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Les Siciliens, eux, ne se posent jamais de questions sur leur identité

Une scène du documentaire « L'empreinte »
Une scène du documentaire « L'empreinte » Photo: Les productions ISCA Inc.
Franco Nuovo

Il y a plusieurs mois, la poète innue Joséphine Bacon participait au tournage de L'empreinte, un film documentaire (Nouvelle fenêtre) réalisé par Carole Poliquin et Yvan Dubuc. Elle était en fait une des interviewées dans ce film où Roy Dupuis tente de découvrir ce qu'est l'identité québécoise. Une quête qui n'a rien d'évident et un sujet des plus sensibles. Et pourtant, à la fin du film, la réponse nous semble pratiquement évidente.

Une chronique de Franco Nuovo Twitter Courriel  

Je vous fais une histoire courte. En allant d’un coin à l’autre du Québec, Roy Dupuis rencontre des historiens, des anthropologues, des professeurs, des juristes, des travailleurs du bois et même une poète qui démontrent que cette identité, les traits de caractère des Québécois, leurs comportements en société, leurs goûts pour telles ou telles choses découlent inévitablement des relations entre les ancêtres et les membres des Premières Nations. Cette société qui est la nôtre serait ainsi le résultat d’un métissage.

Curieux, parce que la semaine dernière, à Dessine-moi un dimanche, Boucar Diouf, qui citait d’ailleurs L’empreinte et soulignait la qualité de ce film, soulignait à quel point nous sommes tous le produit de ce métissage, et que l’homme, d’où qu’il vienne, ne peut y échapper.

Bon, mettons tout de suite les choses au clair, si je comprends parfaitement la démarche des documentaristes, même si je suis né au Québec et que j'y ai grandi, je ne peux pas dire que je suis le résultat du métissage entre les Français arrivés au début de la colonie et les Amérindiens avec qui ils fricotaient. Sur ce plan, je ne me sens pas directement concerné.

Même si, comme me l’a dit un jour Yves P. Pelletier, j’ai le profil du gars sur le chandail des Blackhawks de Chicago, je suis probablement davantage la résultante d’un croisement entre les spaghettis et le sirop d’érable, du moins d’un point de vue culturel. Encore que… Et ce croisement continue quand on pense que ma fille, née à Montréal, est le produit du magma que je suis et d’une mère française et vénézuélienne.

Nous pourrions aussi faire exactement le même exercice et découvrir que les Siciliens sont, eux, le produit d’un mélange entre les Sicules qui avaient la même origine que les Latins, les Grecs, les Phéniciens, les Carthaginois, les Goths, les Francs, les Ostrogoths, les Arabes, les Normands qui, à un moment où à un autre, ont foulé cette île de la Méditerranée.

Roy Dupuis et Joséphine Bacon dans le documentaire « L'empreinte »Le documentaire « L'empreinte » Photo : Les productions ISCA Inc.

Et c’est pour cela, à cause de toute cette bouillie, que mon papa était blond aux yeux bleus et que ma maman avait les cheveux noir jais et les yeux si noirs qu’il ne fait aucun doute que ses ancêtres avaient dû débarquer sur une plage de Sicile en provenance d’Afrique du Nord. C’est pas du métissage ça, mes amis?

Or, une des différences, s’il y en a au moins une, est que les Siciliens ne se posent aucune question sur leur identité.

Mais revenons à l’identité québécoise. D’ailleurs, après presque une heure trente, L’empreinte se termine sur cette question que pose Roy Dupuis à l’anthropologue et muséologue Nicole O’Bomsawin : « Qu’est-ce que c’est, être Abénakis aujourd’hui? » Ce à quoi, elle lui répond : « Qu’est-ce que c’est, être Québécois aujourd’hui? » Et le film se termine sur un éclat de rire.

Or, des questions sont soulevées dans ce documentaire et des réponses sont apportées. En cette période où il est beaucoup question des Premières Nations, de Standing Rock jusqu’à Val-d’Or, la thèse du film repose sur le pivot central du métissage.

En expliquant que les Canadiens français du 17e siècle préféraient à l’agriculture plutôt le bois, la chasse, la pêche, la liberté, le nomadisme, ils se métissaient et s’ensauvageaient. Il faudrait, selon Serge Bouchard, réécrire l’histoire, « ça serait, dit-il, le travail d’une génération ou deux, afin de ramener les valeurs ».

Valeurs qui sont tatouées sur un Québec en quête de son identité, mais qu’il repousse.

 

Une fusion

Or, l’historien Denys Delâge identifie lui aussi cette incontestable fusion des Canadiens français avec les Autochtones. Il explique le point de rupture, celui de la conquête, mais il reconnaît qu’il reste des traces au plan biologique, sans aucun doute, mais au plan culturel aussi.

Ceci expliquant peut-être cela, en cessant d’avoir honte de ce qu’il a été, en rétablissant le lien indéniable entre l’enseignement des Indiens et le Québec d’aujourd’hui, le Québécois se redéfinirait-il?

S’il acceptait son métissage, son amour de l’espace, de la nature, ses hésitations face à la hiérarchie, son doute, son relativisme culturel, sa tolérance, sa quête perpétuelle de consensus, l’espace communautaire, la place réservée aux femmes et à l’éducation des enfants, tous ces points évoqués par Delâge, s’il acceptait tous ces traits qui renvoient à la longue expérience de proximité avec les Autochtones, le Québécois d’aujourd’hui serait peut-être moins mélangé. Il saurait davantage d’où il vient et, du coup, où il va.

Franco Nuovo anime l'émission Dessine-moi un dimanche à ICI Première les dimanches dès 6 h.

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