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  • Exclusif
  • Des Premières Nations toujours dépourvues de services incendies adéquats

    La maison rasée par les flammes en février 2015 dans la réserve indienne Makwa Sahgaiehcan

    Le feu a tué deux enfants et détruit une maison dans la réserve indienne Makwa Sahgaiehcan au nord-est de Lloydminster en février 2015

    Photo : Newcap Television / Kim Capiral

    Radio-Canada

    Les communautés autochtones de la Saskatchewan n'ont pas toutes accès à un service d'incendie égal pour combattre les flammes destructrices. Certaines Premières Nations ont leur propre service d'incendie, alors que d'autres doivent se rabattre sur l'appui d'un service provincial basé parfois à des centaines de kilomètres de leur réserve.

    Un texte de Estelle Côté-SrokaTwitterCourriel 

    « La plupart des communautés [dans le nord de la Saskatchewan] n'ont personne de qualifié qui peut répondre [à un incendie] en moins d'une heure », affirme le responsable des services d'urgence pour le Grand Conseil de Prince Albert, Richard Kent.

    C'est le cas de la Première Nation de Deschambault Lake qui, à plus de 300 km au nord-est de Prince Albert, n'a pas service d'incendie. Elle s'est récemment procuré un camion de pompier qu'elle devrait pouvoir opérer d'ici le printemps prochain, selon M. Kent. La Première Nation de Shoal Lake a un camion de pompier, mais il n'est pas fonctionnel. Dans la plupart des cas, les services ne sont pas fonctionnels à cause des réparations nécessaires qui peuvent prendre du temps vu l'âge des véhicules, indique M. Kent.

    Dans nos Premières Nations, nous sommes chanceux d'avoir un camion de pompier.

    Richard Kent, responsable des services d'urgence pour le Grand Conseil de Prince Albert

    Forte hausse des interventions en 2015

    Après les inondations de 2011, la province a développé un service d'intervention d'urgence pour appuyer et desservir au besoin les communautés autochtones prises de court ou encore celles qui n'ont pas de service d'incendie.

    En 2014, il a été appelé en renfort à 41 reprises pour répondre à des incendies dans des Premières Nations. Ce chiffre a plus que doublé en 2015 pour passer à 84, indiquent des données du ministère des Relations gouvernementales obtenues après plus de cinq mois de demandes répétées.

     

    Deux équipes basées à Prince Albert

    Le service de gestion des urgences compte deux équipes de quatre intervenants d'urgence basées à Prince Albert.

    Lorsque le gouvernement provincial reçoit un appel au service d’urgence 911, il dépêche une de ses équipes dans la communauté. Toutefois, celles-ci se trouvent majoritairement à des centaines de kilomètres.

    Le 28 août 2015, par exemple, une équipe a dû parcourir plus de 450 km pour répondre à un incendie de structure dans la Première Nation Cowessess, qui est pourtant située près de villes de taille moyenne et à environ 160 km de la capitale, Regina.

    Le service d'urgence provincial n'a pas d'accès direct à un avion. Il mène ses opérations avec des camions de pompiers, des embarcations nautiques et des véhicules tout-terrain. Il arrive parfois que l'équipe doive rebrousser chemin, quand la communauté indique que le service n'est pas nécessaire ou que l'incendie ne pose pas de risque.

    Après chaque incident, les Premières Nations qui reçoivent le service doivent produire un rapport. Le gouvernement a toutefois refusé à Radio-Canada l'accès total à ces documents par la Loi d'accès à l'information sans le paiement d'une somme considérable.

    Un service vide de sens

    Sans s'opposer catégoriquement au service d'urgence, Richard Kent ne voit pas la pertinence de son fonctionnement. Si les intervenants doivent conduire quelques heures pour répondre à un incendie, il ne restera que de la fumée, selon M. Kent, qui est aussi vice-président de l'Association des pompiers autochtones du Canada.

    « [Les communautés] devraient avoir un département de pompiers volontaires leur permettant d'obtenir une intervention dans un délai de 14 minutes », fait-il valoir.

    Nous voulons les appuyer, nous ne voulons pas faire le travail dont ils sont responsables.

    Duane McKay, commissaire à la gestion des urgences de la Saskatchewan

    Le commissaire à la gestion des urgences de la province souligne que la gestion des services d'incendies dans les Premières Nations relève du gouvernement fédéral.

    Duane McKay en uniforme à l'extérieur de son bureauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Le commissaire à la gestion des urgences de la Saskatchewan Duane McKay

    Photo : Radio-Canada / Estelle Côté-Sroka

    « Notre rôle n'est pas de devenir le service d'incendie principal des communautés, dit Duane McKay. Nous ne voulons pas nous mettre dans une situation dans laquelle nous sommes les premiers répondants, car nous ne le sommes pas, nous sommes les seconds répondants. »

    M. McKay ajoute qu'en cas d'urgence, de menace à une vie humaine ou à une propriété, son équipe veut faire le maximum pour limiter la menace.

    Le ministère des Relations gouvernementales a récemment réduit le nombre d'intervenants d'urgence dans ce service. Duane McKay explique que la province a changé ses façons de faire, qu'elle appuie davantage la formation dans les communautés locales et qu'elle encourage ces dernières à s'aider mutuellement pour répondre aux incendies.

    Financement du service d'urgence provincial

    Le financement de ce service est une autre source de préoccupation pour le responsable des services d'urgence pour le Grand Conseil de Prince Albert. Richard Kent craint que la facture des interventions du service d'urgence ne soit passée aux Premières Nations, alors que plusieurs sont déjà aux prises avec des défis, notamment au niveau du logement.

    La province a en effet signé une lettre d'entente avec le ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada qui lui permet d'exiger un remboursement chaque fois que les équipes d'intervention se déplacent dans une réserve.

    Les Premières Nations demandent au gouvernement fédéral de mettre en place un commissaire aux incendies autochtone, souligne M. Kent. La création d'un tel poste aiderait, selon lui, à améliorer les services d'incendie dans les communautés isolées.

    Le ministère fédéral des Affaires autochtones a refusé de répondre à nos demandes d'information sur cet enjeu.

    Saskatchewan

    Prévention et sécurité