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Plus de 1000 athlètes russes impliqués dans un stratagème de dopage

Alexander Legkov embrasse sa médaille d'or remportée au 50 km de ski de fond aux Jeux olympiques de Sotchi.

Photo : Getty Images / DAMIEN MEYER/AFP

Radio-Canada

De fortes preuves d'un dopage institutionnalisé entre 2011 et 2015 concernant plus de 1000 sportifs russes et plus de 30 sports ont été trouvées par le juriste canadien Richard McLaren, qui a dévoilé vendredi à Londres son rapport final.

« Une conspiration institutionnelle a été mise en place pour les sports d'hiver et d'été avec la participation du ministère des Sports et de ses services comme l'agence russe antidopage (RUSADA) [...] le laboratoire antidopage de Moscou, aux côtés du FSB (services secrets), afin de manipuler les contrôles antidopage », a expliqué M. McLaren en conférence de presse.

Le ministère russe du Sport a démenti l'existence d'un programme de dopage.

« Les autorités russes compétentes mènent une enquête sur toutes les situations décrites dans la première partie du rapport McLaren et feront de même quant à la seconde partie du rapport », a aussi affirmé le ministère. Moscou est aussi prêt à collaborer avec les organisations internationales pour améliorer le programme antidopage russe.

Cité par les agences de presse russes, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a pour sa part affirmé qu'il ne fallait pas « réagir dans l'émotion » à la publication du rapport.

Le premier volet du rapport, divulgué en juillet, avait mis au jour un système pour les Jeux olympiques 2014 d'hiver à Sotchi.

Le rapport final étend la fraude à l'ensemble des grandes compétitions qui ont donc eu lieu durant la période 2011-2015.

« Cette manipulation systématique et centralisée des contrôles antidopage a évolué et a été affinée au fur et à mesure de son utilisation, aux Jeux olympiques de Londres en 2012, aux Universiades de 2013, aux Championnats du monde d'athlétisme 2013 à Moscou, et aux Jeux d'hiver à Sotchi en 2014 », a déclaré M. McLaren.

Les résultats des Jeux de Londres parlent d'eux-mêmes. « L'équipe russe a gagné 24 médailles d'or, 26 d'argent et 32 de bronze. Aucun de leurs athlètes n'a été trouvé coupable de dopage. »

C’est impossible de savoir jusqu’où cette conspiration monte. Pendant des années, les compétitions internationales ont été contrôlées par les Russes à l’insu de tous. Les entraîneurs, les athlètes ont affronté une concurrence déloyale. Les amateurs ont été bernés.

Richard McLaren

« L'évolution de l'infrastructure visait à répondre aux changements de règlement de l'Agence mondiale antidopage (AMA) et de ses interventions inopinées », a souligné le juriste.

« Plus de 1000 athlètes russes participant à des disciplines d'été, d'hiver ou paralympiques ont été impliqués ou ont bénéficié de ces manipulations pour contourner les contrôles positifs », a-t-il développé.

Il n’est pas encore sûr que les noms des athlètes en cause seront dévoilés. « Ce sera aux fédérations sportives, qui ont reçu l’information, de décider », a-t-il dit.

Les découvertes faites par son équipe mêlent professionnalisme et méthodes artisanales.

Dopage institutionnalisé en Russie

Méthode inusitée

Du sel et du Nescafé ont ainsi été ajoutés dans les échantillons d'urine pour fausser les résultats, a expliqué M. McLaren. Dans huit cas, le niveau de salinité était « physiologiquement impossible ».

De l'ADN mâle a été trouvé dans deux échantillons de joueuses de hockey sur glace.

Cette démarche institutionnelle de triche s'inscrivait dans une stratégie d'État, notamment pour les Jeux d'hiver de 2014.

« Cela visait à assurer à la Russie, le pays hôte, qu'il pourrait décrocher le plus de médailles possible en permettant à ses meilleurs sportifs prétendant à une médaille de se doper et, parfois, dans certains cas, y compris pendant les Jeux », a encore développé M. McLaren.

Aucun athlète russe n'a été trouvé coupable pendant les Jeux de 2012, mais le ministère du Sport russe a donné aux athlètes un cocktail de stéroïdes pour déjouer les seuils de détection du laboratoire antidopage de Londres.

« Je ne crois pas que Londres a mal fait son travail. C'est plutôt que les capacités de détecter certaines substances ont été raffinées depuis. »

Les conclusions du rapport McLaren vont maintenant mettre la pression sur le CIO, à un peu plus d'un an des Jeux d'hiver de Pyeongchang. Le président Thomas Bach a déjà annoncé que des sanctions sévères seront imposées à tout athlète ou responsable impliqué dans le dopage.

Le mandat de la commission dirigée par Denis Oswald a été étendu. Celle-ci étudie les échantillons d’athlètes russes aux Jeux de Londres.

Une autre commission du CIO, présidée par Samuel Schmid, se penche sur les allégations de « conspiration institutionnelle », qui impliquerait les athlètes russes des sports d’hiver et d’été, la RUSADA, le ministère du Sport, le laboratoire antidopage de Moscou et le FSB.

La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a d'ailleurs annoncé qu'elle procédera à de nouveaux tests sur les échantillons d'athlètes russes qui ont participé aux Championnats du monde de 2007.

« Le rapport d’aujourd’hui est la conclusion de l’investigation de McLaren, et pourtant, des faits encore plus troublants sont mis à jour, a indiqué le directeur général de l’AMA Olivier Niggli.

« Bien que des progrès ont été accomplis par la RUSADA pour réintégrer le Code, de nombreux défis demeurent. La RUSADA doit démontrer que ses démarches sont véritablement indépendantes et qu’elle est financée correctement pour protéger les athlètes propres, en Russie et ailleurs. »

« Les conclusions complètes du rapport sont sans précédent et sidérantes. Elles portent atteinte au coeur de l'intégrité et de l'éthique du sport, a indiqué le Comité international paralympique dans un communiqué.

« Sans réserve, nous sommes d'accord avec le professeur McLaren, la meilleure façon de procéder est de travailler ensemble pour réparer le système antidopage en Russie cassé et compromis. »

Richard McLaren

Richard McLaren

Photo : La Presse canadienne / Kirsty Wigglesworth

Les échantillons russes de Sotchi analysés à nouveau

Dans la même foulée, le CIO a annoncé dans un communiqué qu’il analysera à nouveau les 254 échantillons d'urine de sportifs russes collectés durant les Jeux olympiques de Sotchi.

Les 63 échantillons de sang de sportifs russes à Sotchi qui avaient déjà été analysés une deuxième fois étaient tous négatifs, a précisé le CIO.

Rebâtir la RUSADA

La nouvelle directrice de la RUSADA, Yelena Isinbayeva, a indiqué que le nouveau conseil d’administration tiendra une séance le 15 décembre pour discuter du rapport.

« Tous les agents précédents de la RUSADA sont partis. Nous allons travailler fort pour prouver au monde qu’il peut avoir confiance dans la Russie », a indiqué l’ancienne championne du saut à la perche.

Le président de la Fédération russe d'athlétisme est réélu

Le président par intérim Dmitri Chliakhtine a été réélu vendredi à la tête de l'ARAF, qui lutte pour être réintégrée à l’IAAF.

Également candidate, Isinbayeva s'est retirée avant le vote, disant vouloir « éviter les conflits d'intérêts ».

Élu par intérim en janvier pour remplacer le démissionnaire Valentin Balakhnitchev, ex-trésorier de l'IAAF impliqué dans le scandale, Chliakhtine a obtenu 36 voix contre 31 pour l'ancien sauteur en hauteur Andreï Silnov, selon la porte-parole de la Fédération Alla Glouchtchenko.

La mission de Chliakhtine sera de réintégrer l'ARAF dans le giron de l'athlétisme mondial, après sa suspension en novembre 2015 après les révélations de la chaîne allemande ARD sur le dopage en Russie.

Cette suspension a depuis été prolongée à trois reprises, parce que l'IAAF estime que les critères pour une réintégration de la Russie dans l'athlétisme mondial n'ont pas été remplis.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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