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La vengeance des expropriés de Forillon

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La soirée du hockey, 20 avril 1984

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Forillon, 1970. Un fonctionnaire fédéral débarque chez les Synnot, un bidon d'essence à la main, et met en feu la maison familiale. La mère, Michelle Synott, perchée non-loin sur une falaise, regarde sa maison brûler, pendant qu'elle met au monde son quatrième enfant. C'est dans cette scène apocalyptique que l'on plonge, dès les premières pages du dernier roman de l'auteure gaspésienne Rachel Leclerc, Bercer le loup.

Une chronique de Julie Tremblay Twitter Courriel  
Bercer le loup, c'est l'histoire fictive d'une famille d'expropriés qui est dépossédée de son domaine familial, forcée de déménager ailleurs et de refaire sa vie, pour que le gouvernement fédéral puisse créer un parc sur un territoire que des centaines de gaspésiens ont habité pendant plusieurs générations.

On y suit le parcours de la famille Synnot, après son expropriation, et celui d'Ulysse Le Sueur, le fils du « pyromane de l'état » qui a mis le feu aux maisons de Forillon. On y découvre aussi Janice, la petite-fille de Michelle, qui, à 16 ans, porte en elle une haine et un désir incommensurable de vengeance envers ceux qui ont détruit la vie de ses grands parents, il y a plus de 30 ans.

Je sais qu'il y a des gens qui sont encore dans une très grande colère [par rapport à ce qui s'est passé à Forillon] et leur descendance aussi.

Rachel Leclerc, auteure

Pour l'écrivaine Rachel Leclerc, l'histoire des expropriés de Forillon est « une histoire qu'on ne doit jamais oublier ». Cela dit, elle souligne que Bercer le loup n'est pas un roman historique, mais qu'elle s'est plutôt inspirée de cette tragédie gaspésienne pour en faire jaillir un livre :

« Je suis plus une styliste et une poète dans l'âme... une fois mon sujet trouvé, tout restait à faire et je ne me vois pas du tout comme une auteure de roman historique. »

Ce style et cette poésie propres à l'écrivaine, on les retrouve à chaque instant dans le roman, où l'auteure nous décrit le mont Saint-Joseph et sa « chapelle aux contours illuminés [qui s'élève] dans la nuit vers un torrent d'étoiles », ou encore le lever du soleil gaspésien, lorsque « la barre du jour [n'est] pas encore visible, mais [qu'une] clarté spectrale [remplace] la nuit noire sur la mer. »

Avec des mots justes et une voix bien à elle, l'auteure décrit la détresse des personnages et, sans condamner elle pose des questions lourdes de sens :

Ça vaut combien, la chance d'apercevoir le souffle d'un rorqual en prenant son café du matin?

Extrait du roman Bercer le Loup, de Rachel Leclerc
Le dernier roman de l'écrivaine gaspésienne Rachel Leclerc, Bercer le loup, s'inspire librement de l'histoire des expropriés de Forillon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le dernier roman de l'écrivaine gaspésienne Rachel Leclerc, Bercer le loup, s'inspire librement de l'histoire des expropriés de Forillon.

Photo : Leméac

Certaines scènes du roman de Rachel Leclerc feront peut-être rejaillir des souvenirs douloureux chez certains qui, peut-être, se sentent encore comme « ces sous-hommes qui ont sacrifié la terre familiale ».

Étrangement, on y découvre pourtant comment survivre au déracinement, et on se rend compte que même la vengeance la plus violente mène parfois, malgré nous, à une forme de réconciliation.

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