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Droit de vie ou de mort numérique : Google, juge et partie

Martin Lessard
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des contrevenants qui ont revendu le Pixel, le nouveau téléphone intelligent de Google, se sont fait désactiver leur compte Google en guise de représailles. Au 21e siècle, c'est l'équivalent d'être banni de la tribu. Avec la conséquence fatale d'une mort numérique assurée.

Les contrevenants se sont retrouvés sans identité, sans adresse courriel et sans accès aux données emmagasinées sur les serveurs de Google. Ils ont payé le gros prix pour le non-respect des conditions d’utilisation des services de Google (qui interdit de revendre un Pixel acheté dans le cadre du projet Fi).

C’est un véritable retour à l’ordre ancien où les serfs étaient à la merci du seigneur du coin qui avait le droit de vie ou de mort sur eux.

Pour une infraction mineure (bris d’une condition au contrat), les contrevenants ont payé l’équivalent de la peine de mort (numérique) : le retrait de leur compte Google, c’est-à-dire le retrait de l’accès à Gmail, au calendrier Gmail, aux photos stockées en ligne, à Google Play, bref à tout ce qui est relié à un compte Google.

Ban numérique?

Si la comparaison à une mort numérique vous semble forte, c’est probablement que vous sous-estimez la profonde imbrication du numérique, peut-être pas dans vos vies, mais du moins dans celles d’une grande partie des citoyens.

Ceux dont l’adresse courriel principale est une adresse Gmail l’utilisent comme clé pour d’autres services qui n'ont aucun lien avec Google. Pour un changement de mot de passe ou pour une validation, plusieurs plateformes envoient un courriel de confirmation. Sans accès à Gmail, pas de validation possible.

Le carnet d’adresses numérique est un peu comme un Rolodex de nos contacts, personnels et professionnels. Plus personne ne prend la peine de garder ces données par écrit. Supprimez ce carnet et vous ne pourrez plus retrouver vos contacts d’affaires ou le courriel ou le numéro de téléphone d’une connaissance. Sans carnet, plus de contacts numériques.

Comme solution de sauvegarde, les téléphones Android permettent d’envoyer toutes ses photos sur un serveur. Sans compte Google, elles sont perdues.

Les conditions d’utilisation sont très claires (pour ceux qui ont une loupe et une patience infinie), et le fait de ne pas les respecter nous expose à un retrait pur et simple du service.

Dans un monde où les services en ligne sont tous plus ou moins reliés, cette punition porte
vraiment à conséquence. Au-delà du raisonnable.

Ce qui s’est passé

La semaine dernière, The Guardian a révélé que Google avait suspendu les comptes de centaines de personnes qui avaient tenté de revendre les téléphones Pixel achetés par l’entremise du projet Fi (un service expérimental qui permet de se connecter à diverses tours cellulaires participantes et à des bornes wi-fi proches).

Il y a bel et bien eu non-respect des conditions, mais la punition est démesurée. Après plusieurs plaintes, Google est revenue sur sa décision.

Interviewé par The Guardian, le propriétaire du site où les Pixels ont été revendus décrit la peine comme excessive :

« Je ne peux défendre ceux qui enfreignent les conditions d’utilisation de Google. Cependant, Google est devenue si importante dans nos vies que je pense que l’entreprise doit comprendre que, envers ses clients, elle doit assumer une plus grande responsabilité. »

Les conséquences d’être banni de Google

Que Google soit revenue sur sa décision ne change en rien la puissance qu’elle vient de démontrer : en tant que juge et partie, l’entreprise a droit de vie ou de mort numérique sur quiconque enfreint ses règles.

Google n’est pas une plateforme comme les autres. Un retrait pur et simple du service est disproportionné.

Prenons une analogie : vous pouvez vous faire refuser un visa d’entrée dans un pays, mais cela ne vous empêche pas de vivre dans votre pays. Le retrait d’un compte Google est comme un mandat d’arrestation t international : vous n’avez plus d’endroit où vous réfugier.

S’il fallait démontrer une fois de plus la puissance transnationale des géants du web, ceci en serait un bon exemple. Le fait que vous soyez citoyen d’un pays, avec le droit à une sentence juste et équitable, ne vous protège pas des seigneurs numériques.

Le fait de faire régulièrement une copie de vos données conservées sur Google est une solution. C’est un peu comme ceux qui, au moyen-âge, s’autoflagellaient pour expier tout de suite une faute qu’ils allaient peut-être commettre plus tard.

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