sites « de meilleure qualité et plus crédibles », selon Google. Pour une firme qui se targue de donner les meilleures réponses aux questions, il était temps.

Évaluer quelle page sur le web répond le mieux à une question est un vrai défi et nous ne le réussissons pas toujours.

Un porte-parole de Google

Mais avec ce genre d’ajustement algorithmique, il faudra probablement compter des semaines, voire des mois, avant que le changement ne soit visible dans toutes les recherches.

Pourtant, ce n’est qu’un baume sur un problème plus grand.

Comment un algorithme peut-il reconnaître la vérité?

Le vrai défi, c’est comment Google peut mettre en place un véritable système d’autocorrection pour éviter que des sites douteux dominent les résultats. Pour l’instant, Google semble réagir au cas par cas.

En effet, le journal britannique The Guardian a révélé, dans une série d’articles éloquents cet automne, qu’en tapant les premières lettres d’une question (en anglais) sur les juifs, les musulmans ou les femmes, Google suggérait systématiquement de compléter avec le mot evil ou bad (diabolique, méchant) : « Are Jews evil; Are Muslims bad; Are women evil. » Et les résultats pointaient vers des sites à caractère haineux.

Depuis, Google a agi concernant les problèmes soulevés par The Guardian. Pour les sites négationnistes, le problème semble en voie d’être réglé. Toutefois, Google n’est pas au bout de ses peines pour tous les autres types de requêtes.

L’utopie d’un réseau du savoir

Google a été fondée à une époque où la publication de contenus, et les liens qui les interrelient, découlaient d’une volonté de diffuser les connaissances et les savoirs, notamment universitaires et journalistiques, mais aussi les blogues et les sites amateurs de bonne foi, les plus crédibles étant les plus référencés.

Malheureusement, la démocratisation des outils de publication en ligne a permis aussi à toute une frange de la population de publier des contenus qui contestent la vérité « officielle ».

Les sites conspirationnistes ont prospéré. Et leur contenu se mêle maintenant à tous les autres.

Sans intervention humaine, aucun algorithme ne semble capable de distinguer le bon grain de l’ivraie.

L’intervention récente de Google prouve une fois de plus que les algorithmes ne sont pas neutres. Les résultats sont bel et bien choisis par des humains qui ont paramétré les algorithmes pour afficher ce qu’ils jugent être valables.

Google dit que son moteur de recherche ne reflète que ce qui se trouve sur le web, pas la position de Google. Mais la firme omet de dire que ce qui est affiché est un choix décidé par ses ingénieurs.

Les fausses nouvelles contre les vraies

Il reste à prouver, encore, que des algorithmes sont capables de démêler ce que même les humains semblent eux-mêmes avoir de la difficulté à démêler : le vrai du faux.

La polémique des « fausses nouvelles » en 2016, que certains rendent coupables d’avoir favorisé l’élection de M. Trump à la présidence des États-Unis, ne se terminera pas de sitôt.

Des médias conservateurs américains, des républicains haut placés et même M. Trump lui-même, ne croient pas que les fausses nouvelles aient pu jouer un rôle dans la dernière élection présidentielle. Pour eux, ce sont les grands médias qui font les fausses nouvelles.

Donald Trump lors d'un rassemblement en Pennsylvanie, le 16 décembre 2016.Donald Trump a gagné la course à la Maison-Blanche de façon juste et honnête, soutiennent ses conseillers. Photo : Reuters / Lucas Jackson

Ce qui se faisait appeler fausse nouvelle en 2016 faisait spécifiquement référence aux histoires complètement inventées pour générer des clics et des revenus.

En 2017, faut-il craindre que l’expression s’étende aux mauvais reportages, à la presse à sensation ou à de la pure propagande?

La chaîne Fox News, réputée pour avoir un biais conservateur, dit faire une couverture de l’actualité « juste et balancée ». Cela érode automatiquement la crédibilité de ses concurrentes plus à gauche aux yeux de son auditoire.

La fausse nouvelle devient celle qui ne correspond pas à votre croyance? Pente très glissante.

Google ne peut faire autrement que de travailler avec ces contenus qui viennent de sources qui se déclarent objectives, comme les grands médias. C’est un problème qui touche aussi Wikipédia (qui n’accepte que des sources journalistiques ou universitaires déjà publiées).

Il faut reconnaître que le problème de l’objectivité dans le monde journalistique ne date pas d’hier (toute la Philosophie, depuis 2000 ans,est une longue suite de réflexions sur le sujet).

Mais le débat s’est incrusté de façon permanente dans le monde d’Internet au cours des années.

Et il est difficile de croire que la solution puisse être résolue par des algorithmes seulement. La recherche de la vérité est un problème bien trop humain pour le laisser aux seuls robots.

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À lire aussi sur Triplex, le blogue techno de Radio-Canada:

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