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Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, se promène sur la scène de l'Orchestre Symphonique de Montréal.

Le gardien des partitions de l'OSM

Sur la scène de la Maison symphonique, un homme déambule silencieusement. Dans ses mains, des dizaines de partitions classées avec soin qu'il dépose sur les lutrins des instrumentistes. Sans elles, le spectacle est impossible. Rencontre avec ce personnage de l'ombre.

Par Denis Wong

Le musicothécaire Michel Léonard dépose des partitions sur des lutrins.

Michel Léonard est le musicothécaire de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM). Il gère les partitions de tous les musiciens pour toutes les œuvres jouées par l’orchestre depuis plus de 20 ans et il connaît la programmation de l'OSM sur le bout des doigts. Grâce à lui, le répertoire musical est soigneusement préservé dans la musicothèque et sur des serveurs informatiques.

Le chef de l'OSM, Kent Nagano, conduit une répétition de l'Orchestre Symphonique de Montréal.

« Je place Michel Léonard parmi le upper 1 % de tous les [musicothécaires] au monde, il est vraiment assez exceptionnel. Ce que j’adore de Michel, comme tous les meilleurs [musicothécaires] au monde, c’est qu’il est un perfectionniste. Je vais dire encore plus, il est plutôt obsédé [par le fait] qu’il n’y ait pas de faute dans le matériel. » – Kent Nagano

Des musiciens de l'OSM en répétition apparaissent à travers des lattes de bois.

« C’est un orchestre d’une centaine de musiciens qui jouent facilement une centaine de concerts par année. On multiplie par le nombre d’œuvres qu’on joue, ça donne une idée de la tâche. Et évidemment, on n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. On n’a pas le droit de se tromper. » – Michel Léonard

Une vue en plongée des musiciens de l'OSM en répétition, avec le chef d'orchestre Kent Nagano.

La marge d’erreur est mince parce qu’une partition erronée peut interrompre une répétition ou encore faire dérailler l’interprétation d’un instrumentiste. Superviser le classement et la distribution de toutes ces partitions à longueur d’année requiert une minutie et une organisation hors du commun.

Le chef de l'OSM, Kent Nagano, conduit une répétition avec les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Montréal.

« La relation entre le [musicothécaire] et le chef d’orchestre est tellement symbiotique. On n’a jamais assez de temps pour répéter, et si on a un bon partenaire, on arrive beaucoup plus vers la perfection. » – Kent Nagano

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, retire une enveloppe orange qui contient des partitions archivées de l'orchestre.

Mettre les pieds dans la musicothèque de l’OSM nous plonge dans plus de huit décennies de musique classique. En parcourant ces allées où les enveloppes ont pâli avec le temps, on retrouve le répertoire entier de l’orchestre depuis ses débuts. C’est ici que Michel Léonard classe les copies physiques de chacune des œuvres – on en compte près de 4000 – qui y sont cataloguées par ordre chronologique.

Une enveloppe orange contient des partitions d'une oeuvre jouée par l'Orchestre Symphonique de Montréal.

« La dernière acquisition en musique classique est la 3719. Alors si on réfléchit et on pense à toutes les pièces classiques qu’on connaît – les symphonies de Beethoven, de Tchaïkovski, de Brahms, de Mozart, de Haydn… – pour arriver à 3719, c’est qu’on a [un vaste] répertoire. Plusieurs versions de la même œuvre, plusieurs éditions de la même œuvre. On peut même avoir plusieurs copies de la même édition de la même œuvre! » – Michel Léonard

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, fouille sur une tablette afin de trouver une partition.

Lorsque l’orchestre prévoit jouer une pièce qu’il ne possède pas dans son répertoire, Michel Léonard doit l’acheter ou la louer à un éditeur si elle est encore protégée par des droits d’auteurs. Le musicothécaire aime recevoir les partitions d’une œuvre deux mois avant le concert en question.

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, pointe un écran d'ordinateur en discutant avec des collègues.

« J’ai beaucoup de respect pour mes prédécesseurs, parce que nous, on a l’aide d’Internet. C’est passablement plus facile que ce l’était avant. [...] Un compositeur peut se retrouver chez différents éditeurs. Même un grand compositeur comme Stravinski n’est pas uniquement chez Boosey & Hawkes, qui est son principal éditeur. » – Michel Léonard

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, classe des partitions sur une longue table.

Les partitions louées par l’OSM sont imprimées sur du papier et elles ont souvent été annotées par les orchestres qui ont joué l’œuvre auparavant. Cela peut devenir problématique lorsqu’un éditeur décide de limiter le nombre de copies d’une œuvre en circulation. À une certaine époque, il fallait effacer ou changer les indications précédentes à la main pour respecter les directives du chef d’orchestre.

La main d'un musicien tourne une page de sa partition, pendant une répétition de l'Orchestre Symphonique de Montréal.

Grâce au logiciel Photoshop, Michel Léonard est aujourd’hui en mesure de « nettoyer » la partition d’un instrumentiste, de la recadrer, de la paramétrer et de la réimprimer selon les standards de l’OSM. Le tout nécessite quelques clics seulement. Cela représente une économie de temps et d’énergie considérable.

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, observe son écran d'ordinateur dans son bureau de l'orchestre.

Michel Léonard est devenu musicothécaire de l’OSM à un moment crucial : c’est lui qui a dû assurer la transition entre le papier et l’informatique. Il a donc entièrement structuré la base de données numérique de l’orchestre puisque son prédécesseur n’utilisait pas d’ordinateur dans son travail. Au quotidien, le musicothécaire s’occupe autant des partitions physiques que des partitions numériques.

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, feuillette une partition alors que son visage est reflété sur une étagère en métal.

« Je préfère travailler une partition à l’écran, parce qu’aujourd’hui, avec les techniques que j’ai développées avec Photoshop, ça me permet de modifier chaque élément de la page. [...] Mais le résultat, et c’est peut-être à cause de mon âge, je ne le vois que lorsque c’est imprimé. » – Michel Léonard

Des enveloppes oranges contenant des partitions d'oeuvres jouées par l'OSM sont alignés sur les tablettes d'une étagère.

Chacune de ces enveloppes renferme une partie de l’histoire de l’OSM. La plus emblématique contient l'œuvre la plus ancienne encore préservée dans la musicothèque : la Symphonie nº 1 du compositeur allemand Johannes Brahms. L’OSM a été fondé en 1934, et cette pièce aurait été jouée en 1937. Les partitions sont si fragiles que le musicothécaire n’ose plus ouvrir l’enveloppe qui les contient.

Le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard, tient entre ses mains les partitions de la toute première oeuvre jouée par l'Orchestre Symphonique de Montréal.

« À l’époque, il y avait beaucoup d’acide dans le papier, et l’œuvre se désagrège, se détériore simplement en restant dans l’enveloppe. Évidemment, la première de Brahms, j’en ai plusieurs exemplaires, mais je garde quand même cette enveloppe-là, qui est la numéro un de la musicothèque. » – Michel Léonard

Une partition de la Symphonie nº 1 de Brahms, jaunie par le temps, est tenu par le musicothécaire de l'OSM, Michel Léonard.

Après réflexion, Michel Léonard décide finalement de nous révéler cette œuvre à la symbolique exceptionnelle. Jaunies et effritées par le temps, les partitions de cette pièce d’anthologie frappent l’imaginaire et on y remarque encore clairement les annotations inscrites à la mine et à l’encre rouge. Pendant un bref moment, on croirait entendre les coups d’archet de l’OSM en 1937.

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