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Google victime de micropropagande d’extrême droite?

Logo de Google avec un effet artistique
Vision artistique de Google dans le web profond Photo: Radio-Canada / Martin Lessard
Martin Lessard

Le système de classement de Google serait-il manipulé et contrôlé pour afficher des résultats de recherche sur l'Holocauste (en anglais) qui pointent d'abord vers des sites négationnistes?

Dans un troisième article en une semaine, le quotidien britannique The Guardian attaque la supposée neutralité de Google.

Le modèle d’affaires de Google repose sur l’idée qu’il est une plateforme neutre, que son algorithme magique, avec sa baguette magique, donne des résultats magiques sans jamais être souillé par l’intervention humaine.

Carole Cadwalladr, journaliste du Guardian

Google nous laisse croire, dit la journaliste, qu’il n’est pas un média d’information. Sa mission pourtant est « d’organiser toute l’information du monde ». Alors pourquoi, en tant que source crédible pour beaucoup de monde, lorsqu’on l’interroge pour savoir si l’Holocauste a existé ou non, Google n’est-il pas tenu à dire la vérité comme les autres médias?

Première page de résultats (en anglais) dont des liens pointes vers des sites qui nient la réalité de l'HolocausteCopie d'écran d'une recherche sur l'Holocauste (12 décembre 2016) Photo : Radio-Canada / Martin Lessard

La page de liens que retourne Google pointe vers des sites tous déterminés à prouver l’inexistence du massacre durant la Seconde Guerre mondiale. Un média qui tenterait une telle chose ne serait-il pas immédiatement appelé à comparaître en cours?

La neutralité des algorithmes de Google a le dos large. La société ne semble pas se sentir obligée de prendre position, disent les spécialistes. Va-t-elle au moins reconnaître que son moteur est manipulé par une micropropagande de droite?

« Le problème, puisque Google propage des messages de haine, à travers les suggestions automatiques et les réponses associées, c’est que le géant du web peut être accusé d’être coconspirateur », affirme la spécialiste des données Cathy O’Neil, interviewée par The Guardian.

Un reflet de ce qui se trouve sur le web?

Google a répondu de façon laconique au Guardian : « Notre moteur de suggestion automatique ne reflète que ce qui se trouve sur le web – pas la position de Google. »

Dans le premier article de la série, la journaliste montrait qu’en entrant les premières lettres d’une question (en anglais) sur les juifs, les musulmans ou les femmes, Google suggère automatiquement de compléter avec le mot evil ou bad (diabolique, méchant) : « Are jews evil; Are muslims bad; Are women evil. »

L’ennui, ensuite, c’est que Google propose, dans sa première page de résultats, des liens « confirmant » que les Juifs, les musulmans et les femmes sont « méchants ».

Si les gens éduqués vont bien sûr ne pas mordre à l’hameçon, il faut se demander quelles conséquences cela peut avoir sur un esprit influençable.

Cacher ce lien que je ne saurais voir

À la suite de la publication de l’article, Google a modifié son moteur de recherche.

L’outil ne propose plus d’ajouter evil ou bad aux mots « juifs », « musulmans » ou « femmes » en anglais. Et donc, la page ne propose plus les résultats racistes et sexistes que la journaliste avait remarqués la première fois.

Mais en réparant quelque chose d’un côté, Google ne règle tout de même pas la question de l’autre.

Ils ont clairement agi en réponse à l’article, mais ils se déchargent toujours de leurs responsabilités. [Répondre au cas par cas] n’est pas une solution viable à long terme. Il est troublant qu’ils aient agi si vite et sans explication aucune sur le pourquoi et le comment de leur geste.

Frank Pasquale, Université du Maryland, cité dans The Guardian

Selon les experts interviewés, le geste de Google d’effacer les suggestions automatiques est la preuve qu’il n’est pas neutre. Google se soustrairait de ses responsabilités médiatiques.

Que l’extrême droite crée des sites tendancieux est une chose. Qu’elle réussisse à modifier les suggestions de mots dans le moteur de recherche de Google et à promouvoir des réponses dans les résultats en est une autre.

Cela montre que la micropropagande fonctionne bien sur le moteur de recherche le plus utilisé au monde.

Comment Google compte-t-il maintenant s’y prendre pour s’attaquer à l’avenir au détournement de son outil? Va-t-il prendre ses responsabilités envers tous ceux qui se tournent vers son outil pour trouver la réponse à leurs questions?

Et la bonne réponse dans ce cas-ci ne peut pas être générée par un algorithme qui « ne reflète que ce qui se trouve sur le web ».

Apprendre à filtrer

Pour le regretté Umberto Eco, disparu au début de l’année, « Internet est le scandale d’une mémoire sans filtrage, où on ne distingue pas l’erreur de la vérité ». À l’avenir, disait-il, l’éducation aura pour but d’apprendre l’art du filtrage.

La culture transmet la mémoire. Mais la mémoire, aujourd’hui, c’est Internet.

Si le réseau est investi par ceux qui veulent modifier la mémoire, c’est toute la société qui est touchée.

Techno