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Approbation de Trans Mountain : onde de choc et déception en Colombie-Britannique

Le reportage de Laurence Martin
Radio-Canada

Il n'aura fallu que quelques minutes pour qu'une avalanche de réactions à l'approbation du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan déferle. À commencer par les défenseurs de l'environnement et les Premières Nations locales qui partagent déception, inquiétude et appels à la mobilisation des Britanno-Colombiens contre la décision.

Un texte de Anne-Diandra LouarnTwitterCourriel 

« Justin Trudeau, vous m’avez regardé droit dans les yeux et m’avez menti, vous avez menti aux Britanno-Colombiens. Vous pouvez désormais arrêter d’appeler Vancouver votre “chez vous” ». Kai Nagata, directeur de l’organisme Dogwood Initiative, ne mâche pas ses mots : le premier ministre est, selon lui, coupable de trahison.

Ce tweet publié pendant l'allocution de Justin Trudeau mardi après-midi fait référence à une vidéo datant d'août 2015 dans laquelle le candidat Justin Trudeau affirmait qu’il reverrait complètement les procédures de l’Office national de l’énergie avant d’évaluer Trans Mountain.

Une promesse de campagne évaporée qui, d'après Kai Nagata, se paiera aux prochaines élections en 2019.

 

« La Colombie-Britannique ne sera pas sacrifiée »

La déception est également « profonde » pour le maire de Vancouver, Gregor Robertson, qui a écrit à Justin Trudeau à plusieurs reprises pour lui demander de rejeter le projet de Kinder Morgan.

« Trans Mountain a été approuvé avec une procédure d’évaluation de l’ère Harper qui était biaisée, qui n’écoute pas les voix locales et qui ignore les changements climatiques ainsi que les inquiétudes des Premières Nations », a écrit le maire dans un communiqué, précisant que la Ville de Vancouver continuera à s’opposer publiquement au pipeline Trans Mountain.

Manifestation anti-Kinder Morgan au centre-ville de Vancouver Manifestation anti-Kinder Morgan au centre-ville de Vancouver Photo : Radio-Canada

Plusieurs opposants annoncent déjà qu’ils comptent se mobiliser contre la décision. Quelques centaines de personnes, dont des représentants des Premières Nations, étaient au centre-ville de Vancouver mardi soir pour manifester leur mécontentement et préparer des actions futures.

Une pétition intitulée « Coast Protectors (Nouvelle fenêtre) » de l'Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique circule également depuis la mi-journée et avait récolté mardi soir 5600 signatures.

« La Colombie-Britannique ne sera pas une zone sacrifiée sur l’autel de la politique climatique et énergétique incohérente du premier ministre », a commenté la directrice de campagne de l’organisme Sierra Club, Caitlyn Vernon. Elle appelle les communautés à se rassembler contre Trans Mountain, comme elles l’ont fait contre Northern Gateway.

Déclaration de Caitlyn Vernon : Justin Trudeau a déclaré la guerre aux Britanno-Colombiens et elle commence maintenant.Réaction à l'approbation du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan. Photo : Radio-Canada

Organiser et former la résistance

Le groupe Clayoquot Action, établi dans la zone qui a connu « la guerre des bois » il y a plus de 20 ans, propose de lancer des séances de formation sur les actions de protestation pacifique à mener.

« Nous avons prouvé dans les années 1990 qu’un grand nombre de personnes peuvent s’opposer avec succès à la destruction écologique en utilisant des outils de résistance non violents. Ça ne fait aucun doute que cette tactique sera utilisée aussi pour arrêter Kinder Morgan », soutient Bonny Glambeck, directrice de campagne de Clayoquot Action.

« Dans ce contexte, la formation est essentielle pour que les gens sachent comment calmer les tensions qui peuvent grimper sous le coup de l’émotion », ajoute-t-elle.

Pour la Première Nation Tsleil-Waututh à North Vancouver, cette décision « dangereuse » signe le début d’une nouvelle phase : « J’aurais aimé ne pas en arriver là, mais nous allons faire appel à la justice. C’est une violation de nos droits », a prévenu par voie de communiqué Charlene Aleck, une porte-parole.

Déclaration du chef Stewart Phillip : le gouvernement Trudeau est l'un des plus mensongers de toute l'histoire canadienne. L'enjeu porte sur l'environnement, sur nos enfants, et non pas sur l'argent. Réaction aux projets de pipelines. Photo : Radio-Canada

Les avocats de l’organisme Ecojustice qui représentent Living Oceans Society et la fondation Raincoast vont également consulter leurs clients pour envisager de nouvelles actions légales.

Le gouvernement de C.-B. dans la retenue

Sur le front politique, la ministre de l’Environnement du gouvernement libéral de la Colombie-Britannique prend note de la décision d’Ottawa et rappelle que la province a mis en place son propre système d’évaluation environnemental dont les conclusions doivent être rendues prochainement.

Victoria souligne aussi les cinq conditions sine qua non pour tout nouveau projet de pipeline annoncées il y a plusieurs mois.

Tableau des 5 conditions imposées par Victoria en matière d'oléoducs.Les conditions imposées par Victoria en matière d'oléoducs. Photo : Radio-Canada
 

De son côté, l’opposition néo-démocrate estime que « Christy Clark a échoué à protéger les côtes britanno-colombiennes », selon les mots du chef John Horgan, tandis que les Verts mettent en garde contre un retour de bâton pour Justin Trudeau : « Vous ne pouvez pas tromper le climat, la science l’emporte toujours. Je crains l’intensité des manifestations à venir », a écrit Lynne Quarmby, porte-parole en matière de questions scientifiques au sein du Parti vert de la Colombie-Britannique.

Déclaration d'Elizabeth May : Je suis prête à bloquer les travaux [d’expansion de Kinder Morgan], à être arrêtée et à aller en prison.Réaction à l'approbation du pipeline Trans Mountain Photo : Radio-Canada
Déclaration de Thomas Mulcair : Le premier ministre n’a-t-il pas honte d’avoir trahi la confiance des électeurs de Colombie-Britannique et de tout le Canada lorsqu’il applique les mêmes règles que Stephen Harper?Réaction aux projets de pipeline Photo : Radio-Canada

Satisfaction dans le monde des affaires

Les rares réactions positives en provenance de Colombie-Britannique émanent surtout du monde des affaires. La Chambre de commerce de la province assure que Trans Mountain va créer 800 000 années-personnes en termes d’emplois, avec des possibilités particulières pour les communautés autochtones, et générer des milliards en revenus pour tous les ordres de gouvernement.

« Trans Mountain va non seulement soutenir la compétitivité de l’économie canadienne en permettant d’exporter notre pétrole vers les marchés internationaux, mais il va aussi réaffirmer la réputation de la Colombie-Britannique comme étant ouverte aux investissements », a commenté Val Litwin, la présidente-directrice générale de la Chambre.

Les Chambres de commerce de Surrey et du Grand Vancouver se sont également réjouies par voie de communiqué, réaffirmant leur confiance envers Justin Trudeau et l’Office national de l’énergie qui a soumis Kinder Morgan à 157 conditions d’approbation en mai.

Trans Mountain

  • Coût du projet : 6,8 milliards de dollars
  • Longueur : 1150 km
  • Le pétrole est acheminé de l’Alberta à Burnaby, en Colombie-Britannique
  • Le projet consiste à faire passer la capacité de l'oléoduc de 300 000 à 890 000 barils de pétrole par jour

Trans Mountain est l'un de deux pipelines approuvés mardi par le gouvernement fédéral. L'autre, la Canalisation 3, vise à acheminer jusqu'à 760 000 barils de pétrole par jour de l'Alberta aux marchés américains, en passant par le sud de la Saskatchewan et du Manitoba.

Le projet de pipeline Northern Gateway entre les sables bitumineux albertains et Kitimat en Colombie-Britannique a quant à lui été rejeté.

 

Colombie-Britannique et Yukon

Industrie pétrolière