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Décision du DPCP à Val-d'Or : entre colère et incompréhension

Environ 200 personnes étaient présentes au rassemblement en appui aux femmes autochtones de Val-d'Or, au Palais de justice.

Rassemblement en appui aux femmes autochtones de Val-d'Or, au Palais de justice.

Photo : Radio-Canada / Sandra Ataman

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À Val-d'Or, les réactions se multiplient en lien avec l'annonce officielle du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne porter aucune accusation contre six policiers de la Sûreté du Québec (SQ) de Val-d'Or. Entre le mécontentement et la déception, plusieurs citoyens, intervenants du milieu et membres des communautés autochtones se sont mobilisés vendredi après-midi à l'extérieur palais de justice.

Une rencontre organisée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait eu lieu vendredi matin dans les bureaux de la MRC de la Vallée-de-l'Or en Abitibi en lien avec ce dossier. Le maire de Val-d'Or, Pierre Corbeil, des représentants de la MRC, du Centre d'amitié autochtone et de groupes autochtones y participaient. Au sortir de cette rencontre, le maire a affirmé avoir pris conscience des informations du DPCP. Il a toutefois réitéré que la Ville de Val-d'Or demande une enquête indépendante « visant à examiner les dimensions sous-jacentes » des relations entre policiers et autochtones.

« Nous sommes sensibles à leur désarroi. »

— Une citation de  Pierre Corbeil, maire de Val-d'Or

Les présumées victimes et les représentantes du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or accueillent la décision du DPCP avec le sentiment d'avoir été trahies.

« Devant cette adversité, devant ces déceptions, il ne faut pas se laisser abattre, il faut relever nos manches et il faut continuer à travailler ensemble. Ma foi, je pense que les décisions qui ont été prises par le conseil, entre autres, quand à la demande d'une commission d'enquête indépendante, cette commission a été demandée l'an passé, on l'a réitérée cette année, il faut poursuivre, on va les appuyer puis on va les aider dans ce sens-là », affirme-t-il.

Les peuples sont mobilisés à Val-d'Or depuis 2015

Pierre Corbeil veut que l'on assure une aide immédiate et urgente aux femmes autochtones. Il soutient que la cohabitation est pacifique à Val-d'Or. Il a souligné la mobilisation des organismes et des communautés autochtones et non autochtones afin de travailler ensemble depuis les événements d'octobre 2015.

En décembre 2015, la Ville de Val-d'Or, le Grand conseil des Cris, le Conseil Anishibabé de Kitcisakik, le Conseil Anishinabé de Lac-Simon, le Conseil de la Première Nation Abitibiwinni de Pikogan, ont ainsi signé la Déclaration de Val-d'Or. L'idée est de jeter les bases d'une réconciliation, d'une relation harmonieuse entre Autochtones et non autochtone.

« La balle est dans le camp du gouvernement maintenant »

De son côté, la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, affirme que c'est au gouvernement du Québec d'agir.

« Quand vous avez été abusée, lorsque vous avez été agressée, est-ce que vous pensez que vous allez être calme? Je ne crois pas. Je pense qu'il y a une responsabilité sociale. Comment on va calmer nos gens maintenant, si la justice ne s'applique pas, si la justice ne correspond pas à nous? C'est un gros défi que l'on a à faire, comment on va réussir à calmer nos gens maintenant? On voit toutes sortes de réactions. La balle est dans le camp du gouvernement maintenant », déclare-t-elle.

 

Le CAVAC réagit aux explications du DPCP

La directrice générale du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) de l'Abitibi-Témiscamingue, Nancy Bouchard, participait aussi à cette rencontre vendredi matin. Près de 9 % de sa clientèle est autochtone. Elle considère que, malgré la décision du DCPC, les femmes auront besoin de soutien psychologique.

« Qu'il y ait une poursuite ou qu'il n'y en ait pas, on ne guérira pas. Je ne pense pas qu'on guérisse d'une agression sexuelle, on apprend simplement à vivre avec, nuance-t-elle. On peut, avec une relation d'aide, une intervention, une thérapie, réussir à vivre mieux. Nous, on a vraiment un volet victime et on a aussi une connaissance en milieu judiciaire alors on comprend la révolte, mais on comprend aussi les explications qui ont été données ce matin. »

Beaucoup d'émotions à Val-d'Or

Jimmy Papatie, membre de la communauté de Kitcisakik et ancien chef, a exprimé sa colère après le point de presse du maire de Val-d'Or Pierre Corbeil, ce matin. Il considère, entre autres, que les politiciens et les commerçants de la Ville de Val-d'Or ont plus de considérations pour les membres de la nation Crie que les Anishnabe qui habitent le territoire.

S'adressant au maire, il a lancé : « Admets-le qu'il y a un cancer dans ta ville! Admets-le! Il y a un cancer qui mène la violence, à un racisme [systémique], à ce que les policiers maltraitent mon monde! » Pierre Corbeil a tendu la main à Jimmy Papatie en lui offrant de travailler avec lui pour améliorer les relations avec les membres de sa nation.

Affiche tenue par une des personnes présentes à la mobilisation en appui aux femmes autochtones de Val-d'Or, ce vendredi. « Suis-je la prochaine? Am i next? »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Affiche tenue par une des personnes présentes à la mobilisation en appui aux femmes autochtones de Val-d'Or, ce vendredi

Photo : Radio-Canada / Sandra Ataman

Françoise Ruperthouse, de la communauté de Pikogan, a réagi vivement après la rencontre avec le DPCP. Elle était sous le choc et ne comprenait cette décision.

« C'est inquiétant de dire que les policiers, on n'a pas assez de preuves pour les arrêter. Par contre, ils sont capables de dire que ça se peut qu'il y ait eu des agressions, ça se peut qu'il y ait eu de la violence, ça se peut qu'ils les aient amenées ont au fond d'un rang [...] Je m'excuse, mais ce n'est pas une façon de travailler. Le système québécois n'est pas fait pour nous autres, les Indiens », a-t-elle dénoncé.

Quant à elle, la coordonnatrice aux dossiers autochtones de l'UQAT, Janet Mark, croit qu'il est inévitable que le climat actuel à Val-d'Or soit teinté par plusieurs émotions. « C'est tout à fait normal », estime-t-elle. Selon elle, il n'y a pas de risques de débordements à Val-d'Or. « En tout cas, c'est ce que je ressens. Bien sûr, on comprend qu'il n'y ait pas d'accusation de la part du DPCP [sur les six policiers à Val-d'Or]. Je pense que les gens comprennent, mais il n'en reste pas moins que le travail judiciaire qui a été fait selon un cadre précis. »

« On comprend, mais ça fait un an que les gens attendent. Si j'étais à leur place, ce serait comme avoir l'impression de retourner à la case départ. »

— Une citation de  Janet Mark, coordonnatrice aux dossiers autochtones de l'UQAT

« C'est le même Code criminel pour tous », dit Me Lemay

Le bâtonnier de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, Me Marc Lemay, estime comprendre les réactions évoquées face à cette nouvelle. Il explique toutefois les exigences qu'a dû respecter le DPCP lors de son enquête.« Si le Directeur des poursuites criminelles et pénales n'a pas cette preuve, n'est pas capable de monter le dossier, n'est pas capable d'avoir une preuve suffisante qui amènerait une condamnation, c'est clair qu'il ne peut pas déposer d'accusation. Peu importe la pression du public », soutient-il.

Me Marc Lemay explique également que le système de justice ne peut pas s'adapter à la réalité autochtone. Selon lui, le système judiciaire ne peut pas faire de différence entre qui que ce soit, en vertu du Code criminel.

« Il n'y a pas de Code criminel pour les blancs, de Code criminel pour les musulmans, de Code criminel pour les autochtones. C'est le même code criminel qui s'applique partout au Canada, peu importe la nation. »

— Une citation de  Me Marc Lemay




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