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Justin Trudeau à l’ère de la post-vérité

Justin Trudeau a participé à une séance de questions avec des étudiants à l'Université de La Havane à Cuba.
Justin Trudeau a participé à une séance de questions avec des étudiants à l'Université de La Havane à Cuba. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Radio-Canada

La post-vérité a transformé la politique cette année, nous dit le prestigieux dictionnaire Oxford de la langue anglaise, qui l'a sacrée mot de 2016. On l'a beaucoup associée à la montée de Donald Trump et à la victoire du Brexit. Et si le Canada aussi avait sa post-vérité? Celle véhiculée par le premier ministre Justin Trudeau?

Une analyse d'Emmanuelle LatraverseTwitterCourriel 

La post-vérité, c'est un électorat qui croit que Barack Obama a fondé le groupe armé État islamique et que le Brexit permettra de financer les soins de santé en Grande-Bretagne…

Le dictionnaire Oxford définit la post-vérité comme cet état selon lequel les faits objectifs ont moins d'influence sur l'opinion publique que les appels à l'émotion et les croyances personnelles.

Simple comme concept quand on l'applique à des courants politiques populistes, fondés sur la peur, la colère au détriment des faits.

Or, Justin Trudeau semble démontrer que la post-vérité s’applique tout autant à son style politique fondé sur l’optimisme.

Le lendemain du jour J

Mercredi 9 novembre. La planète venait de se réveiller, sonnée, encaissant difficilement l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Marine Le Pen se réjouissait. François Hollande était catastrophé. Et Justin Trudeau?

Il voguait sur la scène d’un auditorium, sans veston, manches retroussées, applaudi comme une vedette rock par une foule de jeunes Canadiens en liesse, portée par son message sur le leadership et leur rôle dans la construction du Canada de demain.

Nous partageons les mêmes objectifs, nous partageons l'envie de bâtir un pays où la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie vont avoir une vraie chance de réussir et nous avons besoin d'avoir des gouvernements qui écoutent et qui répondent à ces inquiétudes et ces espoirs.

Justin Trudeau

À la colère des Américains, et à l’inquiétude du monde face à une présidence Trump, Justin Trudeau a répondu par l’enthousiasme de bâtir un monde meilleur.

À la peur, à la xénophobie, au protectionnisme, au sexisme de Donald Trump, Justin Trudeau a répondu par les valeurs communes, l’idéal du bon gouvernement.

À la post-vérité américaine, il oppose sa post-vérité toute canadienne.

Une post-vérité bien canadienne

Le lendemain de la victoire de Donald Trump, dans l’esprit des stratèges libéraux, l’image d’un premier ministre confiant, souriant, inspirant pour les jeunes était tout aussi importante sinon plus que son message posé sur la relation entre le Canada et les États-Unis pour rassurer les Canadiens sur l’élection d’un président dont les politiques ont de quoi susciter bien des doutes sur le sort des rapports bilatéraux.

À la post-vérité hargneuse et dénonciatrice qui a porté Donald Trump au pouvoir, Justin Trudeau a répondu par une post-vérité positive, pleine d’espoir et d’ambition.

Un style politique

Il faut dire que le gouvernement Trudeau n’en est pas à ses premières aventures sur le terrain de la post-vérité, celui où le message est en porte-à-faux avec les faits objectifs. D’ailleurs, Stephen Harper était lui-même passé maître en la matière, diraient certains.

On l’a vu cette semaine à Marrakech. La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a répété que le Canada est un leader au chapitre des changements climatiques.

Or, tout le monde sait que le gouvernement libéral n’a toujours pas de plan national concret et solide pour atteindre les cibles de réduction des gaz à effet de serre pourtant si timides et si décriées du gouvernement Harper.

Promettre de réduire les émissions de 80 % d’ici 2050 ne change rien à cette réalité. Or, en martelant le message, les libéraux rassurent les Canadiens. L’émotion avant les faits.

Un modèle de transparence, le gouvernement Trudeau? Encore cette semaine, face aux questions soulevées par les combats auxquels participent les forces spéciales en Irak, le gouvernement a préféré cultiver l'ambiguïté et marteler le rôle crucial que jouent les Canadiens sur le terrain, plutôt que de donner des réponses claires et précises aux questions légitimes de l’opposition sur la participation des soldats canadiens à des combats alors qu'ils ont une mission de formation.

Certes, Justin Trudeau n’en est pas rendu à prétendre être responsable de la réouverture d’une usine Ford… qui n’allait jamais fermer, comme l’a fait Donald Trump cette semaine. Il n’a pas non plus fait campagne sur des mensonges et des demi-vérités qui renforçaient les préjugés de l’électorat.

Mais Justin Trudeau a certainement démontré depuis un an qu’il sait manier l’image et sa propre marque de commerce pour convaincre les gens. Un premier ministre qui communique bien davantage par l’émotion que par les faits.

D’ailleurs, cette semaine à Buenos Aires, il a plaidé vouloir contrer l’effet Trump en utilisant « cette anxiété de façon positive pour rassurer les gens ».

Marshall McLuhan disait, à une époque, que le médium est le message.

Dans l'ère de la post-vérité, il faut croire que c’est l'émotion qui domine le message!

Politique