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Un promoteur immobilier dit s'être fait « extorquer » par Michael Applebaum

Michael Applebaum, en septembre 2016, au palais de justice de Montréal
Michael Applebaum Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Radio-Canada

Robert Stein dit qu'il n'avait pas le choix de payer l'argent demandé par l'ancien bras droit de Michael Applebaum, sans quoi, son projet immobilier aurait été un échec. Complètement désillusionné, se sentant victime d'extorsion, il serait allé le dénoncer à la police.

Un texte de Geneviève GaronTwitterCourriel 

M. Stein n'avait pas encore 25 ans lorsqu'il a pris les rênes de l'entreprise familiale spécialisée dans l'immobilier, a-t-il raconté à la sixième journée du procès de l'ancien maire intérimaire de Montréal Michael Applebaum, accusé de fraude et de corruption, au palais de justice de Montréal.

En 2006, sa priorité était le projet Troie, d'une valeur de 17 millions de dollars : il prévoyait la démolition d'un immeuble à logements pour construire des résidences étudiantes dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

Robert Stein affirme que son associé et mentor, Anthony Keeler, a rencontré Hugo Tremblay, l'ancien chef de cabinet du maire d'arrondissement Michael Applebaum. Ce dernier leur aurait demandé 35 000 $ pour « faire avancer le projet ». La construction nécessitait un changement de zonage auquel s'opposaient de nombreux citoyens.

Le témoin dit en avoir parlé à ses partenaires new-yorkais, qui l'auraient encouragé à dénoncer cette tactique aux autorités.

Mais il avait peur que le projet échoue et craignait de décevoir sa famille. Pendant plusieurs mois, il a donc demandé à sa mère de lui remettre de l'argent petit à petit, à même les comptes de l'entreprise, pour pouvoir payer le pot-de-vin. Sa mère n'aurait pas posé de questions.

Robert Stein n'a aucun doute que l'argent était destiné à Michael Applebaum. Hugo Tremblay aurait servi d'intermédiaire, selon lui, c’est-à-dire une personne qui prenait les risques « pour l'autre qui veut garder les mains propres ».

Il nie avoir commis un acte de corruption et se dit plutôt victime d'extorsion. « J'avais peur. J'aurais pu dire non, mais la majorité de nos intérêts commerciaux sont dans Côte-des-Neiges et j'avais peur d'être sur la liste noire de Michael Applebaum. »

1000 $ comptant pour un cocktail de financement

Quelque temps auparavant, Robert Stein affirme qu'il s'était rendu dans le bureau du maire d'arrondissement Michael Applebaum avec son associé Anthony Keeler. Hugo Tremblay était présent.

Selon le témoin, M. Applebaum aurait dit que les élections coûtaient très cher. Il aurait alors proposé à Robert Stein d'acheter des billets pour un cocktail de financement, en argent comptant. M. Stein aurait accepté d'en acheter 10, pour la somme de 1000 $.

Il affirme avoir rencontré Hugo Tremblay dans un stationnement pour lui remettre l'argent.

« Je me sentais comme dans un film ou dans les Sopranos », affirme le témoin. Son récit en anglais est ponctué de rires nerveux.

60 000 $ en pots-de-vin

Au total, Robert Stein soutient avoir remis 60 000 $ en pots-de-vin pour l'avancement du projet Troie.

Il aurait entre autres versé des milliers de dollars à l'ancien directeur de l'arrondissement, Jean-Yves Bisson, et à l'ex-conseiller municipal Saulie Zajdel.

Ces deux hommes ont d'ailleurs plaidé coupable à des accusations en lien avec l'acceptation de pots-de-vin dans les dernières années.

Quelques années plus tard, désillusionné, apeuré, Robert Stein affirme qu'il a décidé d'aller rapporter la situation à la police. C'était des mois avant l'arrestation de Michael Applebaum, selon lui. Les policiers semblaient surpris, à son avis, et ils lui auraient offert de faire des opérations avec un micro caché, ce qu'il aurait refusé.

Suite du contre-interrogatoire mardi

En contre-interrogatoire, l'avocat de Michael Applebaum, Pierre Teasdale, a tenté de semer le doute au sujet de l'associé et mentor de Robert Stein, Anthony Keeler.

Me Teasdale a souligné qu'Anthony Keeler avait déjà menti et volé de l'argent à Robert Stein. Il se demandait comment le témoin pouvait lui faire confiance pour les pots-de-vin.

La semaine dernière, Hugo Tremblay a raconté avoir servi d'intermédiaire pour percevoir les pots-de-vin de Michael Applebaum, qui lui aurait tout appris au sujet du financement illégal et de la corruption.

Puis, l'ancien directeur général d'une filiale de Dessau, Patrice Laporte, a affirmé avoir versé 25 000 $ en argent comptant à Hugo Tremblay.

Un collègue, Mario Trudeau, a par la suite soutenu avoir remis de l'argent à Patrice Laporte, mais sans en connaître la raison.

Michael Applebaum a plaidé non coupable aux 14 chefs d'accusation qui pèsent contre lui.

Le contre-interrogatoire de Robert Stein se poursuit mardi.

Le prochain témoin de la Couronne sera Anthony Keeler.

Justice et faits divers