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Les jeunes sans diplôme peinent de plus en plus à trouver un emploi

Une jeune femme consulte les offres d'emploi.
Une jeune femme consulte les offres d'emploi. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les plus récents chiffres de Statistique Canada n'ont rien de rassurant pour les jeunes décrocheurs scolaires. Au cours des 10 dernières années, la proportion de 25-34 ans sans diplôme d'études secondaires (DES) qui parviennent à se trouver un emploi a diminué.

Un texte d'Alexandre Duval Twitter Courriel 

A priori, la baisse du taux d'emploi chez les 25-34 ans qui sont sans diplôme peut sembler relativement minime. Pour ceux qui n’ont pas franchi le premier cycle du secondaire, tout comme pour ceux qui ont décroché peu de temps avant l’obtention de leur diplôme, la baisse du taux d’emploi s’établit à 5 %.

Cette diminution cache toutefois une tendance lourde qui ne semble pas en voie de s'inverser. C'est ce qui retient l'attention de la professeure à l'école de service social de l'Université Laval Ysabel Provencher. « Il y a vraiment, pour cette population-là, une difficulté de plus en plus grande à accéder à des emplois », confirme-t-elle.

 

La baisse du taux d'emploi entre 2005 et 2015 dans cette tranche de la population cache autre chose.

En effet, on n'observe pas le même phénomène chez les jeunes qui détiennent un diplôme, signe que le faible taux d'emploi des non-diplômés n'est pas attribuable à une simple conjoncture économique.

Au cours de la même période, le taux d’emploi des jeunes ayant terminé avec succès leurs études postsecondaires et tertiaires ne s'est pas rétracté : il est resté exactement le même.

 

Cette réalité serait attribuable à deux phénomènes qui, de l’avis d’Ysabel Provencher, ne disparaîtront pas de sitôt. « La situation n’ira pas en s’améliorant. »

1. Les emplois disponibles sont de plus en plus spécialisés.

Dans une publication de 2012, Emploi Québec confirmait que, depuis 1990, les emplois qui exigent peu de qualifications se sont faits de plus en plus rares dans la province.

En 1990, les non-diplômés représentaient près de 30 % des travailleurs de 15 ans et plus au Québec. En 2012, ils n’en représentaient plus que 15 %.

À l'inverse, la proportion des détenteurs d’un diplôme universitaire ayant un emploi a doublé au cours de la même période, passant de moins de 15 % en 1990 à plus de 25 % en 2012.

La nature du travail a changé. On dit souvent qu’on est dans une économie du savoir, donc c’est important d’avoir un diplôme pour accéder à l’emploi.

Ysabel Provencher, professeure à l'école de service social de l'Université Laval

2. Il y a une surspécialisation des travailleurs.

Dans les pays de l’OCDE, un travailleur sur quatre est dit « surqualifié », c’est-à-dire qu’il a des qualifications supérieures aux exigences de son emploi.

Selon Emploi Québec, cette proportion atteint 31 % dans la Belle Province. En 1990, cette proportion n’était que de 18 %. Conséquence : il n'y a pas assez d'emplois « spécialisés » pour tous ces travailleurs surqualifiés.

Cela a pour effet de pousser les travailleurs surqualifiés à se tourner vers des emplois non spécialisés qui, autrement, seraient occupés par des travailleurs moins diplômés.

L’offre de travail qualifié a augmenté, mais pas autant que la disponibilité de travail qualifié.

Ysabel Provencher, professeure à l'école de service social de l'Université Laval

Une diminution du nombre de non-diplômés

Parallèlement à cette baisse du taux d’emploi chez les non-diplômés, Ysabel Provencher souligne la progression remarquable du niveau de scolarité des Québécois au cours du dernier quart de siècle.

En fait, la proportion des 25-34 ans qui ne détiennent pas de DES a chuté de manière importante.

 

Autrement dit, il est plus difficile pour les non-diplômés de se trouver un emploi, mais ils sont de moins en moins nombreux à être dans cette situation.

La professeure ajoute une nuance : les non-diplômés sont contraints d’accepter des emplois de plus en plus précaires, voire de cumuler plusieurs petits emplois pour avoir un revenu décent.

Dans ce contexte, Ysabel Provencher croit que de porter le salaire minimum à 15 $ l’heure, comme le revendiquent certains groupes sociaux et partis politiques, pourrait constituer une partie de la solution.

Québec

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