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Animaux empoisonnés : des pétrolières changent leurs pratiques

Une exploitation pétrolière près de Fort McMurray.

La recherche montre que l'utilisation de raticide par les exploitations pétrolières empoisonne d'autres animaux que ceux ciblés par le poison.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Radio-Canada

Plus d'une vingtaine d'entreprises pétrolières ont cessé d'utiliser du poison antirat de seconde génération après le dévoilement d'une étude qui montre les conséquences du raticide sur d'autres animaux.

Un texte de Tiphanie RoquetteTwitterCourriel 

Un biologiste d’Environnement Canada, Philippe Thomas, a analysé 93 petits carnivores capturés par des trappeurs de la région de Fort McMurray entre 2012 et 2015. Près d’un tiers des pékans et un dixième des martres présentaient des niveaux anormalement élevés de raticide dans leur système.

Le poison, qui cible normalement les petits rongeurs comme les écureuils et les souris, est un anticoagulant qui peut causer des hémorragies internes. Les animaux deviennent aussi plus léthargiques et chassent moins efficacement, ce qui peut entraîner leur mort.

Les exploitations pétrolières utilisent généralement du raticide pour se débarrasser des petits rongeurs qui causent des dommages à leurs installations. Selon Philippe Thomas, les pékans et les martres s’empoisonnent à leur tour en consommant les écureuils et les souris contaminés.

« On a pu bien démontrer avec notre étude que, où on retrouve des fréquences plus élevées de contact de raticide dans les martres et les pékans, c'était des régions qui étaient beaucoup plus impactées par l'industrie », explique-t-il.

Une martre pêcheuse aussi appelée pékan,Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les martres pêcheuses ou pékans ressemblent à des belettes.

Photo : Associated Press / AP Photo/Louie Balukoff

La recherche pourrait sous-estimer la fréquence d’empoisonnement, ajoute Philippe Thomas, parce que les animaux capturés étaient tous destinés au commerce de la fourrure. Selon le scientifique, les bêtes plus fortement empoisonnées n’auraient pas la force de chasser et ne seraient donc pas capturées.

Le biologiste nuance toutefois que le problème n’est pas unique à l’industrie pétrolière, puisque les raticides anticoagulants de seconde génération sont présents partout où il y a des villes et des concentrations d’industries.

L’objet de la recherche, c’est vraiment d’augmenter notre capacité à comprendre les effets indirects que nos activités peuvent avoir sur les animaux.

Philippe Thomas, biologiste à Environnement Canada

La recherche confirme plusieurs observations effectuées par les communautés autochtones et les trappeurs de la région. Selon Ryan Abel, qui travaille sur les questions environnementales pour la communauté de Fort McKay, les chasseurs de la Première Nation se plaignent depuis longtemps d’une baisse de la faune.

Philippe Thomas souhaite poursuivre son étude en comprenant mieux comment le poison se transmet des souris aux pékans et peut-être à d'autres espèces. Les résultats de sa recherche sont évalués par des experts de multiples revues académiques.

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Alberta

Industrie pétrolière