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Recevoir tout le monde : la signature LGBTQ+ en restauration

par  Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

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La drag queen Démone LaStrange a performé devant la clientèle du Supernat à l'occasion du premier événement de l'établissement en juillet dernier.  | Photo : Courtoisie / Paul Tran

Ce ne sont pas des restaurants LGBTQ+, mais l’arc-en-ciel y reflète ses couleurs partout. Les arts de la table se déploient dans de nouveaux espaces inclusifs, festifs et sécuritaires. Au-delà des frontières du Village, ces établissements incarnent les identités queers sans complexe.

Plusieurs sont venus avant eux — pensons au feu Alexandraplatz dans le Mile-End ou au Notre-Dame-des-Quilles dans La Petite-Italie. Et d’autres suivront. Dans les années 1980, Le Plateau-Mont-Royal est devenu un pôle lesbien d’envergure (pôle qui a ensuite migré vers le Mile-End(Nouvelle fenêtre)).

L’embourgeoisement a toutefois poussé cette communauté vers d’autres quartiers montréalais comme Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri. L’éclosion de bars et de restaurants qui favorisent l'inclusion pour les communautés hors du Village intéresse Julie Podmore, professeure associée adjointe au Département de géographie de l’Université Concordia.

« Les jeunes générations adoptent une vieille politique queer qui refuse la marginalisation. C’est très puissant. Elles le font en utilisant les espaces publics. Elles se les approprient. »

— Une citation de  Julie Podmore

Portrait de trois établissements montréalais qui n’affichent peut-être pas le drapeau LGBTQ+ sur leur devanture , mais qui portent fièrement ses couleurs.

Supernat : les actes plus éloquents que les mots

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Le Supernat, dans Hochelaga, veut offrir des événements à l'image de son équipe et de la communauté.  | Photo : Courtoisie / Paul Tran

Les bellinis ont coulé à flots et les drags queens ont diverti une clientèle déjà conquise. Le premier événement du Supernat a parfaitement reflété l’essence de sa mission : redonner à la communauté d'Hochelaga. Son drag brunch du 10 juillet dernier a allié cette passion pour les délices alcoolisés et la joie multicolore.

« De plus en plus, la culture est queer. Ce n’est plus une réalité réservée au Village. J’ai l’impression qu’on a maintenant davantage le droit d’être LGBTQ+ partout. »

— Une citation de  Gab Germain, coordonnateur des événements, barista et sommelier

Cette liberté de vivre son authenticité règne au sein de l’équipe du bar à vin. Trans et queer, Gab Germain n’a pas hésité avant de nommer ses pronoms à ses patrons : iel savait qu’iel serait accepté. C’est tellement précieux pour moi d’être dans un lieu de travail où je peux être qui je suis dans toute ma vérité sans devoir cacher des choses, ajoute Gab. Iel n’est pas seul; la diversité est reine au Supernat.

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Gab Germain a animé l'événement « Drags et bellinis » au Supernat.  | Photo : Courtoisie / Paul Tran

Ses propriétaires, Paul Tran et Olivier Trudeau, ont souhaité créer plus qu’une buvette branchée. À l’image du quartier montréalais où il est situé, l’espace se veut un lieu de rencontre, un endroit festif et un pôle culturel pour les résidents et résidentes. L’inclusivité est donc une conséquence naturelle de la vision et des valeurs de l’établissement, d’après Paul Tran.

On n'a pas l'intention de se coller l’étiquette d’inclusivité ou de LGBTQ+. Aujourd’hui, je pense que ça passe avant tout par nos actions, nos événements et notre implication, explique Paul Tran. Presque l’ensemble de l’équipe fait partie de la communauté LGBTQ+, mais c’est vraiment un hasard.

Le copropriétaire se tient loin des cases établies. Ce refus de se définir teinte l’atmosphère qui caractérise le café et bar à vin. Le legs du Village y est pour beaucoup, selon lui. L’une des façons de promouvoir la culture LGBTQ+, c’est de le faire à travers des événements inclusifs en étant simplement qui on est. Il s’agit de puissance douce (ou soft power, en anglais).

Ce pouvoir discret sert de boussole aux patrons qui nourrissent le souhait de s’imprégner du quartier plutôt que de s’y imposer. On parle souvent d’embourgeoisement et de contre-courant. Je crois que Hochelag est encore dans son mode contre-courant, observe Paul Tran. C’est d’ailleurs ce qu’on aimait beaucoup. On ne voulait pas dénaturer l'endroit, mais plutôt s’y intégrer en impliquant la communauté et en connaissant sa population.

L’idéal bar & contenus : l’univers des possibles

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En collaboration avec Moog Audio, le studio balado de L'idéal tient des soirées d'enregistrement devant public dans la salle au fond de l'établissement.  | Photo : Courtoisie / Florence Gagnon

« Mon dévoilement personnel (ou coming out, en anglais) aurait été très différent sans les bars. Il faut créer ces espaces-là. Ça passe avant tout à travers la culture et les modèles artistiques », estime Florence Gagnon, chargée de l’idéation et du développement chez L’idéal. Sur la rue Ontario Est, le bar à contenu compte 240 places pour célébrer l’art, le vin et la ville. Tout ça teinté des couleurs de l’arc-en-ciel.

« La direction et l’équipe sont presque toutes queers. On sert plus de gens qui ne font pas partie de la communauté, mais en étant des personnes out et visibles qui mènent le projet, ça crée des espaces nécessaires en dehors du Village. C’est comme ça que les choses évoluent. »

— Une citation de  Florence Gagnon

La programmation de l’institution se veut éclatée et variée : des balados enregistrés sur place aux DJ en passant par des performances, l’ambiance est à la fête. Nos choix sont faits en fonction de refléter toutes les diversités, qu’elles soient culturelles, identitaires ou sexuelles, soutient Florence Gagnon. Nous organisons notre offre à l’image de nos idéaux.

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La programmatrice Florence Gagnon se charge de l'idéation et du développement chez L'idéal bar & contenus.  | Photo : Courtoisie / Florence Gagnon

Dans une salle feutrée à l’arrière de L'idéal, le studio balado, en collaboration avec Moog Audio, tend le micro à des voix singulières et éclectiques, et produit le balado maison En résidence. Et le club de vin éponyme ne sert pas que du pet-nat! Les sommelières Frédérique-Anne Brosseau et Sydney Auger allient humour et passion pour lever le voile sur un intérêt longtemps perçu comme inaccessible.

On cherchait à démocratiser cet univers-là. On boit tous et toutes du vin nature! Par contre, ça m’est souvent arrivé d’avoir le sentiment de ne pas cadrer dans certains endroits, avoue Florence Gagnon. On a voulu casser ça.

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En alternance, L'idéal et le Ping Pong Club se partagent le club de vin « En résidence ».  | Photo : Courtoisie / Nastasia Faivre

Qu’elle soit hétéro ou queer, la clientèle se plaît à investir cet espace qu’elle perçoit comme accueillant et dénué de jugement. La programmatrice note que ces personnes se sentent à l’aise de poser des questions, d’être curieuses et de ne pas se prendre au sérieux. Juste ça, dans nos sociétés, ça fait du bien!, ajoute-t-elle.

Créer un espace n’invalide pas les autres, comme ces initiatives ne ternissent pas les efforts colossaux des établissements du Village. C’est ce que croit Florence Gagnon. L’idéal est né d’un désir commun de construire un lieu multidisciplinaire rassembleur à l’ère post-pandémique. Sa portée dans la communauté relève d’un heureux hasard.

Le fait de devenir un point de rendez-vous s’est fait tout seul. Avec la communauté LGBTQ+ et ses alliés, le bouche-à-oreille reste très présent, note Florence Gagnon. Ce sont des personnes très fidèles! On pense juste aux artistes qui ont réussi parce qu’ils avaient leur soutien.

Dandy : l’éloge de la beauté queer

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L'intérieur du restaurant Dandy a été inspiré par cette icône au style soigné.  | Photo : Courtoisie / Adrian Williams

Son apparence soignée, son goût prononcé pour la mode et son style de vie décalé font du dandy une figure queer par excellence. L’adresse du Vieux-Montréal reflète cette quête de la beauté. Le propriétaire Michael Tozzi a créé un espace à l’image de cette icône des siècles derniers tout en faisant un clin d’œil aux accents LGBTQ+ qu’elle incarne.

« J’ai toujours pensé qu’un nom n’est qu’un nom. À la fin de la journée, les gens vont venir si c’est bon. L’espace me rappelait un dandy. Puis, pour moi, il y a une signification queer importante derrière ça. »

— Une citation de  Michael Tozzi

Auparavant chef chez Olive + Gourmando, Michael Tozzi a caressé ce rêve de tenir son propre restaurant tout au long de sa carrière derrière les fourneaux. Son ancienne patronne et amie Dyan Solomon l’a encouragé à se lancer. Ce qu’il a fait dès que l’occasion a frappé à sa porte.

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Chez Dandy, le propriétaire Michael Tozzi a voulu créer un espace qu'il aurait lui-même aimé fréquenter.  | Photo : Courtoisie / Mickael A. Bandassak

Quand j’ai ouvert Dandy, je voulais m’assurer que ça ne soit pas une cuisine de gars, confie Michael Tozzi. C’est drôle parce que je n’ai jamais cru qu’en étant gai moi-même, mon resto allait autant attirer de gens différents.

Son équipe formée de personnes LGBTQ+, hétéros et non binaires valorise la singularité. Les couleurs de Michael Tozzi sont difficiles à ignorer ; haut et fort, il partage sa vie queer à souhait sur les réseaux sociaux. Je pense qu’on peut prendre notre place partout.

Ce n’était pas ma mission, mais j’ai toujours voulu créer un espace dans lequel moi j’aurais été confortable et que j’aurais apprécié, explique Michael Tozzi. C’était juste naturel. Puis, si tu n’aimes pas ça, ne viens pas!

La drag queen Démone LaStrange a performé devant la clientèle du Supernat à l'occasion du premier événement de l'établissement en juillet dernier.  | Photo : Courtoisie / Paul Tran