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Un portrait des Québécois à travers le sirop d'érable

Gilles Vigneault et Fred Pellerin dans le documentaire « Le goût du pays », de Francis Legault
Le documentaire « Le goût du pays » Photo: FunFilm Distribution
Radio-Canada

C'est un hymne à la production artisanale du sirop d'érable que le réalisateur Francis Legault propose dans son nouveau documentaire. Métaphore du tempérament des Québécois, des écueils de leur histoire et de leurs aspirations changeantes, le sirop et son temple, la cabane à sucre, sont présentés comme des éléments rassembleurs à une époque où la division règne, ici comme ailleurs.

Un texte de Félix-Antoine Viens Twitter Courriel  

Le réalisateur va à la rencontre de producteurs de sirop, de Roméo Bouchard, fondateur de l'Union paysanne et exploitant d'une petite érablière avec son fils dans le Bas-Saint-Laurent, à la jeune famille Tessier, des Montréalais qui ont réalisé un rêve en acquérant une érablière dans les Cantons de l'Est. Maëcha et Simon et leurs trois enfants se retrouvent à la cabane à sucre chaque printemps, entourés de la famille et des amis pour entailler les arbres, récolter l'eau d'érable et produire cet élixir.

L'importance de prendre le temps, le respect du terroir québécois et de la nature, ainsi que la valeur du travail sont autant de thèmes abordés dans Le goût d'un pays. Ils sont portés par Gilles Vigneault et Fred Pellerin. Au fil des discussions, les deux poètes réfléchissent à la transmission des traditions et des valeurs québécoises, avec, en toile de fond, l'idée d'un pays.

 

Le sirop d'érable, c'est comme nous, c'est improbable. Qu'on parle encore français en Amérique du Nord, c'est incroyable. Et puis, il y a l'entaille dans l'arbre, qui est comme notre cicatrice collective. Il faut qu'il fasse froid la nuit et chaud le jour pour que ça coule. C'est comme les Québécois, qui ne savent pas s'il faut avancer ou pas.

Francis Legault

Gabriel Nadeau-Dubois, Kim Thúy, Boucar Diouf et Fabien Cloutier expliquent, chacun à leur façon, leur relation personnelle avec le sirop, et nous font part de leur réflexion sur le Québec, ses tourments et ses rêves.

Avec la poésie qu'on lui connaît, Fabien Cloutier propose, à la fin du film, cette métaphore entre les coulées du printemps et les promesses, souvent déçues, d'un Québec nouveau.

Le printemps, c'est le renouveau des idées, des projets, c'est de sentir qu'il va arriver quelque chose de mieux et de beau. Des fois, je me dis qu'au Québec, on a vécu des printemps, mais que l'été n'est jamais arrivé. L'été n'est pas arrivé!

Fabien Cloutier
À la cabane à sucre de Simon, dans le documentaire « Le goût d'un pays », de Francis LegaultLe documentaire « Le goût d'un pays » Photo : Image tirée de la bande-annonce / FunFilm Distribution

Un sujet controversé, le sirop?

C'est au terme d'un enregistrement de l'émission de radio L'autre midi à la table d'à côté qui réunissait Gilles Vigneault et Fred Pellerin, deux producteurs de sirop, que Francis Legault a eu l'idée du documentaire. C'était en 2008. Le réalisateur a rencontré des embûches dans la production, un signe, estime-t-il, qu'il demeure hasardeux de parler du Québec, même à travers son précieux sirop d'érable.

Il admet même craindre la réception que le public réservera à son film, présenté en première vendredi aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. La cabane à sucre, bien qu'elle soit rassembleuse, a été, au cours des dernières années, le lieu d'un des épisodes déclencheurs du débat sur les accommodements raisonnables.

Comme Québécois, c'est difficile de parler de nous et d'être rassembleur sans avoir l'air d'exclure des gens. L'analogie du sirop d'érable fonctionne bien, et disons que c'est difficile de trouver des gens qui n'aiment pas ça. C'est emblématique, c'est propre à nous.

Francis Legault
Fred Pellerin, Francis Legault et Gilles Vigneault lors du tournage du documentaire « Le goût d'un pays »Le documentaire « Le goût d'un pays » Photo : Francis Legault

Sirop d'érable, ceintures fléchées, tourtières; le folklore québécois est souvent perçu comme ringard et aliénant, soutient Fred Pellerin dans le documentaire. Francis Legault a donc voulu rendre hommage au sirop d'érable, qui, même si on le trouve sur les tables de Longueuil à Amos, n'a pas toujours eu la meilleure des réputations, estime-t-il.

Tu n'entends jamais les Français dire que les vendanges, c'est ringard. Pendant neuf ans, j'ai travaillé sur des émissions de cuisine, et jamais on ne parlait de sirop d'érable. Mais on faisait des émissions en Italie pour découvrir le meilleur vinaigre balsamique.

Francis Legault

Martin Picard et son émission Un chef à la cabane, ainsi qu'un engouement renouvelé pour les produits du terroir et l'agriculture à petite échelle ont redoré, au cours des dernières années, l'image du sirop d'érable et de la cabane à sucre.

« J'ai voulu faire un portrait de société à travers un rituel. J'espère pouvoir le présenter à l'étranger, car c'est un beau portrait de nous. »


Le documentaire Le goût d'un pays sortira en salle le 2 décembre, notamment au Cinéma Beaubien et au Quartier Latin à Montréal, au Clap à Québec et au Tapis Rouge à Trois-Rivières.

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