•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ottawa dit non à Northern Gateway, mais approuve Trans Mountain

Le reportage de Louis Blouin

Le gouvernement fédéral rejette le controversé projet d'oléoduc Northern Gateway d'Enbridge, qui devait se rendre jusqu'au nord-ouest de la Colombie-Britannique, mais approuve le projet de tripler la capacité de l'oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan entre l'Alberta et Burnaby. Le gouvernement donne également son feu vert au prolongement de la canalisation 3 d'Enbridge entre l'Alberta et le Wisconsin.

Le gouvernement impose du même coup un moratoire sur les « transporteurs de brut et d'hydrocarbures » sur la côte nord de la Colombie-Britannique, un moratoire qui sera enchâssé dans une loi.

« Ces deux projets [Trans Mountain et canalisation 3] sont d'intérêt national », a dit le premier ministre Justin Trudeau, en conférence de presse, à Ottawa, mardi, précisant que ces pipelines « sont en phase avec nos cibles de réduction de GES ».

Les oléoducs sont la façon la plus sûre pour acheminer le pétrole vers les marchés. C'est un fait [...] Nous devons augmenter la capacité du transport par pipeline pour éviter le transport par rail.

Justin Trudeau

Trans Mountain est approuvé « sous réserve de 157 conditions juridiquement contraignantes qui aborderont les répercussions sur les peuples autochtones, les incidences socio-économiques et les impacts environnementaux que pourrait avoir le projet, y compris son ingénierie et les installations de sécurité et de protection des infrastructures essentielles », peut-on lire dans un communiqué accompagnant l'annonce.

Selon Ottawa, les initiatives du gouvernement de l'Alberta, qui a imposé un prix au carbone et qui a fixé un plafond sur les émissions de gaz à effet de serre du secteur des sables bitumineux, étaient des conditions nécessaires à l'approbation de Trans Mountain.

Concernant la canalisation 3 d'Enbridge, le projet est approuvé « sous réserve de 37 conditions juridiquement contraignantes qui aborderont les répercussions sur les peuples autochtones, les incidences socio-économiques et les impacts environnementaux que pourrait avoir le projet. »

Emplois

Ottawa estime que le projet Trans Mountain créera 15 000 emplois à l'étape de la construction. Pour ce qui est de la canalisation 3, on estime que 7000 emplois seront créés.

Trans Mountain

  • Coût du projet : 6,8 milliards de dollars
  • Longueur : 1150 km
  • Le pétrole est acheminé de l’Alberta à Burnaby, près de Vancouver, en Colombie-Britannique
  • Le projet consiste à faire passer la capacité de l'oléoduc de 300 000 à 890 000 barils de pétrole par jour

Canalisation 3

  • Coût du projet : 7,5 milliards de dollars
  • Longueur : 1659 km
  • Le pétrole est acheminé de l'Alberta aux marchés américains, en passant par le sud de la Saskatchewan et du Manitoba
  • Le projet consiste à faire passer la capacité de l'oléoduc de 390 000 à 760 000 barils de pétrole par jour

Le projet Northern Gateway d'Enbridge, rejeté par Ottawa, prévoyait quant à lui faire passer par le nord-ouest du pays le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta, en l'acheminant jusqu'au port intérieur de Kitimat, en Colombie-Britannique.

Le gouvernement a déterminé que le projet ne servirait pas l’intérêt général, puisqu’il nécessiterait le passage de transporteurs de brut dans le chenal Douglas, un écosystème fragile qui fait partie de la forêt pluviale du Grand Ours.

communiqué du ministère des Ressources naturelles

L'Alberta satisfaite

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, a accueilli favorablement l'approbation du pipeline Trans Mountain, une décision qui permet à la province de voir « de la lumière au bout du tunnel », selon elle, puisque le pétrole produit pourra trouver de nouveaux débouchés en Asie, notamment. Mme Notley ne s'est toutefois pas prononcée sur le rejet de Northern Gateway.

L'opposition conservatrice à Ottawa a dénoncé le rejet de Northern Gateway. Pour le député Gérard Deltell, le gouvernement aurait dû approuver les trois projets. « Tout aurait dû rester sur la table, particulièrement Northern Gateway, dont les principales étapes avaient été franchies avec succès », a-t-il dit, à Ottawa.

Le NPD et le Parti vert ont toutefois sursauté à l'annonce concernant Trans Mountain.

« Je suis prête à bloquer [les travaux d’expansion de Kinder Morgan], à être arrêtée et à aller en prison », a réagi la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May.

« Le premier ministre n’a-t-il pas honte d’avoir trahi la confiance des électeurs de Colombie-Britannique et de tout le Canada lorsqu’il applique les mêmes règles que Stephen Harper », a lancé le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair.

En Colombie-Britannique, l'approbation de Trans Mountain a créé une onde de choc chez les groupes environnementalistes et les Premières Nations, qui se disent déçus.

La première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, n'avait pas encore réagi au moment d'écrire ces lignes. Mais la ministre de l'Environnement, Mary Polak, a diffusé un communiqué où il est dit que Victoria prend note de la décision d'Ottawa, mais rappelle que la province a mis en place son propre système d’évaluation environnemental dont les conclusions doivent être rendues prochainement. Le gouvernement de la Colombie-Britannique rappelle aussi les cinq conditions sine qua non qu'il a imposées pour tout nouveau projet de pipeline.

Pour sa part, le maire de Vancouver, Gregor Robertson, s'est dit profondément déçu de l'approbation de Trans Mountain. Selon lui, le projet menace l’économie et l’environnement de la région de Vancouver. Il s'agit, selon M. Robertson, d'un projet approuvé de façon biaisée sous l’ère Harper.

Le groupe environnementaliste Greenpeace a quant à lui affirmé que l'approbation des deux projets annonce des « jours sombres » pour les peuples autochtones et le climat.

« La lutte se poursuivra »

« Le combat va simplement s'accentuer », a promis le grand chef Stewart Phillip, de l'Union des chefs de la Colombie-Britannique. Il rappelle que le projet Trans Mountain était déjà rejeté « sans condition » par les Autochtones. « La lutte se transportera maintenant sur la scène politique, mais elle se poursuivra », dit-il. Selon lui, les risques sont trop grands dans le détroit de Burrard, où la circulation des pétroliers va s'accentuer grandement.

Le grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba, Derek Nepinak, estime quant à lui que le gouvernement fédéral n'a tout simplement pas l'aval des Autochtones pour approuver de tels projets. « Ils ne nous écarteront pas une deuxième fois, ils n'ont pas notre accord pour passer sur nos terres ancestrales. Et je ne vois pas le jour où nos peuples accepteront la destruction des terres et de l'eau. Impossible », dit-il.

La Première Nation Gitga'at, qui craignait l'approbation de Northern Gateway et son impact sur l'environnement dans la région de Kitimat, est satisfaite du rejet du projet. « J’étais très inquiet de la définition qui serait donnée au moratoire. Je crois qu’il reste du travail à faire à ce sujet, mais en gros, ça veut dire non seulement la fin de Northern Gateway, mais aussi de quelques autres projets qui visaient à transporter du pétrole brut dans cette région », affirme Art Sterritt, responsable des communications de la Première Nation Gitga’at.

Tracé de l'oléoduc Transmountain de l'entreprise Kinder Morgan. Tracé de l'oléoduc Transmountain de l'entreprise Kinder Morgan. Photo : Radio-Canada
Le tracé de la canalisation 3 de l'entreprise Enbridge. Le tracé de la canalisation 3 de l'entreprise Enbridge. Photo : Radio-Canada
Avec les informations de La Presse canadienne

Colombie-Britannique et Yukon

Politique