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Jane Hospes, au-delà des 50 coups de tambour

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Ce soir, pour une centième fois, Jane Hospes prendra son tambourin et frappera dessus à 50 reprises. Cinquante fois pour illustrer les coups de fouet auxquels Raif Badawi est condamné chaque vendredi. Jane Hospes, c'est celle qui a eu l'idée d'organiser ces rassemblements pour dénoncer le sort réservé au blogueur saoudien.

Un texte de Geneviève ProulxTwitterCourriel  

Depuis deux ans maintenant, qu'il pleuve, qu'il fasse -30 degrés, qu'elle soit débordée de travail, qu'elle soit fatiguée, elle est là pour s'adresser aux militants présents les invitant à avoir une pensée pour Raif Badawi et pour tous les prisonniers d'opinion.

Jamais elle n'aurait pensé se retrouver là. Surtout que Jane Hospes a connu Ensaf Haidar, l'épouse de Raif Badawi, en s'obstinant. « Je l'aidais à remplir sa déclaration de revenus. J'essayais d'établir son état civil. Elle m'expliquait qu'elle était mariée et qu'elle avait des enfants. Je lui ai demandé où était son mari. En francisation? À la maison? Elle m'a alors dit qu'il était en Arabie saoudite. Je lui ai dit qu'elle était monoparentale et séparée. Elle a refusé catégoriquement! Moi, je voulais qu'elle ait ses allocations familiales! On s'est obstiné pas mal », raconte-t-elle en riant. Ensaf a gagné son point. Même si son mari se retrouvait à 9000 km dans une prison pour avoir critiqué l'islam, elle a coché « mariée » sur son rapport d'impôt. Tant pis pour les allocations familiales plus généreuses.

Jane, la Zorro de Sherbrooke

Mais à l'époque, Jane Hospes était loin de se douter qui était cette toute petite femme au caractère si fort. « Quand j'ai eu vent que Raif Badawi était son mari, avec mon côté Zorro et ma volonté de combattre l'injustice, j'ai voulu faire quelque chose. »

Il y a plein de prisonniers d'opinion et c'est inacceptable, mais le fait qu'Ensaf soit si près de nous, ça devenait encore plus inacceptable si nous à Sherbrooke on faisait rien.

Jane Hospes, instigatrice des vigiles pour Raif Badawi

Photo : Jean Arel/ICI Radio-Canada

C'est comme ça, tout simplement, que sont nées ces vigiles du vendredi qui sont devenues une véritable tradition pour plusieurs. « Je me disais que même si j'étais toute seule, ça aurait lieu. Au début, on avait à peine assez de monde pour tenir tous les cartons sur lesquels est inscrit "libérez Raif Badawi" », se rappelle-t-elle.

Aujourd'hui, la militante n'a plus à craindre de manquer de mains pour les tenir ces fameuses lettres qui ont fait le tour du monde. « Des fois, on est 20 ou 25 personnes, mais rarement moins. Ce sont des gens de partout. Il y en a du milieu communautaire, il y a des enseignants, des travailleurs. On est devenu une grande famille. On est content de se revoir chaque vendredi. »

« Chaque fois, c'est spécial! »

Impossible pour Jane Hospes de choisir une vigile plus marquante que les autres. « Chaque fois, c'est spécial. Juste le fait de se retrouve là et qu'il y ait des gens qui continuent à venir, c'est extraordinaire! »

Elle insiste. « Ce n'est pas un mouvement d'Amnistie, ce n'est pas un mouvement d'Oxfam. Ce sont des Sherbrookois qui n'ont pas de lien ensemble, mais qui ont à coeur la liberté d'opinion. Chaque fois, ça me touche. »

En attendant, Jane Hospes rêve du jour où Raif Badawi sortira de sa prison. « Il faut que ce soit un vendredi qu'Ensaf aille le chercher à l'aéroport. À la place des lettres "libérez Raif", on va écrire "Raif libéré" et on va le voir descendre l'escalier et il va venir jouer du djembé avec moi! »

Ce soir, c'est avec un espoir inébranlable qu'elle martèlera son tambourin comme les 99 autres fois où elle l'a fait et comme toutes les prochaines semaines où elle le fera. Parce qu'elle y sera tant que Raif ne descendra pas l'escalier devant l'hôtel de ville.

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