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Les adultes Asperger, ces géants aux pieds d’argile

Anne-Marie Lacharité, 34 ans, vient de recevoir un diagnostic d'Asperger

Anne-Marie Lacharité, 34 ans, vient de recevoir un diagnostic d'Asperger

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

On les appelle autistes de haut niveau ou autistes savants. Car, pour une raison qu'on ignore, leurs capacités intellectuelles sont le plus souvent impressionnantes : mémoire encyclopédique, compréhension cristalline de la réalité. « On pourrait dire que ce sont des autistes manqués. »

Un texte d'Émilie DubreuilTwitterCourriel 

« Comme si l’autisme n’avait pas réussi à subjuguer leurs capacités intellectuelles », résume le psychologue Normand Giroux. Mais cet important panache cognitif repose sur une fragilité toute particulière. S’ils sont plus performants que les gens « normaux » intellectuellement, les autistes Asperger sont des « handicapés émotifs ».

« Je suis une daltonienne de la vie », résume Anne-Marie Lacharité, 34 ans, qui travaille en design graphique à Montréal et qui vient de recevoir ce diagnostic. C'est une métaphore éloquente, comme ceux à qui la plupart des couleurs sont une abstraction, les autistes Asperger ne peuvent pas lire… les émotions.

En fait, si une personne neurotypique - ou « normale » - peut décoder jusqu’à 75 émotions, les personnes qui ont le syndrome d'Asperger sont limitées à 7. Il en résulte une difficulté à être, littéralement, dans le monde. Les autistes Asperger laissent souvent leurs interlocuteurs perplexes, car leurs réactions dues à leurs déficiences émotives produisent des réactions souvent incompréhensibles. Surtout que l’autiste Asperger, avec ses compétences cognitives, peut passer inaperçu : il est malade, mais on ne sait pas qu’il est malade, d’où l’étrangeté.

 

Par ailleurs, le syndrome d'Asperger génère beaucoup d’anxiété. Ces adultes autistes qui ont une vie « normale » ont toutefois d’autres traits caractéristiques de l’autisme : importance d’une routine à laquelle on ne peut déroger sous peine d’anxiété, troubles compulsifs, hypersensibilité sensorielle qui rend les contacts physiques difficiles et qui, à son paroxysme, s’apparente même à une phobie des contacts sociaux.

Normand Giroux, psychologue, s’est spécialisé il y a plus de 20 ans dans le domaine des autistes Asperger. Des adultes comme Anne-Marie, il en a vu beaucoup.

Ils sont dans une sorte de quête identitaire. Un jour, ils tombent sur la piste Asperger et il y a une sorte de révélation. À partir de là, ils vont chercher la confirmation. Il en résulte 19 fois sur 20, qu’ils avaient raison.

Une citation de : Normand Giroux, psychologue

De plus en plus d’adultes en Occident reçoivent sur le tard la confirmation qu'ils sont autistes. Les femmes veulent souvent mettre enfin un mot sur leurs troubles à cause de leur descendance. « J’ai eu une dame de 68 ans venue chercher le diagnostic en me disant qu’elle savait qu’elle était autiste Asperger mais que son petit-fils de 8 ans venait d’être diagnostiqué et qu’elle voulait rassurer ses parents », raconte Normand Giroux.

On a d’ailleurs longtemps pensé que seuls les hommes étaient atteints du syndrome d’Asperger. On comprend maintenant que les femmes qui se situent sur le spectre ont plus de facilité à se camoufler, à « se mettre un masque de personne normale », comme le dit si bien Anne-Marie.

Les autistes Asperger vivent souvent des troubles associés à leur syndrome. Obsessions, compulsions, mais surtout de l’anxiété. « Ils ne possèdent pas d’amortisseurs émotionnels pour absorber les contrecoups des conjonctures et des événements. Ils analysent tout rationnellement et ça génère de l’anxiété », explique le psychologue.

Internet a beaucoup contribué à briser l’isolement des personnes souffrant du syndrome d'Asperger qui y trouvent de la littérature qui leur permet de se comprendre, mais aussi de créer des liens avec d’autres autistes Asperger. C'est ironique et sympathique à la fois dans la mesure où ces gens souffrent d’incapacité relationnelle: ils adorent les réseaux sociaux.

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