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Des journalistes réclament d'Ottawa une meilleure protection de la liberté de presse

Le journaliste de La Presse Patrick Lagacé, le journaliste Mohamed Fahmy, le directeur de l’Association des journalistes pour la liberté d’expression, Tom Henheffer, et le journaliste de Vice News Ben Makuch, au micro

Le journaliste de La Presse Patrick Lagacé, le journaliste Mohamed Fahmy, le directeur de l’Association des journalistes pour la liberté d’expression, Tom Henheffer, et le journaliste de Vice News Ben Makuch, au micro

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Une coalition de journalistes canadiens et québécois réclame du gouvernement de Justin Trudeau des mesures et des lois plus musclées afin de protéger davantage la liberté de presse au pays.

Les journalistes Patrick Lagacé, Mohamed Fahmy et Ben Makuch, ainsi que Tom Henheffer de Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE), ont fait part de leurs demandes à cet égard mercredi en conférence de presse à Ottawa.

Nous, les journalistes, ne travaillons pas pour la police et ne devrions pas faire face à l’obligation de partager l’information que nous recueillons.

Mohamed Fahmy, journaliste

Pour Patrick Lagacé, de La Presse, il importe de « codifier dans la loi la protection de cette relation spéciale existant entre les journalistes et leurs sources confidentielles ».

Ces protections législatives existent dans nombre de pays occidentaux : la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Australie et les États-Unis, notamment.

Patrick Lagacé se dit encouragé par l'instauration, par Québec, d'une commission d’enquête publique, qui sera présidée par le juge Jacques Chamberland de la Cour d'appel du Québec.

Cette commission, dont le rapport final sera déposé en mars 2018, a été créée à la suite des révélations entourant la surveillance d'une demi-douzaine de journalistes - dont Patrick Lagacé- par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ou par la Sûreté du Québec (SQ).

Ottawa doit prendre une position plus ferme

Mais il reste à Ottawa d’emboîter le pas en « envoyant un message clair », inscrit dans la loi, insiste le reporter et chroniqueur de La Presse. Un message que les juges pourraient « plus difficilement ignorer » quand vient le temps d’accorder des mandats à l’encontre de journalistes aux forces policières et de surveillance.

Au début du mois, le ministre de la Sécurité publique du Canada, Ralph Goodale, avait affirmé qu'aucun journaliste n'était actuellement surveillé par les forces de l'ordre au niveau fédéral. Notamment responsable du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), M. Goodale ne s'était pas avancé à garantir qu'il n'y en avait pas eu par le passé.

Patrick Lagacé juge « improbable » que les organisations fédérales aient résisté à la tentation de se servir d'outils tels que la surveillance, « parce que, si on se met du point de vue du policier, c'est un outil absolument formidable, dit-il.

« Pensez-y : vous êtes un policier, ce que vous voulez, c'est fermer votre enquête. La liberté de la presse, vous vous en foutez un peu », dit Patrick Lagacé.

Le premier ministre, il y a un an et quelque, a dit de façon assez célèbre à ses partisans qu’il fallait respecter le travail des journalistes. Maintenant, ce gouvernement est au pouvoir et il est temps de passer de la parole aux actes.

Patrick Lagacé, journaliste et chroniqueur

Trois mesures « simples » suggérées au fédéral

La coalition de journalistes réclame :

  1. qu’Ottawa adopte des lois protégeant le droit des journalistes de ne pas révéler l’identité de leurs sources confidentielles;
  2. que tant les gouvernements provinciaux que le gouvernement fédéral confient aux procureurs de la Couronne, et non aux policiers, le soin de réclamer, en cour, les mandats pour pouvoir exercer la surveillance de journalistes et que ces mandats soient accordés, le cas échéant, par des juges et non par des juges de paix;
  3. que le gouvernement fédéral retire de la loi C-13 « les dangereuses provisions touchant la surveillance des journalistes ».

Adoptée l’an dernier pour protéger les citoyens de la cyberintimidation, entre autres mesures, « cette loi a abaissé de manière significative les seuils permettant aux policiers d’obtenir des mandats de surveillance », dénonce Tom Henheffer de Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE).

En vertu de la loi C-13, explique M. Henheffer, les policiers peuvent réclamer un mandat de surveillance en faisant valoir qu’ils ont des soupçons raisonnablement fondés qu’un crime va être commis. Auparavant, ils devaient faire valoir qu’ils avaient des motifs raisonnables de croire qu’un crime avait été commis.

L'appel de Mohamed Fahmy à Justin Trudeau

Arrêté en 2013 avec deux collègues, Mohamed Fahmy a passé près de deux ans dans une prison égyptienne avant d'être finalement gracié par le président égyptien.

Alors qu'il travaillait pour le réseau en langue anglaise d'Al-Jazira, le journaliste canado-égyptien avait été condamné à trois ans de prison pour avoir diffusé ce que le tribunal avait décrit comme de « fausses nouvelles » et des informations en faveur des Frères musulmans, une organisation maintenant interdite en Égypte.

Monsieur le Premier Ministre Trudeau, vous vous êtes tenu à côté de moi durant mon emprisonnement injustifié et vous avez défendu la cause de la liberté de presse. J’ai confiance que vous ferez la même chose pour des collègues journalistes qui font face à de semblables menaces à la liberté de presse au Canada.

Mohamed Fahmy, journaliste

Ben Makuch, de Vice News, mène pour sa part un combat pour ne pas avoir à dévoiler ses sources confidentielles à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). L'affaire est en appel devant les tribunaux.

Ce qui est arrivé à Patrick Lagacé de La Presse confirme ses pires appréhensions sur la fragilité de la liberté de presse au pays, dit M. Makuch. Il affirme, de plus, que d'autres journalistes le consultent en disant : « si je m'attaque à tel ou tel sujet, vais-je subir le même sort que toi? »

« Mon exemple les effraie », conclut Ben Makuch.

Pas de loi en vue à Ottawa

Les libéraux ne semblent pas avoir beaucoup d'enthousiasme pour la voie législative.

En mêlée de presse, le secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Michel Picard, a lâché que « pour l'instant, il n'y a pas lieu de [considérer] ce problème-là, qui n'existe pas chez nous ».

Par ailleurs, selon lui, le gouvernement « agit » déjà « dans la mesure où premièrement, d'un côté, il est clair que le travail des journalistes et la liberté d'expression et le travail d'enquête des journalistes est une valeur qu'on n'a pas envie de toucher ».

Au Nouveau Parti démocratique (NPD), on appuie l'idée de légiférer pour assurer une protection des sources confidentielles des journalistes, a soutenu mercredi le porte-parole du parti en matière de sécurité publique, Matthew Dubé.

Avec les informations de La Presse canadienne

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