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Erwan, trois ans, le fils de Josiane Parent et Yann Blanchard sur son vélo, alors que la famille marche pour retourner à la maison à Sherbrooke

Erwan, trois ans, le fils de Josiane Parent et Yann Blanchard sur son vélo

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Radio-Canada

Posséder une voiture est souvent un parcours obligé quand on réside à l'extérieur de Montréal. Mais certains irréductibles qui auraient bien besoin d'une bagnole résistent.

Un texte de Carl MarchandTwitterCourriel 

Il reste de la place dans le stationnement de Yann Blanchard et Josiane Parent, rue Kennedy Nord, dans le vieux quartier de Sherbrooke. Les seuls moyens de transport qu’on y retrouve : plusieurs vélos et quelques poussettes pour les déplacements de la famille de trois enfants. Le couple n’a plus de voiture depuis bientôt sept ans.

« La première raison, c’est parce qu’on n'en a pas besoin, explique Josiane Parent. La deuxième raison pour moi, c’est l’aspect environnemental, puis l’aspect financier vient en troisième. »

« Comme on vit en Amérique du Nord, c’est sûr que nous avons beaucoup d’impact sur l’environnement », ajoute Yann, chercheur sur les changements climatiques qui collabore avec plusieurs universités, dont celle de Sherbrooke. Son champ d'études : l'épaisseur de la couche de glace dans l’Arctique.

Le stationnement de la maison de Yann Blanchard et Josiane Parent : aucune voiture, mais plusieurs vélos et quelques poussettesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le stationnement de la maison de Yann Blanchard et Josiane Parent

Photo : Radio-Canada

Ne pas avoir d’auto, ça enlève juste un petit poids de plus sur l’environnement. On a toujours des choses à améliorer, mais ne pas avoir d’auto, ça aide.

Yann Blanchard

Tout commence par l'emplacement de leur maison. Leur choix a été assez simple : à distance de marche du CHUS-Hôtel-Dieu, où Josiane travaille comme infirmière.

« J’ai pris un compas et j’ai tracé un cercle de trois kilomètres », plaisante Yann, avec un fond de vérité.

Quand on n’a pas d’auto, il faut prévoir davantage admettent-ils. Heureusement, la garderie des deux plus vieux est à 500 mètres de la maison. Pour l'épicerie, on la transporte dans le porte-bagages du vélo ou dans des sacs à dos.

Josiane Parent, Yann Blanchard et leurs trois enfants, au départ de la garderie à SherbrookeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Josiane Parent, Yann Blanchard et leurs trois enfants

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Mais la voiture arrive toujours tôt ou tard. Dans leur cas, c'est une location à l'heure, une fois toutes les deux semaines. L'occasion d'une razzia au supermarché, de faire d'autres courses ou d'aller voir la famille.

Le coût : environ 200 $ par mois, évalue le couple.

« On ne sait même pas si ça nous coûte moins cher que d'être propriétaire d'une auto », disent-ils.

La réponse est non.

Avoir une auto au Québec, combien ça coûte chaque mois?

  • Sous-compacte neuve : 709 $
  • Intermédiaire : 867 $
  • Multisegment et fourgonnette : 873 $
  • Camionnette : 1111 $

Plus de détails ici (Nouvelle fenêtre)

Source : Calculateur CAA, estimation avec 20 000 km par année, incluant permis de conduire et immatriculation.

Rouler moins, dépenser moins

L’envie d’aller acheter des trucs passe vite quand il faut 30 minutes de marche pour se rendre au magasin, ajoute Josiane. Il faut savoir se priver.

« C’est sûr que c’est pratique d’avoir une auto dans sa cour le soir pour aller à l’épicerie, chercher quelque chose qui manque pour une recette, convient Yann. Mais ça n’a jamais été mon genre de suivre les recettes à la lettre. Je suis plus du type à improviser à partir de ce qu'on a. »

Frank Poule marche tous les jours avec son fils. Le trajet pour aller à l'école prend 20 minutes. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Francis Poulin, alias Frank Poule, marche tous les jours avec son fils Mael. Le trajet pour aller à l'école prend 20 minutes.

Photo : ICI Estrie/Christine Bureau

Le poète sur le pouce

Pour Francis Poulin, alias Frank Poule, son nom d'artiste poète, la raison de ne pas avoir de voiture est encore plus simple. Le résident du quartier Ascot, à Sherbrooke, n’a jamais obtenu son permis de conduire parce qu'il n'en voyait pas le besoin. Puis, à 32 ans, il se rebute aujourd’hui à l’idée de payer pour le cours de conduite, obligatoire depuis 2010.

« On est un tiers du Québec qui a 15 ans et plus à ne pas avoir de permis de conduire », affirme-t-il, avec un brin de fierté.

Beau temps, mauvais temps, c’est la marche ou le vélo pour aller reconduire son fils Mael à l’école. Les jours de pluie, le père et le fils ont même une chanson pour se donner du courage.

On n’est pas faits en chocolat, pas plus qu’en laine d’alpaga. Qu’il mouille, qu’il pleuve, qu’il grêle des rats, on n’est pas faits en chocolat.

La chanson de Francis Poulin et son fils Mael

Le choix de vie apporte quand même son lot de défis. « Veut, veut pas, on est dépendants des voitures. Je ne fais pas tout ce que je veux à vélo. »

Quand on le sollicite pour animer un atelier dans une école à l'extérieur de Sherbrooke par exemple, ce n'est pas la paye qui préoccupe l'artiste, mais bien si quelqu'un peut lui offrir du covoiturage. Pour se rendre à bon port quand on ne conduit pas, il faut savoir développer un bon réseau.

« La dernière fois que je voulais aller à Valcourt depuis Sherbrooke, j'ai appelé à l'usine de BRP pour savoir si quelqu'un faisait la route », illustre Francis.

Frank Poule a 32 ans et pas de voiture. Mais le Sherbrookois s'en accommode plutôt bien. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Francis Poulin, alias Frank Poule, a 32 ans et pas de voiture. Mais le Sherbrookois s'en accommode plutôt bien.

Photo : ICI Estrie/Christine Bureau

Si je veux aller à Thetford Mines, j’appelle Sébastien. Si je veux aller dans le Val-Saint-François, c’est Annie, qui est enseignante dans ce secteur-là. Si je veux aller à Lac-Mégantic, c’est une ambulancière qui fait la route quasiment cinq jours par semaine.

Francis Poulin, alias Frank Poule

Francis Poulin juge qu'il pourrait écrire un livre avec toutes ses histoires sur la route.

De facto, quand on n'a pas d'auto, pas besoin de plan d'entraînement sportif, poursuit Josiane Parent. « C’est aussi d’intégrer la marche comme activité physique. Les trois ou quatre heures qu’on pourrait passer au gym, je les passe à marcher. Comme ça, je me dis que ça me garde en forme. »

« J’ai lu des études qui disaient que plusieurs grands philosophes et chercheurs avaient besoin de marcher, justement parce que ça amène de nouvelles idées », renchérit son conjoint, Yann Blanchard.

Yann Blanchard et Josiane Parent en train de marcher vers la garderie de leurs enfants à SherbrookeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Yann Blanchard et Josiane Parent

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Lui-même, a-t-il trouvé l'éclair de génie lors d'une de ses promenades?

« Je marche encore, je cherche! »


Posséder une voiture n'est pas un investissement

Les trois quarts des Canadiens sous-estiment les coûts de possession d’une voiture et de son entretien, selon une étude publiée par CAA en février 2013. Une sous-évaluation qui peut atteindre 4000 $ par année chez plusieurs répondants.

« Acheter une voiture n'est pas un investissement. Il faut simplement essayer de perdre le moins d'argent possible », explique Jesse Caron, conseiller automobile à CAA Québec. Le vrai coût à payer dépasse largement celui de la simple mensualité.

« C'est encore pire pour les prix affichés à la semaine. Le réflexe est de multiplier par 4 semaines dans le mois, mais en réalité il faut multiplier par 4,3 », précise M. Caron.

Si on veut perdre le moins d'argent possible, la stratégie : garder sa bagnole le plus longtemps possible.

« Le mieux, c'est d'acheter une voiture neuve et la garder pendant une dizaine d'années. Sinon, on peut cibler une voiture usagée, de trois ou quatre ans, qui aura déjà perdu la moitié de sa valeur. On la fait inspecter et on tente de la garder une dizaine d'années aussi », conseille Jesse Caron.


« Vivre sans »

Cet article fait partie d'une série de reportages qui seront diffusés sur les ondes d'ICI Première et publiés sur le site Internet d'ICI Estrie. L'idée est de raconter le quotidien de ceux qui vivent sans quelque chose qui nous apparaît essentiel, ou presque.

À lire aussi : Vivre sans téléphone cellulaire

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