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Le monde de Phillip Danault

Phillip Danault, d'hier à aujourd'hui

Phillip Danault, d'hier à aujourd'hui

Photo : Getty Images / et courtoisie de la famille Danault

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Phillip Danault a connu une saison de 105 points... chez les novices. Il possède aussi sa propre bague de la Coupe Stanley... remportée à titre d'espoir des Blackhawks de Chicago qui l'ont repêché au 1er rang en 2011. Qui est ce joueur québécois devenu régulier dans la Ligue nationale il y a à peine un an et que les amateurs du Canadien de Montréal apprécient de plus en plus?

Un texte de Jean-Patrick Balleux

De son propre aveu, le Victoriavillois dit qu'il est « un gars de famille ».

C'est d'ailleurs le terme qu'il utilise quand il parle de ses coéquipiers chez le Canadien. C'est grâce à son père Alain, sa mère Michelle, sa soeur Ann-Andrée et son cousin Antoine qu'il est aujourd'hui ce jeune terre-à-terre de 23 ans.

Gilles Bouchard, ancien entraîneur des Estacades midget AAA à Trois-Rivières, s'ajoute également à cette liste.

L'attaquant défensif avait décidé en novembre 2008 que rien ni personne ne l'arrêterait vers son objectif : faire carrière dans la Ligue nationale de hockey.

« C'est un passionné », dit Bouchard, élu entraîneur junior de l'année au pays en 2016.

Aujourd'hui à la tête des Huskies de Rouyn-Noranda, Bouchard se souvient très bien d'avoir accueilli Danault à son bureau des Estacades.

Habituée aux titres de capitaine et aux honneurs depuis ses débuts dans le hockey mineur à l'âge de trois ans et demi, la recrue midget AAA avait eu le culot d'exiger de Bouchard plus de responsabilités et une plus grande utilisation.

Le jeune de 15 ans ne comprenait pas pourquoi, pour la première fois de sa jeune carrière, il obtenait moins de minutes de jeu par match qu'à l'habitude.

Le match suivant, contre Beauport, Danault avait évolué sur le premier trio et comme défenseur (pour la toute première fois) en avantage numérique.

« Il avait une bonne vision, c'était un bon passeur avec un bon sens du jeu. Ce match-là, il avait eu une étoile grâce à un but et deux passes », affirme Bouchard, qui parle d'un élément déclencheur. Il était prêt à en prendre plus, à prendre l'équipe sur ses épaules.

Il a été impressionnant et tout ça a eu un impact sur sa carrière », ajoute-t-il.

L'entraîneur Gilles Bouchard se souvient d'un jeune Phillip Danault de 15 ans qui a surgi dans son bureau pour revendiquer sa place.

« En prendre plus », c'est un peu l'histoire de Phillip Danault avec le Canadien cette saison. En octobre, il jouait à l'aile au sein du quatrième trio.

Avec la multiplication des blessés, il se retrouve parfois au centre du premier trio. Marc Bergevin, qui l'avait recruté en 2011 au moment où il travaillait encore à Chicago, savait très bien ce qu'il faisait lorsqu'il a rapatrié « son Danault » et un choix de deuxième tour contre Dale Weise et Thomas Fleishmann en février 2016.

Devenir un Canadien

« C'était beaucoup d'émotions. Étais-je content? Pas content? Je ne savais pas, dit Danault, qui préparait le souper lorsqu'il a appris son échange. On avait peur. Ma blonde shakait. »

SEs parents ont été les premiers à apprendre la nouvelle.

« Il y a eu un blanc, lance sa mère Michelle, une infirmière qui se fait parler de son fils tous les jours. C'était inquiétant au niveau médiatique. On croyait qu'à Chicago, il ferait sa petite vie avec son amoureuse Marie-Pier. »

« C'est ça qui nous faisait le plus peur, rétorque Alain, directeur général des deux clubs de golf dans la région de Victoriaville et voix officielle des Tigres (LHJMQ) durant 19 ans. Le Canadien de Montréal au Québec, c'est l'organisation sportive la plus suivie. Le premier ministre va faire une conférence de presse, le Canadien obtiendra quand même plus de temps d'antenne. Chaque fait et geste va être scruté non seulement par les journalistes, mais aussi par les partisans. Dès qu'une passe est mal exécutée, on le sait tout de suite. »

Michelle, Alain et Phillip Danault se rappellent du choc et la crainte causés par l'échange qui a amené le centre des Blackhawks de Chicago au Canadien de Montréal.

« Le Canadien, mon Dieu, c'est l'équipe la plus prestigieuse de la LNH, analyse Ann-Andrée, la soeur aînée de Phillip. Mais ça vient avec un autre côté. Premièrement, Phillip est québécois. Deuxièmement, Montréal n'est pas très loin de Victoriaville. On sait à quel point les médias peuvent être difficiles avec certains joueurs. »

Elle rappelle que son frère bénéficiait déjà de l'appui de sa ville natale. Entre la pression exercée par 45 000 habitants et celle d'une province, il n'y a qu'un pas.

Petit frère collant

Phillip Danault a beau porter l'uniforme du Tricolore, il demeurera toujours le petit Phillip pour sa soeur.

Comme la plupart des grandes soeurs, elle trouvait son jeune frère bien collant quand elle était petite. Aujourd'hui, les deux sont inséparables.

« Longtemps, j'ai été "la fille de" parce qu'Alain, mon père, est bien connu à Victoriaville. Après, je suis devenu "la soeur de" avec Phillip dans la Ligue nationale. Il y a deux façons de voir la situation : soit tu subis, soit tu t'en sers. Mon nom, c'est Danault. Je vais l'assumer et continuer dans la belle voie que les gens tracent devant moi. »

Ann-Andrée rappelle la « belle passe sur la palette » que lui avait fait son frère alors qu'elle vivait des moments difficiles.

Phillip lui avait envoyé un billet d'avion pour Rockford dans l'Illinois, où se trouve le club-école des Blackhawks, pour venir le rejoindre et lui changer les idées.

« Ça été une super semaine. J'ai vu son petit monde de joueur de la Ligue américaine. Il habitait en colocation avec quatre autres gars. Il m'avait fait une place et avait pris le temps d'être avec moi. J'ai apprécié. »

De petit frère à attaquant dans la LNH, raconté par sa soeur Ann-Andrée (et ses parents).

Cette générosité s'est aussi soldée par une nouvelle porte de garage devant la maison familiale de Victoriaville.

Phillip avait promis que le jour où il signerait un premier contrat professionnel, il remplacerait à ses frais la porte blanche marquée des milliers de rondelles non cadrées durant sa jeunesse.

En 2012, lorsque l'entente des Blackhawks est arrivée, Phillip a tenu sa promesse.

Une vingtaine des proches de la famille ont même été invités à lancer des rondelles sur la porte et à l'autographier avant de la changer.

 

Antoine Paradis se souvient de cet épisode. Il est l'un des cinq cousins que Phillip considère comme parmi ses meilleurs amis.

Il s'est même fait payer par son cousin hockeyeur la moitié du prix d'un voyage à Cuba. Il s'agissait de la première folie, et l'une des seules, de Danault pour célébrer son accession au monde du hockey professionnel.

« Quand je le vois devant la caméra à la télévision, c'est un autre Phillip. Avec nous, et avec la famille, il va plus faire l'idiot », raconte Antoine, qui trouve son cousin bien poli en entrevue.

Il rappelle notamment un épisode de chalet où Phillip, qui recherche toujours une façon de s'amuser peu importe la situation, avait claqué des balles de golf du haut d'une falaise.

Le lendemain, il avait découvert un pâté de chalets au pied de la falaise. Les résidents doivent encore se demander d'où sont arrivées les dizaines de balles.

Antoine Paradis explique pourquoi son cousin et ami Phillip Danault agit différemment en public et en famille.

« Je ne dirais pas qu'il est réservé devant la caméra, précise Ann-Andrée. C'est un côté profesisonnel qu'il s'est développé avec les journalistes en entrevue. Il a eu un bon coach en arrière-scène. Mon père était là pour l'aider à savoir quoi dire, quoi ne pas dire pour ne pas qu'il dérape. »

Antoine Paradis est fier de voir son cousin porter l'uniforme du Canadien. Et heureux d'avoir en quelque sorte participé à la formation du centre combatif.

« Je ne suis pas un très bon joueur de hockey, mais un été, il y a quelques années, il m'a convié sur une patinoire. Une fois sur la glace, je me suis rendu compte que Phil ne voulait pas qu'on pratique son lancer frappé, mais plutôt ses mises en échec. Il me disait, Antoine, va longer la bande avec la rondelle. Il se donnait un élan et me rentrait dedans pour me geler dans la bande. »

Le pince-sans-rire n'est pas à l'abri de ce genre de canular. En 2008, les vétérans des Estacades midget AAA de Trois-Rivières ont orchestré une mise en scène avec leur entraîneur.

Dans l'autobus de l'équipe, Gilles Bouchard avait engueulé Danault durant de longues minutes sous un faux prétexte.

« Vous auriez dû le voir. Il ne filait pas. Il avait les larmes aux yeux et 30 minutes après, il avait encore les larmes aux yeux. Me semble qu'il avait dit qu'il avait l'impression que c'était la fin de sa carrière de joueur de hockey. Il avait été ébranlé par ça. C'était un petit gag et ça été bon pour la chimie de l'équipe. Une expérience dans sa vie. Tu sais, Phil est un gars émotif... et tabarouette... il faisait pitié dans l'autobus. On avait hâte de lui dire que c'était une farce! »

Bouchard se réjouit de voir un autre Québécois connaître du succès chez le Canadien de Montréal.

« C'est motivant pour les joueurs du Québec. Ces jeunes-là rêvent tous à ça. Puis je pense que Phillip démontre que tout est possible. »

Prochaine étape pour lui et le Canadien? Les séries, et avec un peu de chance, la Coupe Stanley. Mais comme Danault le dit souvent : tout sera une question de bien faire les petits détails.

« On se surprend encore aujourd'hui à dire à Phillip de mettre son sourire quand il saute sur la patinoire. Qu'il soit tout petit ou qu'il soit rendu où il est aujourd'hui, c'est encore le même conseil », indique Alain Danault.

« Peu importe le rêve, le but, c'est d'encourager nos enfants », complète sa mère Michelle.

« Ce qu'on veut dans le fond, c'est qu'il soit un bon joueur de hockey. Mais d'abord et avant tout, qu'il soit une bonne personne. C'est ce qui nous fait le plus plaisir », conclut le papa.

Et la Coupe Stanley dans tout ça? « Une bonne personne qui gagne la Coupe Stanley, c'est encore mieux! »

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