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La chef Colombe St-Pierre  | Photo : Attraction Image

Et si mettre en vedette des pêcheurs et pêcheuses du Saint-Laurent pouvait sensibiliser la population à la richesse du fleuve? C'est le pari que fait cette année le collectif Mange ton Saint-Laurent, qui espère ainsi créer un attachement entre la clientèle et les poissons et fruits de mer du Saint-Laurent. « Le poisson que tu manges, quand tu sais qui l’a pêché, il n’a pas le même goût », fait remarquer la chef et porte-parole du collectif Colombe Saint-Pierre.

Depuis la création de Mange ton Saint-Laurent, on s’est rendu compte qu’on s’était éloignés de nos pêcheries, des gens qui sont ici, admet la chef originaire du Bic, près de Rimouski. C’est en voulant corriger le tir que l’organisme, formé de scientifiques, de chefs, d’entrepreneurs et entrepreneuses ainsi que d’artistes, s’est tourné vers ceux et celles qui tirent les ressources des eaux froides de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

Avec la nouvelle campagne Je suis Saint-Laurent, le collectif veut susciter un sentiment d’appartenance en donnant un visage à ces personnes et dresse le portrait de deux pêcheurs et d'une pêcheuse(Nouvelle fenêtre) : Samuel Normand, Joseph Roy et Marcelle Jenniss, qui pêchent respectivement le crabe et la crevette, l'oursin et le homard.

« C’est par cette proximité-là qu’on va réussir à trouver un plus grand nombre de mangeurs. »

— Une citation de  Colombe Saint-Pierre, chef et porte-parole du collectif Mange ton Saint-Laurent

Et puisqu’il y a d’énormes lacunes dans l’accès aux produits d’ici, Mange ton Saint-Laurent tente aussi d’accompagner la clientèle qui désire trouver les endroits qui vendent des poissons et des fruits de mer locaux, et qui veut savoir comment les cuisiner.

Faites pression pour votre poisson

La pêche du sébaste serait la pêche de l’avenir dans le fleuve Saint-Laurent!
La pêche du sébaste serait la pêche de l’avenir dans le fleuve Saint-Laurent! | Photo : Radio-Canada / L'épicerie


Mais même si l'on sait comment apprêter les poissons du Saint-Laurent, encore faut-il qu’ils soient accessibles ici. Une grande proportion des animaux marins pêchés au Québec sont tout bonnement exportés dans d’autres pays : c’est la stratégie adoptée par l’industrie depuis des décennies. Entre 75 % et 90 % de tous les poissons et fruits de mer du fleuve sont exportés(Nouvelle fenêtre)

Le monde entier a les yeux rivés sur nos ressources. Ce serait quoi, d’en garder suffisamment pour se nourrir d’abord et [ensuite] exporter les surplus?, demande Colombe Saint-Pierre. C’est ce que la campagne vise à faire.

« Il y a une pression qui doit être faite. Le pouvoir du consommateur est immense. Posez des questions à votre poissonnier. Exigez des produits du Saint-Laurent. Et quand vous n’y avez pas accès, ne consommez pas de produits d’ailleurs. »

— Une citation de  Colombe Saint-Pierre

La conservation comme nerf de la guerre

La conserverie Chasse-Marée pêche le bourgot en face de Rimouski et le transforme en conserve afin de le vendre partout au Québec.
La conserverie Chasse-Marée pêche le bourgot en face de Rimouski et le transforme en conserve afin de le vendre partout au Québec. | Photo : Radio-Canada / L'épicerie


En misant sur l’intérêt des gens pour les produits locaux, le collectif espère que les gouvernements seront poussés à favoriser le développement de petites entreprises, notamment de seconde et de troisième transformation, pour qu’elles puissent vendre les produits à valeur ajoutée ici. Le meilleur exemple est celui de l’entreprise Chasse-Marée, à Rimouski, qui met en valeur le bourgot du Saint-Laurent en conserve. 

Chasse-Marée, c’est une exception, mais ça ne devrait pas l’être, déplore Colombe Saint-Pierre. Certaines politiques bloquent ça. Ce sont des économies de marché basées sur des achats en gros, l’échiquier politique est basé sur des logiques mondialistes. Mais il ne s’agit pas ici de détruire le modèle dominant, mais bien de permettre à des petites entreprises de voir le jour.

Dans le contexte du Québec, où la saison de la pêche dure environ six mois par année, conserver les poissons et les fruits de mer par la surgélation ou la mise en conserve est crucial pour l’autonomie alimentaire, selon la chef.

C’est très simple comme idée de départ, affirme-t-elle. Ce qui est moins simple, c’est d’élaborer des politiques en ce sens. 

Colombe Saint-Pierre aime depuis longtemps cuisiner et servir les produits du Saint-Laurent, mais elle découvre toujours de nouvelles manières de les préparer. Ses dernières trouvailles? L’oursin en crème glacée au foin d’odeur, et le wakamé, une algue, qu'elle frit dans une feuille de riz! Apprêté de cette manière, celui-ci développe toutes ses subtiles et merveilleuses saveurs, juge-t-elle.

La chef Colombe St-Pierre  | Photo : Attraction Image