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La pointe est de Moisie, lieu des origines du fer sur la Côte-Nord

La pointe est de Moisie, lieu des origines du fer sur la Côte-Nord

En 1950, la minière IOC a lancé l'industrie du fer sur la Côte-Nord. Peu de personnes savent toutefois que les balbutiements de l'exploitation commerciale de ce minerai se sont produits près de 100 ans plus tôt dans la région.

D'après un reportage de Katy Larouche Twitter Courriel  

En quelques années, un village de pêcheurs, dans la région de Sept-Îles, s’est transformé en une petite ville industrielle avant de s’éteindre aussi rapidement qu’elle est apparue.

Les quelques résidents de la pointe est de la rivière Moisie vivent aujourd’hui au rythme paisible des marées, loin de la frénésie urbaine.

Cette petite baie a été au cœur de l’industrie du fer de la Côte-Nord, selon l’anthropologue au Musée régional de la Côte-Nord, Steve Dubreuil.

C’est comme un petit clin d’œil dans l’histoire de la Côte-Nord, qui malheureusement a une fin un peu expéditive.

Steve Dubreuil, anthropologue, Musée régional de la Côte-Nord

« C’est une histoire fascinante à plusieurs points de vue, entre autres, dans la façon que ce projet-là est né, mais aussi sur la courte période pendant laquelle l’exploitation s’est déroulée », dit-il.

La découverte du potentiel

En 1857, le voyageur David Têtu, originaire du Bas-Saint-Laurent, s’installe dans le secteur de Moisie pour y démarrer une entreprise de pêche.

L’entrepreneur remarque avec curiosité la présence de sable noir le long des berges.

C’est seulement en 1865, lors d’une rencontre avec le chef de la police de la Ville de Montréal, Guillaume Lamothe, et une bande de criminels américains en fuite, qu’il découvre le potentiel du site.

L’un des fugitifs américains lance l’hypothèse que de bonnes quantités de fer pourraient se retrouver dans ce sable noir.

L’année suivante, des échantillons sont ramenés à Québec par Guillaume Lamothe. Des tests sont faits et on démontre une fois pour toutes que ce sable est exploitable. C’est le début de l’aventure. En 1867, année de fondation du Canada, les travaux sont amorcés.

Steve Dubreuil, anthropologue, Musée régional de la Côte-Nord
David TêtuDavid Têtu Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Le sable noir sous la loupe d’étudiants

Les étudiants en technologie minérale au Cégep de Sept-Îles s'intéressent à la composition de ce fameux sable noir.

Au début de l'automne, ils se sont rendus à l'embouchure de la rivière Moisie pour prendre des échantillons et en étudier la composition.

« C'est de la magnétite principalement, donc c'est le même minerai qu'on exploite à IOC à Labrador City, indique l’enseignant en technologie minérale, Alexandre Jean. Mais à l'époque, ils n'avaient pas les gros concasseurs ou bien les spirales qu'on retrouve à Fermont ou à Labrador City. »

L’enseignant explique qu’à l’époque, la magnétite était séparée du sable pour être ensuite mise dans un fourneau. Ensuite, on mélangeait le tout avec du carbone pour créer de la fonte qui pouvait ensuite être moulée en lingot, par exemple.

Des résidus des opérations de sidérurgie de la Moisie Iron Company sont d’ailleurs présents le long de la berge dans ce secteur.

Le lingot

Des navires expédiaient les lingots vers Québec et Montréal, mais la plupart de la production était destinée à la Nouvelle-Angleterre, selon l’anthropologue Steve Dubreuil.

Un des derniers lingots produits par la compagnie est conservé précieusement dans les archives du Musée régional de la Côte-Nord.

Les lingots étaient transformés en pièces massives, telles que des essieux de locomotive. Selon les écrits, la qualité du métal était parfois contestable.

Une carte du village des Forges de MoisieUne carte du village des Forges de Moisie Photo : Porlier-Bourdages, L. Les forges de Moisie : 1875-1975. Le Musée des Sept-Iles, 1975

Fermeture abrupte

La fermeture des installations aurait été causée par cette qualité discutable et une montée du protectionnisme dans le marché américain, d’après Steve Dubreuil.

La Moisie Iron Company vit une fin soudaine. Le village de 600 personnes se vide et en moins de cinq ans, les traces de cette exploitation sont pratiquement effacées.

L’industrie du fer mettra ensuite près de 100 ans avant de faire un retour sur la Côte-Nord.

« Il faudra attendre l'après-guerre pour que des investisseurs américains et canadiens démarrent le projet grandiose d'exploitation des mines de fer dans la région de Schefferville. On est dans les années 1950 à ce moment-là », poursuit Steve Dubreuil.

Cent-cinquante ans plus tard, les traces de cette première exploitation demeurent enfouies sous le sable et dans l'imaginaire des Nord-Côtiers.

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