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Haut taux de violence familiale en Saskatchewan : un problème à causes multiples

Une femme dans un coin qui tend la main

La Saskatchewan présente un taux de violence familiale plus élevé qu'ailleurs au pays.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le taux de violence familiale est deux fois plus élevé en Saskatchewan qu'ailleurs au pays, selon Statistique Canada. Cette prévalence a des causes multiples et le problème doit être abordé de plusieurs fronts, selon des intervenantes du milieu.

Un texte de Nahila BendaliTwitterCourriel  

Le fait que la Saskatchewan compte une population autochtone importante qui vit dans des conditions particulières et que les communautés rurales, plus isolées, sont nombreuses dans cette province au coeur des Prairies joue un rôle non négligeable.

Les victimes de violence conjugale proviennent de tous les milieux, selon la coordonnatrice de l’Association provinciale des maisons d’hébergement pour femmes de la Saskatchewan (PATHS), Jo-Anne Dusel, mais certaines populations sont toutefois plus à risque, notamment les femmes autochtones.

Elles courent quatre fois plus de risque d'être victime de la violence d’un partenaire intime que les femmes non autochtones, explique Mme Dusel, qui souligne qu'elles représentent une plus grande part de la population dans les provinces de l’Ouest comme la Saskatchewan et le Manitoba.

 

Les traumatismes des pensionnats autochtones

Plusieurs facteurs contribuent au taux de violence familiale chez les populations autochtones, mais le passé colonialiste et le legs des pensionnats autochtones jouent certainement un rôle de premier plan pour tenter de comprendre la réalité, indiquent les intervenantes.

« Il y en a qui ont normalisé ça (la violence) », raconte Jenny Hervieux qui travaille à la maison communautaire Missinak au Québec. L’aspect générationnel de la violence est donc bien présent, croit-elle, puisque lorsqu’une personne ne connaît que l’abus, elle est à risque de le répéter.

La maison communautaire Missinak fait partie du Cercle national autochtone contre la violence familiale.

Jenny Hervieux, de la maison communautaire Missinak, au QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jenny Hervieux, de la maison communautaire Missinak, au Québec

Photo : Jenny Hervieux

« Ce n’est pas parce que les Autochtones en général sont plus violents, c’est à cause de générations de racisme et de la marginalisation qu’ils ont vécue qui fait que ces communautés peuvent être atteintes de plus de violence que les autres », précise pour sa part la directrice des programmes de prévention de la violence à la Fondation canadienne des femmes, Anuradha Dugal.

Au-delà des conséquences tenaces des pensionnats et du racisme, il y a également les facteurs socio-économiques qui jouent un rôle, estime la coordonnatrice provinciale de PATHS. « Les Autochtones, s’ils sont dans des réserves, sont plus à risque d’expérimenter la pauvreté, qui est un facteur de risque. Ils sont dans des communautés rurales et isolées, donc d’autres facteurs de risque », explique Mme Dusel.

La réalité autochtone à elle seule ne parvient cependant pas à expliquer la prévalence jusqu’à deux fois plus élevée de violence familiale en Saskatchewan, constate-t-elle toutefois. Elle indique par exemple que plusieurs femmes victimes d’homicide familial récemment en Saskatchewan ne provenaient pas des communautés autochtones.

Ruralité, mentalité et pauvreté

La population saskatchewanaise vit également en milieu rural dans une plus grande proportion que la moyenne nationale, et l’accès aux services est plus difficile puisque les femmes doivent se rendre dans des centres loin de leur domicile, précise Mme Dusel.

Cette réalité touche d’autant plus les communautés autochtones, où peu de services sont offerts à proximité et où le manque criant de services empêche de faire un suivi des personnes à risque, croit Jenny Hervieux.

Les mentalités dans ces petites communautés, où des femmes peuvent être réticentes à admettre qu’elles ont été victimes de violence, jouent également un rôle, estime Jo-Anne Dusel.

Jo-Anne Dusel souligne également le rôle de la pauvreté dans ces relations familiales malsaines. La Saskatchewan a l’un des plus hauts taux de pauvreté infantile au pays, selon elle.

La Saskatchewan, une province à la traîne

Il n’y a donc pas d’explication simple pour comprendre le haut taux de violence conjugale, mais le gouvernement peut aborder plusieurs facteurs pour atténuer les risques, croit Jo-Anne Dusel.

Jo-Anne Dusel, coordonnatrice provinciale de PATHS.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jo-Anne Dusel, coordonnatrice provinciale de PATHS.

Photo : Radio-Canada / Josh Vogt

Celle-ci déplore que malgré le haut taux de violence conjugale rapportée par la police, la Saskatchewan demeure l’une des seules sans stratégie provinciale. Sa voisine, le Manitoba, qui présente des tendances similaires de violence familiale, s’est dotée d’un plan d’action en 2012.

Du côté de la province, on indique que plusieurs ministères et agences externes travaillent de concert pour réduire la violence interpersonnelle. Un comité d’examen des homicides conjugaux a été formé l'été dernier, et il doit déposer son rapportà l'automne 2017.

La directrice des programmes communautaires chez Family Services Regina espère que ce rapport va suggérer une stratégie provinciale, pour mieux coordonner la réponse à ce problème. Karen McGillivray souligne qu’une telle stratégie est nécessaire pour les victimes, mais également pour les auteurs de la violence familiale.

La solution passe par la prévention

Anuradha Dugal, de la Fondation canadienne des femmes, estime quant à elle que les services de proximité sont présents en Saskatchewan, avec le réseau des refuges et maisons pour la violence interpersonnelle. Elle croit que le manque à combler se trouve en prévention, ce qui pourrait permettre d'éradiquer le problème à long terme, une vision que partage Jo-Anne Dusel.

Mme Dusel fait également mention des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, pour améliorer la situation globale chez les Autochtones et ainsi réduire la violence.

De son côté, Jenny Hervieux aimerait voir plus de refuges dans les communautés autochtones, afin d’assurer une continuité de services chez les personnes à risque.

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