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L’avenir du mouvement olympique est en jeu

Les drapeaux olympique et russe

Les drapeaux olympique et russe

Photo : Getty Images / Paul Gilham

Robert Frosi

La deuxième partie du rapport McLaren sur le dopage institutionnalisé en Russie vient d'être rendu public à Londres et il est accablant. Au mois de juillet dernier, la première partie du rapport avait eu pour conséquence l'exclusion des Jeux olympiques de Rio de l'athlétisme russe. Ce qui est révélé vendredi est encore plus évocateur sur l'organisation du dopage en Russie.

Un texte de Robert FrosiTwitterCourriel  

Si la première partie du rapport McLaren était incendiaire, la deuxième partie est carrément explosive. Le rapport final étend la fraude à l'ensemble des grandes compétitions qui ont eu lieu durant la période de 2011 à 2015. L'objectif ultime était la récolte d'un maximum de médailles russes aux Jeux d'hiver à Sotchi en 2014.

Plus de 1000 athlètes russes dans 30 sports ont été impliqués ou ont bénéficié de ces manipulations pour contourner les contrôles positifs. Ce stratagème a été mis en place par les plus hautes instances de l'État russe avec la participation du ministère des Sports, de l'agence russe antidopage, du laboratoire antidopage de Moscou… sans oublier le FSB, les services secrets russes.

Ce qui est très curieux, c'est que les techniques utilisées étaient à la fois sophistiquées et artisanales. Par exemple, on a essayé de camoufler certains tests avec du sel et du Nescafé. On retrouve également des stéroïdes anabolisants utilisés dans l'ex-Allemagne de l'Est. Mais plus inquiétant, on a retrouvé des traces de manipulations génétiques.

L'ancien président de l'Agence mondiale antidopage, le Montréalais Dick Pound, demande au Comité international olympique de faire preuve de fermeté. Interrogé sur la présence des Russes aux prochains Jeux olympiques, M. Pound ne pouvait être plus clair.

« Il y a un fardeau de preuves assez dur, et c’est aux Russes de démontrer que leurs athlètes sont propres. Je crois que toutes les fédérations sont assez fermes et il faudra que le CIO le soit aussi. Jusqu’à date, le CIO n’a rien fait avec les Russes. Maintenant, je crois qu’il faut réagir fermement! »

Christiane Ayotte, la directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l’Institut national de la recherche de l’Université Laval est abasourdie par la nouvelle, même si elle a collaboré au rapport.

« Je me sens stupéfaite et démunie, ce qui ne m’est pas arrivé fréquemment dans ma carrière, de voir l’étendue de cette triche, les moyens employés… Notre système fonctionne sur une base d’une bonne foi minimum de la part des autorités qui sont censées faire l’antidopage. Alors, si le laboratoire est corrompu et pas juste le directeur, car on voit que ses assistants aussi étaient au courant… avec la complicité des entraîneurs, des médecins et des plus hautes instances de l’État, on parle ici de quelque chose que je ne pensais pas voir au 21e siècle : des actes que je pensais révolus. »

On ne connaît pas pour le moment l'identité des athlètes russes, mais 84 % d’entre eux proviennent des Jeux d'été, et 16 % des Jeux d'hiver. On parle de plusieurs médaillés olympiques et paralympiques.

La réaction de la Russie ne s’est pas fait attendre et n’est pas vraiment surprenante.

« Le ministère des Sports de Russie dément tout programme de soutien du gouvernement pour le dopage et continuera à lutter contre le dopage en appliquant une tolérance zéro. »

Selon l’AFP, le communiqué précise toutefois que la Russie « étudiera soigneusement » les conclusions du rapport McLaren afin d'avoir une « position constructive ».

Thomas BachAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thomas Bach

Photo : Getty Images / Fabrice Coffrini

Que fera le CIO?

La commission exécutive réunie à Lausanne a déjà décidé de maintenir les sanctions contre la Russie. En raison de ces sanctions, le CIO ne mettra pas sur pied ni ne reconnaîtra un événement sportif tenu en Russie.

De plus, le CIO a prié toutes les fédérations de sports d’hiver inscrites au programme olympique de « mettre sur la glace leurs préparatifs en vue d’événements majeurs devant avoir lieu en Russie ». Les fédérations devront donc chercher activement d’autres options.

Le CIO diligente aussi deux commissions d'enquête. Une commission d’enquête sous la direction de l’ancien président de la Confédération suisse Samuel Schmid se penche sur le dossier.

Une commission disciplinaire, placée sous la présidence du membre du CIO Denis Oswald, traitera la question du dopage et de la manipulation d'échantillons d'athlètes russes ayant participé aux Jeux de Sotchi 2014. Dans le cadre de la mission de cette commission disciplinaire, les 254 échantillons urinaires de sportifs russes collectés à Sotchi seront analysés de nouveau.

Il faudra voir maintenant ce qu'on fera du côté du CIO pour les Jeux olympiques de Pyeongchang en Corée du Sud, en 2018. Le premier test sera de savoir si les prochains Championnats du monde de bobsleigh qui doivent avoir lieu à Sotchi en février prochain seront maintenus. La partie de bras de fer entre le CIO et l’Agence mondiale antidopage reprend de plus belle.

Thomas Bach et sa famille n’ont plus le choix que de réprimander les mauvais enfants. Seront-ils prêts à ouvrir la boîte de Pandore en faisant un exemple avec les Russes? Qui sera ensuite le prochain sur la liste? Une chose est certaine, cette fois, c'est la crédibilité du mouvement olympique en entier qui est en jeu!

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