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Procès de Michael Applebaum : « Je ne comprends pas de quoi vous me parlez »

L'ancien maire de Montréal Michael Applebaum
L'ancien maire Michael Applebaum, accusé de fraude Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Radio-Canada

Alors qu'il était enregistré à son insu par son ancien chef de cabinet, Michael Applebaum a nié avec véhémence avoir accepté quelque pot-de-vin que ce soit.

C'était le 10 juin 2013, une semaine avant qu'il soit arrêté par l'UPAC et forcé de renoncer à ses fonctions de maire intérimaire de la Ville de Montréal.

« Hugo, si vous avez fait quelque chose d'illégal, il faut que vous preniez vos responsabilités. » C'est ainsi que Michael Applebaum réagit lorsque son ancien bras droit, Hugo Tremblay, lui annonce au téléphone qu'il va avouer aux policiers avoir sollicité des pots-de-vin.

« Je suis dans la merde, je suis tout seul pogné là-dedans, je vais voir si j'ai encore la chance de m'en sortir... »

Au cours de cette conversation, Hugo Tremblay suit un scénario élaboré par les enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Ils essaient de soutirer des aveux à Michael Applebaum, qui nie tout en bloc.

« Hugo, Hugo, Hugo. Je ne comprends pas de quoi vous me parlez, si jamais tu peux venir me voir, on va parler », a répondu Michael Applebaum.

Hugo Tremblay affirme à présent ne pas être surpris que son ancien patron ait évité le piège. Michael Applebaum était très méfiant et agissait toujours comme s'il était sur table d'écoute, selon lui.

Aucune confession

Quelques semaines avant cette conversation téléphonique, les 2 et 3 mai 2013, Hugo Tremblay a accepté de porter un micro caché et d'aller voir Michael Applebaum pour tenter de lui soutirer des aveux.

La première fois, il passe le prendre en voiture. Il raconte à Michael Applebaum que des enquêteurs l'ont convoqué pour une rencontre le lendemain. L'enregistrement est de mauvaise qualité, mais on comprend que l'ancien maire tente d'apaiser les craintes de son ex-bras droit. Sans plus.

Le lendemain, Hugo Tremblay se rend chez son ancien patron. En descendant au sous-sol, il lui aurait passé une main sur les épaules et dans le dos. Le témoin a l'impression que c'était pour vérifier s'il portait un micro.

Nerveusement, Hugo Tremblay invente qu'il a eu une rencontre corsée avec les enquêteurs et qu'il risque d'être arrêté bientôt. Il affirme que les policiers ont de l'information à propos d'un des pots-de-vin qu'ils ont reçus en 2010.

Michael Applebaum répète à plusieurs reprises que « c'est complètement ridicule ». Il affirme : « Si des gens ont fait des choses croches, illégales, c'est leur problème. » Il tente de calmer son ancien chef de cabinet en lui disant que, pour porter des accusations, « il faudrait que la police trouve l'argent ».

Bref, Michael Applebaum ne fait aucun aveu. Hugo Tremblay soutient néanmoins qu'il a senti de la nervosité dans la voix de son ancien patron.

L'ABC de la corruption

Hugo Tremblay a travaillé dans l'entourage de Michael Applebaum entre 2006 et 2012, à l'époque où il était maire de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

Il affirme que c'est son ancien patron qui lui a montré les rouages de la corruption.

Hugo Tremblay déclare avoir servi d'intermédiaire pour aller demander des pots-de-vin à au moins deux reprises. La première fois, en 2007, il aurait obtenu 30 000 $ des promoteurs d'un projet de résidences universitaires. La seconde fois, en 2010, les soumissionnaires d'un appel d'offres pour l'entretien du Centre sportif de Notre-Dame-de-Grâce lui auraient remis 25 000 $, toujours en argent comptant.

« J'ai décidé de me libérer »

Le contre-interrogatoire d'Hugo Tremblay a commencé en milieu de journée, mardi. L'avocat de Michael Applebaum, Pierre Teasdale, s'est longuement intéressé aux raisons qui ont poussé Hugo Tremblay à collaborer avec la police.

« Je traînais un boulet, un mal de vivre », a répondu Hugo Tremblay, qui affirme avoir voulu alléger sa conscience.

Me Teasdale a également souligné la relation amicale qui s'était nouée entre Hugo Tremblay et l'enquêteur de l'UPAC Luc Lamy. M. Tremblay a admis que, pendant trois ans, il avait téléphoné au policier régulièrement pour discuter des problèmes qu'il avait avec son ex-conjointe, sa fille ou son emploi.

Hugo Tremblay ne fait face à aucun chef d'accusation.

Le contre-interrogatoire va se poursuivre mercredi.

Michael Applebaum prend méticuleusement en note les paroles du témoin.

Il fait face à 14 chefs d'accusation, dont abus de confiance, complot et corruption dans les affaires municipales.

Avec les informations de Geneviève Garon

Grand Montréal

Justice et faits divers