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Qui n'a pas accès à une toilette dans le monde? La réponse en carte

Avez-vous utilisé une toilette propre aujourd'hui? Si oui, vous êtes parmi les plus chanceux sur la planète. En ce moment, plus d'humains ont accès à un cellulaire qu'à une toilette. Constat d'une crise qui touche des milliards de personnes au quotidien.

Un texte de Mélanie Meloche-HolubowskiCourriel  

À l’occasion de la Journée mondiale des toilettes, le 19 novembre, l’ONU tient à rappeler que 2,4 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des toilettes sanitaires et sécuritaires.

« On tire la chasse et on ne pense pas au fait que une personne sur trois à travers le monde n’a pas accès à des toilettes salubres », dit Nicole Hurtubise, présidente-directrice générale de WaterAid Canada, un organisme non gouvernemental qui a pour mission d’améliorer l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires.

Pourtant depuis 2010, l'ONU considère l’accès à l’eau et à un réseau d’assainissement adéquat comme un droit fondamental.

« L’eau et l’assainissement sont la clé pour réduire la pauvreté. On ne se rend pas compte de l’impact qu’une toilette peut avoir dans la vie d’une personne – au niveau de la santé, de l’éducation, de la croissance économique et du rôle des femmes dans la société », dit Mme Hurtubise.

L'accès à des toilettes dans le monde

 

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une toilette dite adéquate doit empêcher tout contact entre l’homme et des excréments humains. Les installations communes sont des installations d’assainissement améliorées acceptables. Les latrines à fosse sans dalle, les fosses en plein air, les toilettes ou latrines suspendues, les latrines à seau et la défécation à l’air libre ne sont pas des moyens sanitaires.

L’Inde et les pays subsahariens sont parmi les États où l’accès à une toilette est extrêmement difficile. Dans ces pays, plus de 60 % de la population n’y a pas accès. Ce taux atteint 93 % dans le Soudan du Sud.

À certains endroits, les toilettes sont impossibles à trouver. Dans d’autres, elles sont insalubres ou dangereuses. « Beaucoup de toilettes sont installées de façon très précaire et risquent de s’écrouler à tout moment », précise Mme Hurtubise.

Dans les endroits densément peuplés, comme les bidonvilles du Brésil et de la Bolivie, la gestion des eaux usées est compliquée, en raison de la quantité importante de matière fécale produite et de l’absence d’infrastructures.

De plus, des millions de femmes craignent d’aller aux toilettes, puisque les installations n’ont souvent pas de serrure ou de porte et se trouvent dans des lieux reculés, isolés et dangereux.

Lisa Guppy, de l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations unies, raconte avoir visité un village au Cambodge où les femmes mangeaient et buvaient peu pendant la journée pour éviter d’aller aux toilettes seules ou en public. « En soirée, des femmes partaient en groupe pour aller faire leurs besoins », se souvient-elle.

Une étude a démontré que les femmes en Inde passent 97 milliards d’heures à chercher un endroit sécuritaire où aller aux toilettes.

Par ailleurs, Lisa Guppy tient à rappeler que plusieurs pays industrialisés, comme le Canada, ont leurs propres problèmes d’eaux usées, puisque de nombreuses villes rejettent toujours leurs égouts dans les cours d’eau. « Les autorités parlent de bactéries, de contamination de plages et de cours d’eau, dit-elle. Mais, soyons honnêtes, on se baigne dans notre propre merde. »

Défécation en plein air

L’une des priorités de l’ONU et de divers organismes non gouvernementaux est de réduire le nombre de personnes qui défèquent en plein air. Plus de 945 millions de personnes n’ont d’autre choix que de faire leurs besoins à l’extérieur. De ce nombre, 560 millions vivent en Inde.

 

Cette pratique pose un grand risque de santé publique, dit Mme Hurtubise. « Ça peut mener à des épidémies. »

L’assainissement inadéquat et l’eau insalubre sont responsables de millions de cas de choléra, de diarrhée, de dysenterie, d’hépatite A, de poliomyélite et de typhoïde.

Quelque 800 000 adultes et 360 000 enfants de moins de 5 ans meurent annuellement d'une maladie diarrhéique causée par un manque d'hygiène ou d'eau potable. « C’est plus que de morts causées par le sida, la tuberculose et la malaria combinés », explique Chris Williams, directeur de l’organisme Water Supply & Sanitation Collaborative Council.

Un autre problème environnemental grandissant est l’utilisation de sacs de plastique pour ramasser ses excréments. « Ces sacs sont ensuite jetés partout », se désole Mme Hurtubise.

Heureusement, la défécation en plein air a été réduite de moitié depuis les 25 dernières années. En fait, beaucoup de villes et villages en Afrique ont été déclarés des « zones sans défécation en plein air ».

Des améliorations progressives

Si le nombre de personnes sans accès à une toilette demeure très élevé, il y a tout de même eu du progrès depuis les 25 dernières années. La proportion de personnes qui ont accès à des installations sanitaires adéquates est passée de 54 % en 1990 à 68 % en 2015. En 25 ans, 2 milliards de personnes de plus ont eu accès à des toilettes.

 

Au Bangladesh, le nombre de personnes déféquant en plein air est passé de 30 % à moins de 2 % en 20 ans.

En Inde, on a interdit la construction de toilettes non hygiéniques ainsi que l’emploi de personnes pour enlever à mains nues des excréments humains des latrines, et on a mené une vaste campagne de sensibilisation.

Lors d’un voyage en Inde, Mme Hurtubise dit avoir vu l’effet positif de l’installation de blocs communaux reliés à des canaux d’évacuation municipaux. « Des familles disent que ç’a tout changé dans leurs vies. Les filles peuvent aller aux toilettes sans se faire attaquer », ajoute-t-elle.

Il n’est pas seulement question d’installer des toilettes; il faut aussi penser à la gestion des matières fécales, à l’entretien des installations, à la sécurité et à l’éducation.

« L’Inde a construit des toilettes pendant des années et le nombre de personnes qui les utilisaient n’augmentait pas. Il a fallu expliquer pourquoi il est important d’utiliser une toilette et changer les habitudes, peu à peu », mentionne Chris Williams.

Un des objectifs de développement durable de l’ONU demande à la communauté internationale de garantir l’accès aux toilettes d’ici à 2030. Mais la tâche est encore colossale.

Les toilettes, un sujet sexy?

Il est encore difficile dans de nombreux pays de parler de toilettes et, souvent, les différents ordres gouvernementaux ne veulent pas prendre la responsabilité. « Le gouvernement du pays dit que ça relève du municipal; le municipal pense que ça relève des ménages », explique Mme Hurtubise.

« La volonté politique est très faible. Les gouvernements parlent d’emploi, de leur économie, mais l’hygiène est au bas de la liste. Les gens ne veulent pas parler d’excréments », observe Lisa Guppy.

C’est pourquoi, il y a 15 ans, Jack Sim a fondé l’Organisation mondiale de la toilette. Le sujet était alors tabou, dit l’homme qu’on appelle maintenant « M. Toilette ». Son organisation utilise une bonne dose d’humour pour parler d’un sujet « merdique ». « C’est une façon d’attirer l’attention », dit M. Sim.

Des Australiens soulignent avec un peu d'humour la Journée mondiale des toilettes en 2010. Des Australiens soulignent avec un peu d'humour la Journée mondiale des toilettes en 2010. Photo : Reuters

Changer les habitudes requiert un peu d’originalité, croit M. Sim, qui ajoute qu'il faut rendre attrayante l’utilisation d’une toilette pour que ça devienne un style de vie à adopter.

On doit promouvoir les toilettes comme l’on promeut un sac Louis Vuitton; si ton voisin a une belle toilette propre, tu seras tenté d’en avoir une aussi.

Jack Sim, « M. Toilette »

Incitatif économique

Cette année, la Journée mondiale des toilettes met l’accent sur les conséquences de l’absence de toilettes sur l’emploi et l’économie.

Selon les estimations, dans beaucoup de pays, les maladies causées par le manque d’assainissement et d’hygiène entraînent une perte de productivité pouvant atteindre 5 % du PIB, et près de 20 % des morts au travail sont causées par de mauvaises conditions d’hygiène.

Des pays qui souhaitent améliorer leur croissance économique doivent absolument penser avant tout à la question sanitaire. « C’est le meilleur investissement qu’un gouvernement peut faire. Et il est possible de faire beaucoup en investissant des sommes modestes », dit Chris Williams, qui ajoute que des pays prospères, comme le Canada, devraient investir davantage dans des projets qui amélioreront l’accès à une toilette dans des pays en développement.

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