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Un salaire minimum à 15 $ l'heure : nécessité ou calamité pour la Gaspésie?

Des pièces de monnaie

Des pièces de monnaie

Photo : iStock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La dernière étude sur une hausse du salaire minimum à 15 $, lancée cette semaine par l'Institut économique de Montréal (IEDM), trace un portrait bien sombre de l'impact de cette mesure sur les régions. Son étude est toutefois contredite par l'Institut d'information et de recherches socioéconomiques (IRIS).

Un texte de Joane BérubéTwitterCourriel 

L’Institut soutient que les MRC où le nombre de travailleurs payés moins de 15 $ l’heure est plus élevé seront plus pénalisées que les autres par une hausse rapide d’un salaire minimum. Il y aura moins d'heures travaillées et plus de chômage, soutient l'IEDM.

Ce sera le cas notamment dans les MRC de la Haute-Gaspésie et de Rocher-Percé qui trônent en haut du palmarès de l’IEDM. En effet, 56 % des travailleurs de 18 à 64 ans la MRC du Rocher-Percé et 52 % de ceux de la Haute-Gaspésie gagnent moins de 15 $ l’heure. La MRC des Îles-de-la-Madeleine arrive au 4e rang de ce triste palmarès.

L’Institut d’information et de recherches socioéconomiques ne partage pas ce constat.

Politicologue à l’IRIS, Philippe Hurteau explique que le recensement des MRC où les emplois de moins de 15 $ sont les plus nombreux ne dit pas autre chose. On doit se garder de dire, prévient-il, que ce sont les MRC où les emplois sont le plus à risques d’être perdus. « Ils n’ont donné aucun élément d’analyse qui nous permet de penser ça », souligne M. Hurteau.

Pour l’IRIS, la hausse du salaire minimum à 15 $ pourrait permettre à peu plus de 25 % des travailleurs à faibles revenus de sortir de la pauvreté.

Le salaire minimum au Québec est 10,75 $ l'heure depuis le 1er mai 2016. Les employés qui reçoivent des pourboires reçoivent 9,20 $ de l'heure. Un passage à 15 $ constituerait donc une hausse de 39,5 %.

Le problème, soutient l’IRIS, est qu’actuellement le salaire minimum est insuffisant pour vivre décemment.

Des travailleurs font de l'emballage  Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des travailleurs font de l'emballage pour Biscuits Leclerc

Photo : Radio-Canada / Jean-François Nadeau

De plus en plus de travailleurs à temps plein ont recours aux banques alimentaires. « C’est quelque chose qui relève du marché du travail, des employeurs, de donner des conditions d’emploi pour que les gens puissent bien vivre », commente M. Hurteau.

Pertes d'emplois? oui!

Une hausse rapide du salaire minimum à 15 $ au Québec entrainerait pourtant des pertes d’emplois, un constat que partage aussi l’IRIS. Ces pertes sont estimées variablement par les experts entre 2000 et 160 000 emplois selon, notamment, l’étalement de la hausse dans le temps.

L’étude réalisée par l’IRIS estime que 20 000 travailleurs perdraient leur emploi, selon le pire des scénarios retenus. « 2 % d’entre eux, relève Philippe Hurteau, sont à risques de perdre leur emploi, mais on améliorerait les conditions de vie de 98 % des gens. Est-ce que les conséquences positives dépassent les conséquences négatives? Pour nous, la réponse évidente, c’est oui. »

Les crevettes arrivent à l'usine des Pêcheries Marinard à Rivière-au-Renard en GaspésieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Usine de transformation de crevettes

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« Mais ces pertes d’emploi seraient concentrées dans des régions comme la Gaspésie », maintient Alexandre Moreau de l’Institut économique de Montréal.

Ce qui préoccupe Alexandre Moreau, c’est que souvent les petites entreprises régionales n’ont pas la marge de manœuvre nécessaire pour absorber une hausse soudaine du salaire de leurs employés.

Impacts en Gaspésie

La plupart des économistes estiment que le salaire minimum doit correspondre à 45 % du salaire moyen. Le porte-parole de l’IEDM ajoute que les études démontrent que lorsque le salaire minimum devient trop élevé par rapport au salaire moyen, cela entraine une hausse du chômage notamment chez les gens plus vulnérables comme les jeunes ou les travailleurs non scolarisés.

Si le salaire minimum était de 15 $, cela correspondrait à plus de 100 % du salaire moyen de la MRC du Rocher-Percé, indique Alexandre Moreau.

Le revenu médian de la MRC du Rocher-Percé, parmi les plus pauvres du Québec, est en fait de 22 909 $. C'est environ 1000 $ de plus que le revenu d’une personne au salaire minimum qui travaille à temps plein 40 heures par semaine.

Saint-Georges-de-Malbaie, un secteur de la MRC du Rocher-PercéAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Saint-Georges-de-malbaie, un secteur de la ville de Percé.

Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

L’IRIS soutient que les augmentations du salaire minimum de 1,50 $ l’heure entre 2008 et 2010 ne sont pas associées à des fermetures d’entreprises plus élevées, mais au contraire, les entreprises de 5 employés et moins ont connu en 2010 leur plus bas taux de fermeture pour la période 2001-2014.

L’IRIS explique ce phénomène par le fait qu’un plus grand pouvoir d’achat des travailleurs à faibles revenus se traduit par une plus grande consommation dans les commerces de proximité, limitant ainsi les faillites et stimulant l’économie locale.

En lieu et place d’une augmentation du salaire minimum, l’Institut économique de Montréal préfèrerait que le gouvernement mette en place des mesures qui favorisent le développement économique et la création d’emplois.

Pour en savoir plus écouter le débat entre Alexandre Moreau de l'IEDM et Philippe Hurteau de l'IRIS

Le salaire minimum en débat

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