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Trudeau reconnaît que Fidel Castro était un dictateur

Notre envoyée spéciale à Madagascar, Madeleine Blais-Morin, fait le point sur la situation.
Radio-Canada

Le premier ministre Justin Trudeau reconnaît que Fidel Castro était un dictateur et assure qu'il ne voulait pas « minimiser » ce fait lorsqu'il a parlé de sa « profonde tristesse » au lendemain de la mort de l'ex-dirigeant cubain.

Plusieurs politiciens lui reprochent d’avoir été complaisant à l’égard du Lider maximo, en soulignant samedi l’amitié qui liait Fidel Castro à sa famille et au Canada en général.

Sa déclaration a aussitôt suscité la controverse – tant au Canada qu'aux États-Unis – et celle-ci l'a suivie jusqu’au Sommet de la Francophonie d'Antananarivo, qui prenait fin dimanche.

Répondant à la question d'une journaliste de CBC à savoir s'il croyait que Fidel Castro était un dictateur, Justin Trudeau a répondu « oui », au terme d'un court moment de silence.

« Il y a des gens qui ont vécu des réalités extrêmement difficiles par rapport à l'histoire de Cuba et je ne suis pas du tout en train de minimiser ça », s’est-il ensuite défendu.

J'étais en train de reconnaître l'impact que cet homme a eu pendant longtemps à Cuba et que c'est un pays avec qui le Canada a des liens profonds et de longue durée.

Justin Trudeau. premier ministre du Canada

Les propos de M. Trudeau sur Fidel Castro ont créé un malaise d'autant plus grand qu'il avait pris la parole samedi devant les membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour dénoncer les violations des droits de l'homme qui perdurent dans plusieurs pays.

À la fermeture de l’événement, le premier ministre canadien a donc eu à remettre les pendules à l’heure.

« Je n'ai jamais peur de dire les vraies choses, de souligner les droits de l’homme et je continue de le faire », a-t-il assuré, rappelant que c'était un sujet qu'il a abordé avec Raul Castro lors de son passage à Cuba il y a une dizaine de jours.

Il s’est en outre défendu d’avoir voulu passer sous silence les violations des droits de l’homme à Cuba. Justin Trudeau a aussi dit comprendre que sa déclaration, dans laquelle il avait néanmoins reconnu le caractère controversé de Fidel Castro, ait pu choquer.

Fidel Castro a offert ses condoléances à Justin Trudeau, lors des funérailles de Pierre Trudeau, le 3 octobre 2000.Fidel Castro a offert ses condoléances à Justin Trudeau, lors des funérailles de Pierre Trudeau, le 3 octobre 2000. Photo : Getty Images / ROBERTO SCHMIDT

Un premier ministre « humain », selon Stéphane Dion

En entrevue à l’émission Les coulisses du pouvoir, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion s’est porté à la défense de Justin Trudeau.

Selon lui, le premier ministre a fait preuve d’humanité en s’efforçant de dire du positif de Fidel Castro et en rappelant les bons souvenirs qu’il partageait avec lui, peu après l’annonce de son décès.

« Ce n’est pas différent de ce qu’ont fait les autres dirigeants », a-t-il tenu à souligner. Le ministre canadien a voulu rappeler que tous ont d’abord parlé des gestes positifs faits par l’ex-dirigeant communiste envers le peuple cubain.

Il faut encourager autant que possible les Cubains à se tourner vers l’avenir, selon lui, et surtout vers une démocratie respectable.

Le Canada sera bien placé pour aider Cuba à faire cette transition. On va tout faire pour ça, y compris en tablant sur les liens très forts qu’a le premier ministre avec Cuba.

Stéphane Dion, ministre canadien des Affaires étrangères

Appelé à désamorcer la controverse, Stéphane Dion s’est dit d’accord avec son premier ministre sur la question des progrès réalisés par Castro dans les domaines de l’éducation et des soins de santé. « Il avait promis la démocratie. Il avait promis la liberté. Ça, il ne l’a pas fait. Son bilan est donc très contrasté », a-t-il ajouté.

M. Trudeau « a estimé [samedi] qu’il fallait insister sur le positif. Et je pense que c’est très humain », a par ailleurs insisté M. Dion.

Justin Trudeau, complaisant sur Castro? Stéphane Dion répond aux questions d'Emmanuelle Latraverse.

Le premier ministre Justin Trudeau n'a pas encore confirmé s'il assisterait aux funérailles de l’ex-dirigeant cubain le 4 décembre.

Son homologue du Québec, Philippe Couillard, qui s’était retenu de jeter la première pierre à Justin Trudeau, a pour sa part maintenu sa position de la veille sur toute cette affaire. « Avec Fidel Castro disparaît un des très grands personnages, un des géants du 20e siècle. Il ne peut y avoir aucune controverse, a-t-il ajouté. Quant à la lecture de ses années comme chef de gouvernement, l'histoire se chargera d'en faire une lecture équilibrée. »

Trudeau décrié et parodié

La déclaration de Justin Trudeau avait d’abord choqué plusieurs des candidats à la direction du Parti conservateur du Canada samedi.

Révolté, le député Maxime Bernier avait raillé le lien entretenu par le premier ministre avec « un dictateur méprisable ». Sa rivale dans la course, Kellie Leitch, avait elle aussi dénoncé les louanges formulées par Justin Trudeau.

Quant à la députée Lisa Raitt, elle avait pressé le premier ministre de se rétracter et de présenter des excuses à tous les Canadiens dans une lettre ouverte publiée sur Facebook. Cette demande a également été formulée par le député Andrew Scheer, selon qui Justin Trudeau a perdu toute crédibilité sur la question des droits de la personne.

Le malaise s’était même déplacé à l’extérieur des frontières du pays. Le sénateur américain Marco Rubio avait laissé entendre qu’une telle déclaration, « parodique » selon lui, n’était pas digne d’un chef de gouvernement.

 

Le sénateur du Texas Ted Cruz – né au Canada, mais dont le père est Cubain – a aussi fait part de son étonnement sur Twitter : « Honteux », a-t-il écrit en liant son tweet à la déclaration officielle de Justin Trudeau.

 

Le premier ministre canadien a d’ailleurs été abondamment ridiculisé par les membres de la twittosphère. Ils ont notamment utilisé le mot-clé #trudeaueulogies pour rendre hommage, avec une pointe de sarcasme, à d’autres dirigeants controversés, morts ou vivants.

Fin du sommet sur la sécurité

Marqué principalement par la mort de Fidel Castro et la controverse entourant Justin Trudeau, le 16e Sommet de la Francophonie s'est terminé dimanche à Antananarivo, la capitale de Madagascar.

Même si seulement 20 chefs d'État et de gouvernement y ont assisté, ceux qui y étaient présents affirment que l'événement est réussi. La lutte contre le terrorisme a été au coeur des échanges, y compris plus spécifiquement les opérations de maintien de la paix.

Pour la secrétaire générale de l'OIF, Michaëlle Jean, le sujet s'imposait. « La discussion était essentielle, à voir comment rendre plus adéquates ces opérations de maintien de la paix, pour des interventions beaucoup plus efficaces, mais surtout pour davantage de concertation entre les pays, davantage de coopération dans nos actions », a-t-elle noté.

Le Canada devrait décider prochainement où il enverra les 600 militaires promis pour l'une de ces opérations. Plusieurs s'attendent à ce qu'Ottawa désigne le Mali, un pays qui a d'ailleurs été évoqué dimanche lors d'une rencontre bilatérale entre M. Trudeau et le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

Le Sommet a également été marqué par l'adhésion de l'Ontario à l'OIF à titre de membre observateur. L'Arabie saoudite n'a pas eu la même chance : sa demande d'adhésion a été reportée au prochain sommet, le temps d'y envoyer une mission d'observation sur la situation du pays en matière de droits de la personne.

L'Arménie sera le prochain hôte du Sommet en 2018, puis ce sera au tour de la Tunisie, en 2020.

Avec les informations de La Presse canadienne

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