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Églises en difficulté : la culture comme planche de salut

L'un des clochers de l'église Saint-Jean-Baptiste, à Montréal.

L'église Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, s'est dotée dans les dernières années d'une scène et d'équipement lui permettant de présenter des spectacles en tous genres et d'ainsi atteindre une certaine stabilité financière.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Radio-Canada

Alors qu'on se questionne sur la voie à emprunter pour rénover la cathédrale, plusieurs autres communautés, dans la province, ont eu les mêmes questionnements. On vous propose ici quelques exemples de projets inspirants qui ont permis de donner une deuxième vie à des églises en péril.

Un texte de Jean-François Villeneuve

Quand Alain Mongeau devient le curé de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, en 2003, son église survit difficilement d'un déficit à l'autre. De nombreuses discussions ont lieu pour trouver une façon d'éponger ces pertes, y compris celle de fermer le bâtiment centenaire, cité patrimonial par la Ville de Montréal.

Mais le nouveau curé propose de rentabiliser les investissements, plutôt que de dépenser uniquement dans les rénovations. Il parie sur la culture, développe lentement son projet.

L’abbé Mongeau donne le grand coup en 2013-2014, alors qu’il organise une table ronde avec des acteurs du milieu. Le but est de trouver une façon de remettre en état les finances de la paroisse et de préserver l’église.

Misant sur l’acoustique de l’édifice et ses dimensions impressionnantes, l’idée de développer une expertise dans la présentation de concerts prend forme. Une vidéo, réalisée par deux membres de la paroisse, retrace les grandes lignes de cette transformation salvatrice.

« Saint-Jean-Baptiste : les enjeux d'un héritage » , réalisé par Bruno Olivier et Lou-Kévin Roquais

 

La fabrique gère elle-même cette nouvelle offre culturelle. Elle loue aux producteurs l’équipement et l’espace pour présenter des spectacles en tous genres. « Plutôt que de patcher des toits, on a trouvé des projets de rentabilité », raconte le curé.

L’initiative a, de plus, permis de créer quelques emplois reliés à ces nouvelles fonctions.

Une entrée de fonds stable

Le spacieux sous-sol de l’édifice a été revampé et près de la moitié de la superficie est maintenant louée à des organismes à but non lucratif et à une entreprise privée. On y retrouve entre autres une garderie, une librairie et une agence de communication.

Les loyers perçus permettent à l’église de se maintenir à flot, même si elle n’est pas « sortie de l’auberge », pour reprendre les mots du curé Mongeau. Des rénovations d’envergures devront éventuellement être entreprises.

Église Saint-Jean-Baptiste
Montréal

Année de construction de la première église : 1898-1903
Année de construction de l'église actuelle : 1912-1914
Année de transformation : 2013-2014
Coût du projet : 500 000 $

Les subventions allouées par le ministère de la Culture et des Communications du Québec à la conservation du patrimoine religieux (10 millions $ en 2016, 300 millions $ depuis 1995) ne correspondent pas aux besoins réels, selon M. Mongeau. « Ça peut paraître gros comme enveloppe, mais une toiture comme celle de Saint-Jean-Baptiste, ça peut coûter 1,5 million $. »

Un mur, un plafond et un vitrail de l'église Saint-Jean-Baptiste sont recouvertes d'une toile de plastique et portent les traces du temps.

L'église Saint-Jean-Baptiste nécessite d'importantes rénovations, malgré sa stabilité financière retrouvée grâce à différents projets.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

L’église recevra, pour 2016-2017, 200 000 $ pour la restauration de la fenestration et des lanterneaux, selon une annonce gouvernementale faite à la fin novembre.

L’importance de préserver l’église telle quelle

Le curé Alain Mongeau se désole, par faute d’argent ou de fidèles, de la vente au privé de certains lieux de culte qui perdent leur raison d'être. « On a vu de magnifiques églises dans les Cantons de l’Est qui sont devenues des chalets. Ça heurte les gens, car ces édifices sont un symbole très fort dans une communauté. »

Le curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, Alain Mongeau, dans son église.

Le curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste à Montréal, Alain Mongeau, a réussi à stabiliser les finances de son église en proposant la possibilité d'y tenir des spectacles musicaux.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Néanmoins, il préfère de loin que le bâtiment subsiste, plutôt que d’être simplement démoli. « Il y a peut-être des églises qui ont été fermées trop rapidement », avance-t-il avec prudence.

La musique comme continuité spirituelle

Le lien entre la musique et l’Église serait un mariage tout naturel, affirme le curé de la paroisse.

Il cite en exemple le passage à son église de l’artiste américaine Patti Smith pour un concert, il y a quelques années. « Je l’ai retrouvée en larmes dans le salon, se souvient-il. Elle me racontait avoir redécouvert le sens des paroles de ses chansons en jouant chez nous. »

La réaction de Mme Smith lui confirme que la paroisse a pris la bonne décision. « La culture populaire peut être le reflet d’une expérience spirituelle intense. »

L'orgue Casavant de l'église Saint-Baptiste, située à Montréal.

L'orgue Casavant de l'église Saint-Baptiste, située à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Organiste à Saint-Jean-Baptiste depuis avril 2015, Pascal Bélanger vit un véritable sentiment d’introspection profonde lorsqu’il s’assoit devant les claviers de l’imposant orgue Casavant de 68 jeux situé dans cette église. L’un des plus beaux d’Amérique du Nord, selon lui.

Se définissant lui-même comme non-pratiquant, M. Bélanger abonde dans le même sens que le curé Mongeau quant aux similitudes entre l’art et la religion. « La musique a le pouvoir d’amener les gens à la réflexion, soutient-il. Elle a beaucoup d’effet sur les comportements et sur l’état psychologique. Elle est vécue différemment chez chacun. »

Outre les concerts, le curé Alain Mongeau garde plusieurs projets artistiques sous la manche, toujours afin de solidifier non seulement la présence de l’église dans sa communauté en évolution, mais aussi son avenir.


D’AUTRES TRANSFORMATIONS RÉUSSIES

La salle Bourgie, du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), est située dans l’ancienne église presbytérienne Erskine and American.

L’ancienne église presbytérienne Erskine and American, de Montréal, accueille maintenant la salle Bourgie, du Musée des beaux-arts de Montréal. Les architectes ont notamment conservé les somptueux vitraux de l’endroit, qui rappellent l’usage original des lieux.

Photo : Marc Cramer/Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM)

Salle Bourgie

Montréal

Lieu historique national du Canada, l’ancienne église presbytérienne Erskine and American a été recyclée par le Musée des beaux-arts de Montréal pour y aménager une salle de spectacle au coeur de son sanctuaire. Des salles d'expositions prennent aussi place dans le reste de l'édifice. Les vitraux ont été restaurés, le centre communautaire a été démoli et remplacé par un nouveau bâtiment, tandis que le sous-sol a été reconstruit pour répondre aux besoins de cette institution muséale d’envergure internationale.

Années de construction : 1893-1894
Année de fermeture : 2004
Année de conversion : 2008
Coût du projet : 42,4 millions $


Le centre communautaire Chic Resto Pop s'est établi dans l'ancienne église Saint-Mathias-Apôtre, à Montréal.

L’église Saint-Mathias-Apôtre, située à Montréal, a été convertie par l’organisme Chic Resto Pop en un centre communautaire pour la communauté défavorisée du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Photo : Le Chic Resto Pop

Chic Resto Pop

Montréal

Dans l’ancienne église Saint-Mathias-Apôtre, l’organisme Chic Resto Pop a aménagé un restaurant, une salle à manger et des cuisines communautaires, tout en occupant le presbytère pour les espaces de bureaux. Ce faisant, l’édifice a conservé sa vocation rassembleuse et au service de la population, tout en jouissant de la popularité de cet organisme d’économie sociale.

Années de construction : 1958
Année de fermeture : 2001
Année de conversion : 2001-2008
Coût du projet : environ 4 millions $


La bibliothèque Rina-Lasnier, de Joliette, a été construite à l'intérieur de l'ancienne église Saint-Pierre-Apôtre.

L’intérieur de l’église Saint-Pierre-Apôtre, de Joliette, a été complètement transformé pour en faire la bibliothèque Rina-Lasnier.

Photo : Ville de Joliette

Bibliothèque Rina-Lasnier

Joliette

La superficie intérieure de l’église Saint-Pierre-Apôtre a été utilisée pour y installer une bibliothèque publique desservant à fois la population de Joliette et de Saint-Charles-Borromée, dans Lanaudière. Les vastes espaces permettent de grandes surfaces pour les rayonnages et l’aménagement de coins de lecture dégagés où l'utilisateur profite de la lumière ambiante.

Années de construction : 1953-1954
Année de fermeture : 2005
Année de conversion : 2007
Coût du projet: 6 341 969 $


L’ancienne église Saint-Eugène prend place au centre ddu projet d’habitations les résidences Saint-Eugène, géré par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).

L’église Saint-Eugène a été intégrée à un projet d’habitations géré par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM), qui a développé son offre de services autour de l’ancien lieu de culte.

Photo : Office municipal d'habitation de Montréal

Résidence Saint-Eugène

Montréal

L’enveloppe extérieure de l’Église Saint-Eugène a été restaurée, tandis que des travaux ont été effectués pour en transformer l’intérieur. On y retrouve une salle à manger et un centre communautaire au coeur d’un projet résidentiel pour personnes âgées autonomes ou en légère perte d’autonomie géré par l’Office municipal d’habitation de Montréal.

Années de construction : 1954
Année de fermeture : 1999
Année de conversion : 2005
Coût du projet : 14 millions $


Le centre de soins palliatifs la maison Mathieu-Froment-Savoie est situé dans l’ancienne église Saint-Benoît-Abbé.

Le centre de soins palliatifs la maison Mathieu-Froment-Savoie s’est établi dans l’ancienne église Saint-Benoît-Abbé, où des chambres privées et des espaces communs ont été aménagés.

Photo : La maison Mathieu-Froment-Savoie

Maison Mathieu-Froment-Côté

Gatineau

L’église Saint-Benoît-Abbé, tout naturellement propice au recueillement et à la sérénité, a été convertie en un centre de soins palliatifs. La grandeur des lieux a permis d’aménager des chambres en forme de maisonnettes à même la nef de cette ancienne église de Gatineau, ainsi que des espaces communs au sein du site composé de du bâtiment principal, d’une chapelle et du presbytère.

Années de construction : 1959
Année de fermeture : 2007
Année de conversion : 2009
Coût du projet : 3,2 millions $

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec (Nouvelle fenêtre)

Dossier : cathédrale de Rimouski  

Société