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La nouvelle philosophie numérique du quotidien Le Devoir

Photo: Le Devoir
Catherine Mathys

Aujourd'hui, Le Devoir lance une application mobile pour téléphones Android et iOS pour compléter son offre papier, web et tablette.

En entrevue pour le blogue techno de Radio-Canada, le directeur du Devoir, Brian Myles, a indiqué que le développement d’une application mobile lui apparaissait comme une évidence. Selon lui, les tablettes n’ont pas connu l’essor espéré et, surtout, le téléphone mobile est l’outil le plus utilisé par les jeunes, ces fameux enfants du millénaire, pour consommer de l’information.

En effet, dans son rapport de mars 2016 intitulé Les Québécois et l’information à l’ère du numérique, le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval indique que les contenus obtenus sur le téléphone intelligent constituent une des principales sources d’information des 34 ans et moins. Ils consacrent en moyenne 19 minutes par jour à s’informer sur leur cellulaire, alors que les 35 ans et plus le font moins de 6 minutes par jour. Si on prend la tablette, c’est l’inverse. Les jeunes s’informent très peu par l’entremise d’une tablette (trois minutes).

Il fallait donc atteindre cette jeunesse toute numérique là où elle se trouve, derrière l’écran de son téléphone. « Je me levais avec un journal quand j’étais jeune, aujourd’hui, on se lève avec un téléphone », souligne Brian Myles, qui souhaite s’adapter à cette jeune clientèle. Le choix du porte-parole de la campagne de lancement, Adib Alkhalidey, a d’ailleurs été fait en fonction de ce critère, mais le directeur du Devoir voulait aussi miser sur l’authenticité : « On n’a pas engagé un acteur, on a engagé un lecteur, qui s’adonne aussi à être l’un des humoristes les plus intéressants de sa génération, celle qu’on courtise. »

Et Brian Myles ne s’en cache pas, Le Devoir avait un rendez-vous avec la diversité également. « On n’a pas abusé des candidats qui n’étaient pas de souche au fil des ans. Il faut être le produit et le média de son temps. On vit dans une société plus métissée que jamais, et ça ne paraissait pas dans [le choix de] nos collaborateurs ni des porte-parole de nos campagnes. »

 

S’inspirer des meilleures applications

Brian Myles souhaitait donc une application qui pourrait s’inscrire dans le rituel quotidien des utilisateurs. Quelles ont été les sources d’inspiration pour l’élaboration de la nouvelle application du Devoir? Après avoir passé en revue des dizaines d’options, un choix s’est démarqué du lot. « Spontanément, on arrivait tous à la conclusion que le NY Times Now, c’était le format qui nous interpellait le plus. » L’accent mis sur les photos, les notifications, la présentation simple; l’équipe du Devoir souhaitait avoir tous ces attributs dans sa propre application. « Il n’y a pas trop de gadgets, pas trop d’allers-retours. Il y a une facilité de navigation, une architecture dans laquelle on se retrouve rapidement. »

Parmi les autres applications dignes de mention, Bryan Miles cite aussi celle de The Economist, qu’il apprécie pour sa forme minimaliste, celles du journal britannique The Guardian, du journal Le Monde et du Washington Post. De son côté, Florent Daudens, directeur de l'information numérique, indique avoir été particulièrement inspiré par l’application de Quartz, du point de vue de l’accompagnement des lecteurs. « Pour les nouvelles, il faut que le lecteur soit capable de dire immédiatement pourquoi c’est important et pourquoi, accessoirement, il devrait appuyer dessus avec son pouce et y consacrer un certain temps de lecture. »

Il y avait donc le défi de faire vivre le contenu du Devoir autrement et de retrouver le positionnement unique du quotidien, mais en mobilité. Notons que la nouvelle application du Devoir a été entièrement développée en interne. Selon Florent Daudens, c’est un choix judicieux qui permettra de s’adapter au fur et à mesure aux habitudes d’utilisation.

Quelques fonctionnalités de l’application

Arriver avec une nouvelle application dans une marée d’applications d’information n’est pas chose simple. Il fallait, par exemple, être sensible au fait que les utilisateurs de téléphones mobiles sont déjà submergés par les notifications. À ce sujet, Luce Julien, rédactrice en chef, mentionne une fonctionnalité intéressante : « L’utilisateur va pouvoir indiquer s’il souhaite être tenu au courant ou pas. » Il pourra donc choisir de suivre le déroulement de la nouvelle au fur et à mesure que de nouveaux éléments s’y ajoutent ou décider de se renseigner plus tard.

Florent Daudens trouve l’idée particulièrement intéressante pour une soirée électorale, par exemple, où les résultats et les notifications peuvent déferler. « On pourrait demander aux gens, dès le début, de quoi ils veulent être tenus au courant ce soir-là. On suppose que ces personnes veulent recevoir beaucoup de ces informations. On veut être capables de parler à plusieurs niveaux aux lecteurs : ceux qui veulent le survol et ceux qui veulent les détails. »

Parmi les autres fonctionnalités intéressantes, notons la section « Pour votre info », qui donne accès, tous les matins, à l’essentiel de l’actualité à suivre dans la journée. Fait à souligner, c’est un humain, et non un algorithme, qui sélectionnera les divers sujets.

Photo : Le Devoir

La section « Temps libre » risque d’attirer à elle seule beaucoup d’utilisateurs. Cette section gratuite regroupe tout le contenu en littérature, en musique, en cinéma, en gastronomie et vins. On y trouvera, par exemple, un résumé des films avec étoiles ou de restaurants avec dollars. Luce Julien est particulièrement fière de cette section : « C’est une offre qui n’existe pas en ce moment, et c’est une offre extrêmement intéressante pour le public qu’on souhaite atteindre. » Brian Myles abonde dans le même sens : « On pense que Temps libre aura un bon succès, parce qu’il n’y a pas grand-monde qui peut le faire comme on va le faire. Ça prend du contenu, et celui-ci repose sur nos équipes capables de générer du contenu culturel à valeur ajoutée. Ce n’est pas de l’événementiel. Ça repose sur des choix éditoriaux. »

Florent Daudens sait que ça peut surprendre, parce que l’image du Devoir est rattachée à l’information, mais l’application veut aussi pouvoir suivre le rythme de ses lecteurs, et donc être modulable selon le jour et l’heure de la semaine : « Par exemple, le vendredi soir, on ne vous présentera probablement pas les mêmes choses que le lundi matin, ne serait-ce que dans les formats proposés et dans ce qu’on va mettre de l’avant. Le lundi matin, ce n’est pas peut-être pas le moment où vous pensez bouteille de vin. » Même chose pour les longs dossiers, qui sortiront sans doute davantage le soir, quand les gens ont le temps de lire.

Une double mission

Avec cette application, Brian Myles souhaite accroître l’achalandage global. « Notre part de marché au Devoir reste assez petite. Il faut être capable d’atteindre un peu plus de monde sans devenir un journal généraliste grand public qui va faire de tout et de rien. On continue d’être un journal de niche qui offre un contenu de qualité, mais on peut aussi se permettre d’avoir un peu plus de succès, d’élargir notre base et de la rajeunir par la force des choses. »

Bien sûr, les craintes liées à la rentabilité sont présentes, mais qu’à cela ne tienne, pour Luce Julien, l’objectif du Devoir demeure d’être lu par un plus grand nombre de gens. Le site mobile du quotidien n’avait pas la rapidité de l’application, il fallait se mettre à niveau. « On ne le fait pas d’abord et avant tout pour le modèle d’affaires, c’est sûr qu’on aimerait augmenter nos revenus, mais il faut surtout que la marque du Devoir soit présente partout. »

Quand Brian Myles est entré en fonction, il a été surpris de constater la force du mobile. « La plateforme qu’on a le moins dorlotée, c’est celle qui génère 500 000 visites par mois. » Le chantier est donc lancé pour Le Devoir avec cette application qui n’est, en fait, que la première étape d’une longue liste de projets, dont celui des robots conversationnels. Pour Florent Daudens, le numérique, c’est aussi un changement de culture, une façon de concevoir l’information différemment.

D’ailleurs, il doit son poste à une restructuration orchestrée par Brian Myles à son arrivée: « Avant, il y a avait seulement une directrice de l’information, maintenant, il y a un directeur de l’information numérique et une directrice de l’information qui sont au même niveau hiérarchique. J’ai refait la structure organisationnelle. » Le directeur du Devoir souhaite s’éloigner du modèle de gestion « en silo », celui du papier, du web et de la tablette. « Il fallait décloisonner tout ça et dire, l’information, c’est un grand cycle de production et on va faire des contenus en fonction des plateformes. Le meilleur contenu pour la meilleure plateforme. » Certains sujets se prêteront bien au mobile, d’autres pas. Il se souvient d’une époque où un même contenu était décliné sur plusieurs plateformes. « Moi, j’arrive avec une philosophie différente, à chaque média son contenu. »

Jusqu’au 1er mars 2017, l’accès sera gratuit et illimité. Après le 1er mars, l’application rejoindra le bouquet de plateformes accessibles aux abonnés, mais il sera aussi possible de s’abonner seulement à l’application de manière mensuelle.

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