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Au cœur d'une génératrice de fausses nouvelles

Internet a créé de nouvelles habitudes, mais aussi une nouvelle criminalité.
Internet a créé de nouvelles habitudes, mais aussi une nouvelle criminalité. Photo: iStock
Martin Lessard

Beaucoup de fausses nouvelles ont circulé sur les réseaux sociaux durant les élections américaines. Mais qui se cache derrière et qu'est-ce qui les motive? La réponse est surprenante.

On sait que sur Facebook, les fausses nouvelles semblent avoir été plus populaires que les vraies durant les trois mois qui ont précédé l'élection présidentielle américaine, comme l’explique Catherine Mathys sur Triplex, le blogue techno de Radio-Canada.

Beaucoup pensent que la circulation de fausses nouvelles a aidé à faire élire Trump. Les fabricants de fausses nouvelles en sont-ils vraiment les responsables?

Un journaliste de NPR a publié cette semaine une interview avec Jestin Coler, le propriétaire de nombreux sites de fausses nouvelles, dont le Denver Guardian qui se fait passer pour un journal (qui n’existe pas).

Pour Jestin Coler, la victoire de Trump ne peut être réduite à la propagation de fausses nouvelles.

D’ailleurs, il n’exprime aucun remords, même si ça avait été le contraire .

L’industrie des fausses nouvelles

Jestin Coler est à la tête d’un petit empire de sites de désinformation.

Il possède entre autres le USAToday.com.co et le WashingtonPost.com.co. Remarquez bien l’extension « com.co » dans les deux cas. Elle suit les véritables noms de domaine des deux journaux réputés. Cependant, ces adresses ne mènent pas aux sites web officiels de ceux-ci.

Jestin Coler réussit ainsi à rendre crédibles ses fausses informations aux yeux de gens un peu trop pressés pour faire les vérifications de base.

Mais ce sont ses sites comme NationalReport.net et Denverguardian.com, aux connotations nationales et locales, qui piègent le plus les lecteurs naïfs, affirme leur propriétaire.

Les nouvelles qui y circulent tournent autour de sujets qui génèrent l’indignation (« Aide sociale détournée pour acheter de la drogue ») ou qui nourrissent les pires délires conspirationnistes (« L’agent du FBI qui était chargé de l’enquête sur les courriels de la candidate Clinton a été retrouvé assassiné »).

Et ça génère des visites sur ses sites. Beaucoup de visites.

Plus un article est populaire, plus il rapporte de l’argent avec le placement publicitaire. Beaucoup d’argent.

Mais l’argent n’est pas la seule motivation de Jestin Coler.

Un test grandeur nature pour montrer que les citoyens manquent d’éducation

Il a commencé son aventure en 2012. Son entreprise, enregistrée en bonne et due forme, s’appelle (tenez-vous bien) Disinfomedia.

Mon but dès le départ était d’infiltrer les chambres à écho [où les gens ne publient que ce qu’ils veulent bien entendre] de l’extrême droite, de publier des nouvelles clairement fictives et ensuite de dénoncer publiquement ces nouvelles comme fausses.

Jestin Coler, propriétaire de sites de fausses nouvelles

Le journaliste de NPR rapporte que Jestin Coler jure que le problème des fausses nouvelles n’a pas commencé avec Trump. « C’est un problème récurrent avec la droite. »

Il a essayé de faire de fausses nouvelles pour infiltrer le camp démocrate. « Ça n’a jamais décollé. Dès les deux premiers commentaires, mes fausses nouvelles étaient démasquées. »

Lui-même se dit ouvertement démocrate. Pour lui, les lecteurs n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes s’ils se sont laissé berner aussi facilement. « Mais il faudra bien un jour faire quelque chose. »

Nous sommes une nation nulle en littératie médiatique. [...] Moi, ce jeu m’amuse. Je ne le fais pas que pour l’argent. Je suis curieux de savoir ce qui va se passer ensuite

Jestin Coler, propriétaire de sites de fausses nouvelles

Il pense parfois quitter ce métier. Mais il est convaincu qu’aussitôt, une centaine d’autres entrepreneurs prendront sa place.

Le problème va aller en augmentant. Tout le monde sait maintenant que les fausses nouvelles rapportent plus d'argent que les vraies. Le modèle d'affaires est bien plus payant. Que pensez-vous qu'il va se passer maintenant?

Il ne reste plus, alors, qu’à faire une chose : éduquer le peuple.

Techno