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Des milliardaires chinois financent le Parti libéral pour parler avec le premier ministre Trudeau

Justin Trudeau lors d'un souper à Toronto avec Benson Wong (g) président d'une chambre de commerce sino-canadienne.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

De riches hommes d'affaires chinois ont déboursé 1500 $ pour rencontrer le premier ministre canadien Justin Trudeau en mai dernier, a révélé mardi le Globe and Mail. L'un d'eux attendait alors qu'un organisme fédéral approuve la création d'une banque à charte, approbation qui est finalement venue quelques semaines plus tard.

Cette activité de financement du Parti libéral du Canada (PLC) a été organisée par le président du conseil d’administration de la Chinese Business Chamber of Canada, Benson Wong, à sa résidence de Toronto. Parmi la trentaine de personnes présentes figuraient plusieurs milliardaires chinois, ainsi que Shenglin Xian, fondateur de la banque Wealth One.

Shenglin Xian, également président de Shenglin Financial Group, attendait alors que le Bureau du surintendant des institutions financières donne son feu vert au démarrage de Wealth One à titre de banque à charte, autorisée à accepter des dépôts au pays. Le Bureau, qui relève du ministre des Finances Bill Morneau, a donné son accord le 7 juillet.

Un autre des invités de Benson Wong, l’homme d’affaires chinois Zhang Bin, est connu pour avoir versé, avec l'homme d'affaires Niu Gensheng, 1 million de dollars à la Faculté de droit de l’Université de Montréal et à la Fondation Pierre-Elliott-Trudeau, pour commémorer le leadership de l’ex-premier ministre, qui a reconnu la République populaire de Chine en 1970.

Le quotidien torontois dit n’avoir aucune preuve que M. Zhang a payé pour rencontrer Justin Trudeau, fils de Pierre Elliott Trudeau. À titre de citoyen étranger, Zhang Bin, également conseiller politique du gouvernement chinois et président de la China Cultural Industry Association, n’a pas le droit de financer un parti politique canadien. M. Niu n’était pas présent à l’événement.

En contradiction avec des règles éthiques

Cette activité de financement semble contredire l’esprit et la lettre des règles éthiques présentées par M. Trudeau après qu’il eut pris le pouvoir à l’automne 2015.

Consignées dans un document intitulé Pour un gouvernement ouvert et responsable, celles-ci stipulent notamment : « Il ne doit y avoir aucun accès préférentiel au gouvernement, ou [aucune] apparence d’accès préférentiel, accordé à des particuliers ou à des organismes en raison des contributions financières qu’ils auraient versées aux politiciens ou aux partis politiques. »

Il en va de même pour les règles internes du PLC, qui prévoient que les responsables du parti ne doivent en aucun cas rencontrer des personnes ayant des intérêts financiers avec le gouvernement lors d’activités de financement.

Les libéraux disent suivre les règles

Les libéraux, questionnés plusieurs fois sur le sujet à la Chambre des communes mardi après-midi, affirment de leur côté avoir toujours suivi « les règles les plus strictes » concernant le financement politique.

Les Canadiens peuvent être rassurés. Nous avons toujours suivi ces règles à la lettre.

Le premier ministre Justin Trudeau

Par ailleurs, contactée par Radio-Canada, la gestionnaire des relations avec les médias du Parti libéral du Canada souligne que « l’équipe libérale s’évertue à communiquer et rencontrer le plus grand nombre de Canadiens possibles ».

Selon elle, dans les événements de collecte de fonds, « les affaires gouvernementales ne sont pas sujettes à discussion ». « Si nous nous apercevons qu’un invité essaie de parler d’un sujet qui fait l’objet d’un processus gouvernemental lors d’un de nos événements, nous lui suggérons immédiatement de prendre rendez-vous avec le bureau pertinent pour continuer la discussion », dit-elle.

Un porte-parole du PLC contacté par le Globe and Mail, Braeden Caley, a minimisé la présence de Shenglin Xian à l’événement organisé par M. Benson. Il assure que le dossier de Wealth One n’a pas été discuté à cette occasion, puisqu’il s’agissait d’une activité partisane où les dossiers du gouvernement ne peuvent être abordés.

Un responsable du bureau de M. Morneau a indiqué au quotidien que Wealth One avait obtenu une autorisation provisoire de l’ancien ministre conservateur des Finances, Joe Oliver, pour aller de l’avant avec son projet le 22 juillet 2015. Il soutient que le Bureau du surintendant des institutions financières n’a pas sollicité l’approbation finale accordée par Bill Morneau.

Aux Communes, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a tourné le tout en dérision. « Je ne sais pas si vous vous souvenez de la publicité : "dans la vie, il y a des choses qui ne s'achètent pas, pour tout le reste il y a Mastercard?" Ben sortez vos chéquiers, mesdames et messieurs, parce que l'ensemble du Cabinet fédéral est achetable, y compris le premier ministre », a-t-il lancé.

Duff Conacher, de Démocratie en surveillance, estime que cette activité de financement contrevient à la loi sur les conflits d'intérêts. Il demande à la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique d'enquêter. « C'est clair que c'est un traitement préférentiel parce que seulement ceux qui peuvent payer peuvent aller aux événements. »

Shenglin Xian, un Chinois qui a émigré au Canada en 1990, n’a pas commenté la nouvelle.

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