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Des victimes de Richard Henry Bain se disent « abandonnées »

La sentence de Bain connue vendredi
Radio-Canada

Si plusieurs victimes de Richard Henry Bain, qui devra attendre 20 ans avant de pouvoir demander une libération conditionnelle, pourront enfin tourner une page importante, d'autres se lancent dans une nouvelle croisade : la réforme du régime public d'indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC).

Un texte de Geneviève GaronTwitterCourriel  

Jonathan Dubé, Hakim El Harrif et Gaël Ghiringhelli se souviennent parfaitement de la marche sur laquelle ils se tenaient dans l'escalier extérieur lorsque Richard Henry Bain a fait irruption à l'arrière du Métropolis. L'unique coup de feu, leur collègue Denis Blanchette qui s'affaisse au sol, l'autre technicien Dave Courage qui se tord de douleur et le chaos qui s'en est suivi sont gravés dans leur mémoire.

La détresse d'être passés à deux doigts de la mort et d'avoir vu un collègue se faire abattre les hante encore, plus de quatre ans après.

Je suis resté un an à regarder le plafond chez nous. J'étais même pas capable d'appeler pour parler au dispatch et essayer de retravailler.

Jonathan Dubé, ancien technicien du Métropolis

Gaël Ghiringhelli souffre de stress post-traumatique au point où il a eu des pensées suicidaires.

Hakim El Harrif raconte avoir souffert de crises d'anxiété qui l'ont conduit à l'hôpital. Il est encore fâché lorsqu'il repense à la réponse que l'IVAC lui a donnée, à la suite de sa demande d'indemnisation.

Ils m'ont répondu : dans nos fichiers, tu es considéré un témoin et non une victime. On ne peut même pas prendre ta demande. Je viens de vivre un choc traumatique intense et on me rejette parce que je suis un témoin dans leur système.

Hakim El Harrif, ancien technicien du Métropolis

Lorsque ses deux amis se sont adressés à l'IVAC, le délai maximal d'un an pour faire une demande était dépassé. Ils étaient à la recherche d'une aide financière pour pouvoir consulter un psychologue.

Le problème, c'est qu'on nous a souvent dit lors de nos démarches que c'était trop tard et que nul n'est censé ignorer la loi. Sauf que ça veut dire qu'on est tous supposés se faire tirer dessus et savoir qu'il existe ce genre de choses [l'IVAC].

Gaël Ghiringhelli, ancien technicien du Métropolis

Depuis le 23 mai 2013, le délai pour faire une demande à l'IVAC a été prolongé à deux ans, à partir du moment où une victime réalise qu'elle souffre.

Malgré cela, l'an dernier, parmi les 1416 demandes refusées par l'IVAC, 28,4 % outrepassaient les délais.

83 % des demandes ont été acceptées en 2015.

L'opposition demande des changements

Les partis d'opposition se rangent derrière les victimes du Métropolis et interpellent la ministre de la Justice afin que des changements soient apportés à l'IVAC. Tous citent le rapport de la protectrice du citoyen présenté en septembre dernier, qui dénonçait le manque d'empathie dans le traitement des demandes et formulait 33 recommandations.

Selon la porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice, Véronique Hivon, le gouvernement doit « prendre ses responsabilités. Quand des cas sont plus difficiles et ne sont peut-être pas parfaitement conformes aux petites cases du formulaire, on doit avoir la générosité, comme société, de s'en préoccuper et d'apporter une réponse individualisée ».

La députée de Joliette estime que le gouvernement devrait piger dans les surplus du Fonds d'aide aux victimes d'actes criminels pour financer une étude afin de déterminer comment réformer l'IVAC en profondeur.

La Coalition avenir Québec (CAQ) croit que les changements à l'IVAC devraient être rétroactifs pour s'assurer que des victimes comme celles du Métropolis « aient accès à toutes les ressources », explique le porte-parole en matière de justice, Simon Jolin-Barrette.

Québec solidaire croit également qu'il ne devrait y avoir aucune prescription pour les victimes d'agression sexuelle.

Certaines victimes sont prêtes à nommer qu'il ou elle a été victime d'agression sexuelle parfois 30 ans plus tard. Il faut être capable de les aider. Il faut agir avec compassion.

Françoise David, porte-parole de Québec solidaire

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, n'a pas souhaité commenter la situation. Le ministère dit réfléchir aux recommandations de la protectrice du citoyen et préparer un plan d'action.

Les victimes du Métropolis devant les tribunaux

Par ailleurs, la blessure des victimes de Richard Henry Bain est d'autant plus vive qu'elles n'ont toujours pas l'impression d'avoir obtenu des réponses à leurs questions, malgré le procès.

Elles reprochent à la Sûreté du Québec et au Service de police de la Ville de Montréal d'être responsables de failles dans la sécurité, le soir du 4 septembre 2012.

Quatre victimes poursuivent la province et la Ville de Montréal pour 80 000 $ chacune.

Selon leur avocate, Virginie Dufresne Lemire, il est « inacceptable qu'un homme armé et cagoulé ait pu s'approcher aussi facilement de la porte arrière du Métropolis où se trouvaient des centaines de personnes pendant un événement politique d'envergure. On trouve inacceptable qu'il n'y ait eu aucun policier dans cette ruelle au moment des faits ».

La poursuite civile déposée il y a un an est encore au stade préliminaire.

Justice et faits divers