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Les fameuses plottes (ou poutines) de la Mauricie, un incontournable des Fêtes

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Farcies de porc haché et d’oignon, les plottes sont un mets de genre dumpling typique de la Mauricie, emblématique du temps des Fêtes pour les Ferron. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Eh oui, des plottes. Des milliers de familles mauriciennes utilisent ce terme du joual pour désigner un mets chouchou de tradition culinaire du temps des Fêtes.

 On appelle ça des poutines, dans notre famille, mais la plupart disent plottes ou pelotes, m’explique Evelyne Ferron, historienne et enseignante en histoire et en méthodologie au Collège Mérici. Ce mets est traditionnel dans les célébrations des Fêtes de sa famille originaire de Yamachiche depuis plusieurs générations.

« Quand j’étais au secondaire et que j'apportais ça à l’école après le temps des Fêtes et que je disais que c’était de la poutine, on me répondait que c’était des plottes. C’est la même chose. On n’avait juste pas le même mot. »

— Une citation de  Evelyne Ferron, historienne et fière Mauricienne

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Evelyne Ferron et sa mère, Ginette Ferron, m’accueillent en cuisine pour la préparation d’un mets issu d’un héritage familial dont elles sont particulièrement fières. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Dans l’imaginaire collectif des Québécois et des Québécoises, une poutine est loin de ressembler à ça. Ici, il n’y a pas de fromage, pas de sauce brune ni de frites. On est loin du « skouik-skouik » en bouche. On est plutôt dans le « smouche ».

Devant moi, dans un chaudron rempli d’un bouillon parfumé d’aromates qui me sont très familiers à cette période de l’année, une douzaine de boules de pâte flottent. On dirait un petit pain farci à la vapeur comme dans la cuisine asiatique. À l'intérieur se cache une farce traditionnelle faite de porc haché, d'oignons et d'épices. Cette recette est celle de l’arrière-arrière-grand-mère d’Evelyne.

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Quatre générations de Ferron de la Mauricie, un héritage familial acadien.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Le mot poutine pour décrire ce mets vient des Acadiens , explique Evelyne. Une poutine, c’est l’idée de mélanger des aliments ensemble. On sait que c’est la poutine râpée qui est derrière le nom et qui, elle, est faite avec un mélange de pommes de terre. En Maurice, la poutine, ou plotte, est faite avec une pâte qui est plus élastique et plus épaisse, encore plus qu’un dumpling.

Evelyne s’installe devant moi et prépare une recette de pâte. Les formes carrées seront farcies de viande, alors que les pièces moins géométriques seront cuites directement dans le bouillon. Ce sont des plottes – ou poutines – plates.

La recette exige du gras (ou du suif à l’origine) qui, combiné à un pétrissage enthousiaste et prolongé, active le gluten de la farine. Lorsque façonnée en boule et cuite dans un bouillon à doux frémissement, l’enveloppe de pâte conserve sa forme, et sa texture résiste mollement sous la dent. On dirait des petites pelotes de laine gourmandes, réconfortantes et agréablement parfumées.

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Chaque carré de pâte sera farci et façonné à la main. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

« Ma grand-mère venait avec môman à la maison dans le temps des Fêtes pour faire des poutines. On mettait de la farine partout. C’est impossible d’avoir un Noël sans poutine, parce que c’est un goût des Fêtes. Quand on mange ça, on se dit que c’est vraiment Noël. Pour nous, ce n’est pas la dinde, ce n’est pas la tourtière, c’est les poutines, notre tradition.   »

— Une citation de  Ginette Ferron, maman d’Evelyne

Mais comment est-on passé d’une poutine râpée à base de patates à une poutine avec une pâte à la farine aussi épaisse et élastique?

C’est la question à laquelle je n’ai toujours pas de réponse, avoue candidement l’historienne. Les poutines râpées, en Acadie, il s’en fait aussi avec des pétoncles. Quand les Acadiens sont arrivés en Nouvelle-France, probablement parce qu’ils avaient accès plus facilement à de la viande et du gibier, c’est devenu des poutines à la viande.

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La forme de la pelote de pâte varie selon la personne qui la confectionne. Celle d’Evelyne, à gauche, et celles de sa mère, Ginette, à droite.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Evelyne raconte qu’après la Déportation, la seigneurie de Grosbois, à Yamachiche, a accueilli plusieurs familles acadiennes. Celles-ci s’installent alors un peu partout dans la région, notamment à Maskinongé et à Louiseville, et jusqu’à Bécancour.

 Yamachiche, c’est un chemin de l’Acadie, littéralement. C’est comme ça qu’ils arrivent avec la recette, mais sous quelle forme exactement, on ne le sait pas, poursuit celle qui soupçonne que le partage de la recette a pu avoir lieu sur les chantiers de drave.

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Une fois cuites, les boules de pâte farcies à la viande hachée et aux oignons s’aplatissent, mais conservent leur forme ronde.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Selon les localités de la Mauricie, certaines familles font ces plottes à partir d’une recette de pâte à tarte cuite dans un ragoût de pattes de cochon plutôt que dans un bouillon. Comme quoi chaque famille au Québec a sa propre façon de faire.

Et pour ce qui est de l’utilisation du terme plottes pour désigner ce mets... C’est là toute la beauté du joual qui donne sa saveur à la langue. Joyeuses Fêtes !


Farcies de porc haché et d’oignon, les plottes sont un mets de genre dumpling typique de la Mauricie, emblématique du temps des Fêtes pour les Ferron. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel