•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un tourneur de bois de Gatineau choisi pour le couple princier britannique

Denis H. Gauthier
Denis H. Gauthier, tourneur de bois Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Denis H. Gauthier était très jeune quand il a découvert son amour pour le bois. Rien ne lui indiquait toutefois que chaque morceau d'arbre qu'il croiserait allait devenir une possible oeuvre d'art.

Un texte de Christian Milette Courriel
 

Denis n’avait pas encore 10 ans lorsque son grand-père maternel lui a offert ses premiers ciseaux à bois.

Avant même de commencer à les utiliser, en vacances chez son grand-père l’été, son activité préférée était de redresser des clous sur une bûche, se rappelle-t-il.

Petit à petit, cette bûche est devenue la matière première qu’il aimait bien sculpter pour le plaisir avec ses nouveaux ciseaux. « Un jour, le centre de réhabilitation pour lequel je travaillais a invité un tourneur de bois pour faire une démonstration. À ce moment-là, j’ai eu la piqûre : il fallait que j’aie un tour à bois, car c’était incroyable, les choses que l’on pouvait faire avec ça. »

Son amour pour le travail du bois est si intense que Denis Gauthier a décidé de construire lui-même son premier tour, pièce par pièce. Il l’a lui-même dessiné.

Denis H. Gauthier est debout dans son atelierDenis H. Gauthier avec ses nouveaux ciseaux Photo : Radio-Canada

La passion prend le dessus sur le quotidien

À l’époque, le jeune Denis résidait à Sturgeon Falls dans le nord de l’Ontario et les tourneurs de bois ne couraient pas les rues.

Au total, une demi-douzaine de personnes pratiquaient cet art, disséminées sur un territoire de plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Pour parfaire son art et développer son talent, Denis Gauthier s’est alors inscrit à des formations dans des villes aussi éloignées de chez lui que Vancouver, en plus de se déplacer à Toronto et à Ottawa pour participer à des expositions.

Il a même présenté ses oeuvres dans des sous-sols d’église, avec son fils Martin. Son intention principale n’était pas de vendre, mais de transmettre son amour et sa passion pour le bois, en plus de faire connaître son métier de tourneur sur bois.

Plus les années passaient, plus son côté artistique prenait de l’expansion dans son quotidien, devenant même une sorte de thérapie.

Cela est arrivé un point tel que M. Gauthier s'est rendu compte que lorsqu’il créait ses oeuvres, le stress lié au travail disparaissait.

La machinerie utilisée par Denis H. GauthierDenis H. Gauthier travaille le bois Photo : Radio-Canada

Je fais le vide quand je commence à tourner une pièce de bois. Au départ, c’est une simple bûche, une pièce de bois difforme. Mais quand elle commence à prendre forme, ça me rend vraiment heureux. Je me sens très bien.

Denis H. Gauthier

Un appel qui change la perception de son travail

En septembre dernier, le bureau du premier ministre du Canada a téléphoné à Denis Gauthier pour lui demander une pièce unique.

Sophie Grégoire, la femme de Justin Trudeau, avait remarqué son travail dans une brochure et elle souhaitait commander un chandelier.

D’abord un peu hésitant, M. Gauthier a accepté de créer cette pièce. Mais on lui a rapidement précisé que cette dernière devait être prête le 21 septembre.

Denis Gauthier a senti la pression monter : il a informé le bureau du premier ministre qu’un tel échéancier serait difficile à respecter, ses commandes étant nombreuses. Mais l’attaché de presse a insisté, soulignant que la date ne pouvait pas être déplacée.

M. Gauthier s'est dit qu’une telle offre ne reviendrait probablement pas et s'est mis à la tâche.

La pièce est gravée avec les noms suivants : William, Catherine, George et CharlotteLa pièce faite par Denis H. Gauthier Photo : Radio-Canada

Quelques jours plus tard, on l’a informé que la pièce devait être gravée des noms suivants : William, Catherine, George et Charlotte. Sans trop poser de questions, il a abordé le sujet le soir même avec sa conjointe.

Quand j’ai dit les noms à ma femme, elle m’a regardé et m’a dit : “Tu n’as aucune idée de qui c'est?” Je lui ai dit non. Et elle m’a dit : “Tu es en train de faire une pièce pour la famille royale! “ Ah ben là, les bras m’en sont tombés.

Denis Gauthier

Quand les gens ont appris que M. Gauthier avait réalisé une pièce pour le couple princier britannique, les visites sur sa page Facebook ont explosé avec plus de 9000 clics en une seule journée!

Lors de son exposition suivante, Denis Gauthier a aussi eu l’idée de mettre devant son kiosque une affiche racontant son histoire avec la famille royale et le premier ministre Trudeau.

De nombreuses personnes intriguées lui ont posé beaucoup de questions.

« ­J’ai une personne qui m’a acheté un nichoir d’oiseau et quand elle s’est rendu compte de l’histoire, elle m’a dit : “ Je vais t’en acheter une deuxième et je vais te les faire signer tous les deux.” C’était la première fois qu’une telle chose m’arrivait. »

L’héritage qu’il souhaite laisser

Denis Gauthier montre à la caméra un bol qu'il a fait.Denis Gauthier décide de construire lui-même son premier  tour  à bois, pièce par pièce Photo : Radio-Canada

Denis Gauthier est conscient que toute forme d’art peut être éphémère.

Malgré tout, il souhaite du fond du coeur que ceux qui se procurent une de ses oeuvres soient aussi fiers que lui de ces pièces et que celles-ci traversent les époques, de génération en génération.

Ottawa-Gatineau

Société