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Travailleurs guatémaltèques floués : l’agence de placement se défend

Trois des 14 travailleurs guatémaltèques arrêtés à Victoriaville et qui disent avoir été floués par la firme de placement Les Progrès
Trois des 14 travailleurs guatémaltèques arrêtés à Victoriaville et qui disent avoir été floués par la firme de placement Les Progrès Photo: Radio-Canada / RADIO-CANADA/AMÉLIE DESMARAIS
Radio-Canada

Visée par plusieurs reportages faisant état de cas de maltraitance et de fraude à l'égard de 14 travailleurs agricoles clandestins arrêtés à Victoriaville en octobre, l'agence de placement Les Progrès a tenu à donner sa version des faits mercredi pour « corriger des propos erronés préjudiciables à la réputation » de son directeur, Esvin Cordon.

Les employés guatémaltèques accusent l’agence de placement Les Progrès de les avoir incités à quitter leur employeur précédent en leur promettant des permis de travail qui n’ont finalement jamais été délivrés et de les avoir floués de plusieurs milliers de dollars dans le processus.

Onze d’entre eux sont détenus au Centre de surveillance de l'immigration de Laval, en attente des procédures d'expulsion pour avoir échoué à régulariser leur situation dans des délais raisonnables.

Esvin Cordon nie tous les faits allégués. Dans un communiqué, le directeur de l’agence argue que six travailleurs guatémaltèques – Juan de Jesus Hernandez Solis, Ismael Simon Chuta, Wilder Josue Cantoral Urrutia, Henry Adonain Mejia Sosa, Abner Joaquin Miranda Lopez, Henry de Jesus Aguirre Contreras – l’auraient eux-mêmes contacté en septembre dernier en soutenant qu’ils étaient maltraités par leur employeur de l’époque, Service Avicole JGL. inc.

Esvin Cordon, qui est lui-même d’origine guatémaltèque, soutient qu’à l’époque, il était en manque de main-d’œuvre et qu’il éprouvait une forme de sympathie à l’égard de ses futurs employés puisqu’il avait lui-même été maltraité pendant plus de 15 ans à titre de travailleur étranger.

M. Cordon aurait accepté d’embaucher les 14 travailleurs à condition qu’ils fassent des démarches pour obtenir un permis de travail conforme aux exigences d’Immigration Canada.

Comme les travailleurs guatémaltèques auraient choisi de changer d’employeur de leur propre chef, Esvin Cordon leur aurait demandé d’assumer par eux-mêmes les frais juridiques associés aux modifications de leurs permis.

Mon erreur a été de vouloir respecter les lois canadiennes en matière de travailleurs étrangers.

Esvin Cordon, directeur de l'agence Les Progrès

Le directeur de l’agence de placement aurait alors contacté les services d’un cabinet spécialisé en droit de l’immigration pour les aider à remplir les documents nécessaires. Esvin Cordon soutient qu’en vertu d’une entente signée le 12 septembre 2016, l’agence s’est engagée à payer en amont les frais juridiques pour régulariser la situation des 14 travailleurs.

Ces derniers auraient signé l’entente qui stipulait aussi qu’ils consentaient à ce qu’une somme soit prélevée à même leur salaire, en cas d'heures supplémentaires, « pour rembourser les avances faites » par l’employeur.

Une fois l’entente conclue entre son agence et les 14 travailleurs, M. Cordon se serait chargé de leur trouver du travail dans les entreprises agricoles de la région de Victoriaville et de leur trouver des endroits où loger.

Le cabinet chargé de s’occuper des dossiers des travailleurs aurait entamé le processus administratif à la suite de la signature de l’entente. Le directeur de l’agence rappelle que ce processus est généralement long et complexe, ce qui fait en sorte qu’il n’était pas terminé, mais en voie de l’être le jour de l’arrestation des travailleurs guatémaltèques, survenue le 26 octobre dernier.

Un des travailleurs agricoles, Rudy Fernando, a passé une dizaine de journées dans le Centre de détention pour immigrants de Laval. Il soutient que la ferme où il travaillait avait refusé de le payer et que l’agence Les Progrès lui avait proposé de lui trouver un meilleur employeur, moyennant un paiement de 4500 $, soit des frais n’ayant aucun lien avec ceux pour la régularisation de son dossier.

Les 14 employés ont été condamnés la semaine dernière par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié pour avoir travaillé dans l’illégalité. Selon leur avocate, les travailleurs ignoraient que leur statut n’était pas encore reconnu. Or, l’employeur soutient qu’ils avaient été avertis de la durée du processus par l’entremise d’une lettre expliquant les dispositions de la loi canadienne.

Les 14 travailleurs guatémaltèques doivent être expulsés vers leur pays au cours de la prochaine semaine, sans avoir la possibilité de revenir travailler au Québec au cours des 12 prochains mois. Leur avocate, Susan Ramirez, souhaite toutefois obtenir un sursis pour leur expulsion.

Mme Ramirez a aussi déposé des plaintes visant l’agence Les Progrès, ainsi que les fermes qui employaient les travailleurs, à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui chapeaute la Loi sur les normes du travail.

M. Cordon n'a pas été arrêté et aucune accusation ne pèse contre lui.

Mauricie et Centre du Québec

Justice et faits divers