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Opioïdes : Ottawa facilite l'implantation de centres d'injection supervisée

La réduction des méfaits sera au cœur de la politique canadienne sur les drogues annonce la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott.

Photo : Radio-Canada / Rafferty Baker

Radio-Canada avec La Presse canadienne

Le gouvernement fédéral annonce qu'il facilitera la mise sur pied de centres d'injection supervisée à travers le pays, tout en s'attaquant à la production et à l'importation des opioïdes.

Le gouvernement Trudeau veut ainsi changer l'approche conservatrice en matière de lutte contre les drogues en en faisant un enjeu de santé publique plutôt que de criminalité.

La ministre de la Santé, Jane Philpott, a annoncé lundi une nouvelle Stratégie canadienne sur les drogues et autres substances, remplaçant la stratégie « antidrogue » du gouvernement précédent.

Lorsqu'il sera adopté, le projet de loi C-37 simplifiera la vie aux collectivités qui souhaitent que des centres d'injection soient implantés. Au lieu de se plier aux 26 conditions obligatoires qui prévalaient par le passé, les villes auront à remplir cinq grands critères.

Elles devront prouver qu'il existe un réel besoin pour ce centre, que des consultations ont été menées, qu'elles ont évalué l'impact sur la criminalité et qu'elles disposent des ressources nécessaires pour gérer un tel centre et d'une structure réglementaire pour l'encadrer.

L’avocate DJ Larkin, de la société juridique Pivot à Vancouver, s’inquiète que le projet de loi comporte encore comme critère la consultation de la population.

« Consulter la communauté par rapport à un centre médical, c’est un processus pénible. Ça risque d’augmenter les occasions pour les personnes dans la communauté de donner des opinions qui sont des préjugés », soutient-elle.

Mark Lysyshyn, médecin en santé publique de la régie de la santé Vancouver Coastal HealthAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mark Lysyshyn, médecin en santé publique de la régie de la santé Vancouver Coastal Health, dans la salle d'urgence mobile pour contrer les surdoses.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Gagnon

Pour Mark Lysyshyn, médecin en santé publique de la régie de la santé Vancouver Coastal Health, il y a peut-être un peu d’espoir de voir enfin de nouveaux centres ouvrir. « Ça fait quelques mois qu’on demande qu’ils enlèvent la loi C-2 […] Mais il va encore y avoir un processus de candidature auprès de Santé Canada, et on ne connaît pas encore les détails », explique le docteur Lysyshyn.

Il existe deux centres d'injection supervisée au Canada, tous les deux à Vancouver.

Montréal séduite?

L'idée d'imposer seulement cinq grands critères aux villes est une approche qui pourrait séduire le maire de Montréal, Denis Coderre. L'élu caresse depuis un bon moment le projet d'implanter trois centres d'injection supervisée dans les locaux d'organismes communautaires de la métropole.

 

Jusqu'à l'an dernier, il s'était heurté aux conservateurs de Stephen Harper. En conférence de presse la semaine dernière, le maire Coderre avait affirmé qu'il croyait que ces centres d'injection verraient le jour dès 2017.

La loi C-37 permettra aussi aux douaniers d'ouvrir sans préavis tous les colis qu'ils jugent suspects, quel que soit leur poids.

En ce moment, si un paquet pèse 30 grammes ou moins, les agents doivent obtenir l'autorisation de l'expéditeur ou du destinataire pour l'ouvrir. Or, un colis de 30 grammes de fentanyl contient 15 000 doses mortelles, a fait valoir le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Plus de pouvoir aux douaniers

Selon Terry Lake, le ministre britanno-colombien de la Santé, « donner plus de pouvoir aux agents douaniers qui auraient le moindre doute est une étape importante et complémentaire afin de mettre fin au flot d’opioïdes dans nos rues ».

Les presses à comprimés et les instruments d'encapsulation qui peuvent être utilisés dans la production de stupéfiants seront par ailleurs interdits, s'ils ne sont pas enregistrés.

La crise des opioïdes frappe durement la Colombie-Britannique, qui a compté 622 décès par surdose entre janvier et octobre, dont 60 % attribuables à l'utilisation du fentanyl.

L'annonce d'Ottawa survient au moment où le taux d'hospitalisation lié à des surdoses d'opioïdes est en hausse un peu partout au pays, surtout en Colombie-Britannique. Bien qu’il n’ait pas voulu, pour l'heure, dévoiler de nouveaux chiffres, le ministre de la Santé provincial, Terry Lake, a laissé entendre que le mois de novembre compte le plus grand nombre de victimes de surdoses depuis le début de l’année.

Compte tenu de l'urgence d'agir, la ministre Philpott espère que la législation sera adoptée rapidement, car « des gens meurent chaque jour » de cette situation, a-t-elle insisté.

« J'espère que ce projet de loi va passer assez vite à la Chambre des communes et dans le processus législatif. Mais [entre-temps], moi, dans mon ministère, je vais donner plus de ressources pour aider les communautés qui veulent ces sites », a-t-elle souligné.

Plan d'action

Pour juguler la crise, le gouvernement propose un plan d'action, qui comprend notamment le fait de mettre à la disposition de la population plus d'informations sur les risques liés aux opioïdes.

Ottawa veut aussi améliorer les pratiques d'ordonnance et l'accès aux traitements, ainsi que réinvestir en santé mentale.

Le Nouveau Parti démocratique juge toutefois ces actions « timides » et propose la déclaration d'une urgence nationale de santé publique sur la question.

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Colombie-Britannique et Yukon

Drogues et stupéfiants