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Histoire du cinéma à Rouyn-Noranda : la ville aux sept « théâtres »

Le cinéma Capitol de Rouyn

Le cinéma Capitol de Rouyn

Photo : Radio-Canada / BAnQ Rouyn-Noranda - Fonds Joseph Hermann Bolduc

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Étant une région isolée, l'Abitibi-Témiscamingue a beaucoup bénéficié des bienfaits du cinéma, autant pour son affirmation qu'à des fins de divertissement. Les salles de cinéma ont joué un rôle important pour briser l'isolement de la population à une époque où il n'y avait pas de téléviseurs dans les foyers. La région a également été le plateau de tournage de quelques petits bijoux du cinéma, rappelle Sébastien Tessier, archiviste à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Rouyn-Noranda.

D'après une chronique de Sébastien Tessier

Des salles très fréquentées… n’en déplaise au clergé!

Le Théâtre Regal, premier cinéma de Rouyn-Noranda
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Le Théâtre Regal, premier cinéma de Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / BAnQ Rouyn-Noranda - Fonds Société d’histoire de Rouyn-Noranda

Les salles de cinéma, plus communément appelées à tort des théâtres en raison de l’affichage anglophone de l’époque, étaient des lieux très fréquentés.

Construit avant même la première église du secteur, le Théâtre Regal a été le premier à diffuser des films américains à Rouyn-Noranda, au grand dam de l’Église catholique. Le clergé voyait ces films comme de la propagande au contenu amoral et corrupteur qui ne pouvait être présentée le jour du Seigneur. C’est pour cette raison qu’en janvier 1928, le Conseil de la Corporation de la ville de Rouyn adopte une résolution interdisant les représentations cinématographiques le dimanche.

À Noranda, par contre, on refuse que l'Église vienne se mêler de la diffusion du divertissement. James Murdoch, président de la mine Noranda, s'adresse directement à Mgr Louis Réhaume, évêque du diocèse d'Haileybury (dont Rouyn et Noranda faisaient partie) dans une lettre datant du 25 septembre 1930. Après la réception d'une plainte parce que le Théâtre Noranda présentait des « vues animées » le dimanche, M. Murdoch prend le parti de la salle de cinéma, soulignant que ce « théâtre » avait été érigé dans le seul but de rendre les conditions de vie plus intéressantes pour les employés de la mine. Il était donc hors de question d'empêcher la diffusion de films le dimanche, puisqu'il s'agissait de la seule journée de congé des mineurs!

Boomtown, boom de cinéma

Le cinéma Alexander de Rouyn, durant la Deuxième Guerre mondiale
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Le cinéma Alexander de Rouyn, durant la Deuxième Guerre mondiale

Photo : Radio-Canada / BAnQ Rouyn-Noranda - Fonds Société d’histoire de Rouyn-Noranda

Devant la demande grandissante du public, les salles de cinéma ont proliféré dans les villes soeurs. À une certaine époque, au cours des années 40, les villes de Rouyn et de Noranda ne comptaient pas moins de sept salles de cinéma, soit un cinéma pour 3346 habitants : le Regal (ensuite nommé Lido, puis Odéon et finalement Rouyn), le Princess, le Noranda, l’Alexander, le Capitol, le Paramount et le Montcalm.

En 1949, la fréquentation des cinémas a atteint son paroxysme avec un total de 759 000 entrées, soit une moyenne de 35 entrées par habitant, un sommet au Québec! Ces chiffres impressionnants s'expliquent, entre autres, par le fait que la télévision a graduellement fait son entrée dans les chaumières à compter de 1952. Avant l'implantation domestique et populaire du petit écran, les gens se tournaient vers le cinéma pour se divertir.

La fréquentation des cinémas périclitera ensuite lentement, en amorçant une chute plus draconienne au cours des années 80, lorsque les magnétoscopes BETA et VHS deviennent de plus en plus abordables et permettent l'achat ou la location de films. Malgré cela, les années 60 et 70 sont demeurées deux décennies fastes en offre cinématographique à Rouyn-Noranda. Des films de toutes les qualités sont présentés dans les villes soeurs. Pensons aux nombreux films d'Elvis Presley dans les années 60 ou encore au cinéma érotique et d'exploitation au cours des années 70.

Les films d’horreur à petit budget étaient également très populaires, particulièrement à l’Halloween. De nombreuses « nuits d’horreur » étaient organisées, au cours desquelles trois films d’épouvante étaient présentés à compter de minuit.

L’Abitibi-Témiscamingue fait son cinéma

L'affiche du film « Beat » d'André Blanchard
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L'affiche du film Beat d'André Blanchard

Photo : Radio-Canada

Le cinéma n'était pas seulement diffusé en Abitibi-Témiscamingue, il y était aussi produit. Plusieurs films ont été tournés dans la région, autant par des cinéastes étrangers que par des gens d’ici.

Les premiers films tournés en sol témiscabitibien étaient en effet des productions hollywoodiennes. Entre 1923 et 1930, pas moins de cinq longs métrages ont été tournés au camp des Toppings sur la rivière Kipawa, au Témiscamingue. Le plus notoire était The Snow Bride, mettant en vedette Alice Brady et Leffty Flynn, un ancien joueur de football professionnel devenu acteur. Les autres films étaient Indians Before Civilisation, Capitaine, American Medium et le célèbre Silent Enemy, de Douglas Burden, un documentaire portant sur la fierté et la puissance des Ojibwa.

En 1934, En pays neuf, tourné à Sainte-Anne-de-Roquemaure, devenait le premier long métrage sonore québécois. Réalisé par l’abbé Maurice Proulx, pour le compte du ministère de la Colonisation et de l’Agriculture, le film raconte la colonisation d’un village dans le nord et fait l’éloge de notre belle région. Il est disponible dans la base de données Pistard de BAnQ.

Dans les années 1950, Bernard Devlin tourne deux courts métrages de fiction : L’Abatis, en 1952, et Les brûlés, en 1957. Cette dernière oeuvre met en vedette Félix Leclerc. Ces films sont une critique du mouvement de colonisation qui n’a pas toujours été un succès.

Dans la même veine, les films de Pierre Perreault, dont Un royaume vous attend, mettant en vedette l’incomparable Hauris Lalancette, démontrent l’échec de la colonisation dans certains villages de la région et l’exploitation des multinationales qui ont pillé les ressources sans se soucier des habitants.

Le film Bulldozer, de l’ex-chanteur d’Offenbach, Pierre Harel, a été tourné à Arntfield et à Rouyn-Noranda. On y raconte l’histoire d’une famille dysfonctionnelle qui vit dans un dépotoir qui met en vedette Mouffe, Pauline Julien et Donald Pilon.

Le réalisateur Gilles Carle est également dans sa région d'origine pour tourner Les corps célestes à Duparquet. Le film est lancé en 1973.

Beat et Hiver bleu, d’André Blanchard, sont également deux films de la contre-culture qui représentent bien la réalité de la région dans les années 1970. Richard Desjardins et Robert Monderie émergent aussi en tant que documentaristes dans cette même vague. À la fin des années 70, le duo tourne Comme des chiens en pacage (1977) et Mouche à feu (1982).

Tout cet engouement pour le cinéma transparaît encore aujourd’hui à travers les nombreux festivals, tels que la défunte Semaine du cinéma régional (1977), le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, qui a fêté ses 35 ans cette année, le Festival du DocuMenteur (2004) et le Festival du cinéma des gens d’ici de Val-d’Or.

Il est donc possible d'affirmer que la région est une pépinière de cinéma et de cinéastes. Parmi ceux-ci, citons l'important réalisateur André Melançon, originaire de Rouyn-Noranda, qui nous a quittés en 2016.

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