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Génération Collation, une collation nouveau genre à Sainte-Louise

signé par  Allison Van Rassel

Les frères Vincent et Simon Bouchard proposent des collations locales nouveau genre qui mettent en valeur leur héritage familial.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Dans le bucolique village de Sainte-Louise dans Chaudière-Appalaches, les frères Vincent et Simon Bouchard - une 8e génération d’agriculteurs - valorisent les activités agricoles de la ferme familiale d’une façon peu commune au Québec : à l’aide d’une recette de blanc-manger préparée en collation.

Sur une terre agricole de 186 hectares du 3e Rang à Sainte-Louise, Simon Bouchard produit des céréales, du foin et du lait selon les normes de certifications biologiques. 

Depuis la dernière année, il travaille avec son frère Vincent à élaborer des petits-pots de blanc-manger au lait de vache et au lait d'avoine à partir des céréales et du lait produits sur leur terre familiale héritée de leurs arrière-arrière-arrière-grands-parents. 

L’avoine est transformée en lait végétal dans une cuisine de maison, alors que celui au lait de vache doit obligatoirement se transformer à l'usine provinciale de Saint-Damase, qui possède les installations réglementaires.

On voulait transformer notre propre lait, mais c’est très long et très compliqué d'obtenir des permis , admet Simon, qui m’accueille sur sa terre ancestrale datant de 1761. Pendant l’attente des permis demandés en 2018, on s’est dit à la blague mon frère et moi qu’on allait faire du lait d’avoine.  

Motivé par un retour à la terre après 20 ans en restauration dans la métropole, Vincent a vu dans la boutade de son frère une belle occasion d’innover et de mettre en valeur une recette de blanc-manger tirée du patrimoine culinaire familial.

C’est un vieux produit qu’on ramène au goût du jour , raconte Vincent Bouchard. Ma mère en faisait, mais elle le faisait plus cuire. Disons que notre recette est plus douce que la sienne , ajoute-t-il en riant au sujet du petit mets qu’il commercialise sous le nom Génération Collation. 

« J’ai envie de créer un produit différent dans le but de me démarquer. La simplicité de la recette fait en sorte qu’on peut faire tout ça à la main facilement. On réduit au minimum nos investissements comme ça, si ça ne fonctionne pas, on ne perd pas gros. »

— Une citation de  Vincent Bouchard, copropriétaire Génération Collation
Le lait des vaches holstein de Simon Bouchard répond aux normes de certifications biologiques, une des rares à détenir la certification dans la région de L’Islet.
Le lait des vaches holstein de Simon Bouchard répond aux normes de certifications biologiques, une des rares à détenir la certification dans la région de L’Islet.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Un goût d’antan

Vincent a élaboré une recette à partir du lait des 75 vaches de son frère, une transformation qu’il fait à l’usine laitière à Saint-Damase. Il fait bouillir le lait qu’il épaissit avec de la fécule et un peu de sucre. Je ne dévoile ici aucun secret, car c’est une recette d’entremets tout droit tirée de l’histoire culinaire du Québec. Dans le cas des produits de Génération Collation, la liste d’ingrédients mentionne l’utilisation de fécule de tapioca et de sirop d’érable (de Chaudière-Appalaches) aussi certifiés biologiques. 

Autre facteur intéressant que soulignent les deux frères : le blanc-manger – ou le blanc-mange –  ne génère aucun déchet lors de sa production, contrairement au yogourt qui entraîne un résidu de lactosérum.

Les amateurs de yogourt grec seront quant à eux aux anges, car la texture crémeuse des deux recettes de collations de Génération Collation, rehaussée par l’utilisation de la farine de tapioca – davantage utilisée dans la cuisine asiatique pour ajouter du croustillant au tempura!– , est particulièrement onctueuse. 

Je suis encore en train d’ajuster la texture, car je trouve que c’est un peu trop liquide , précise Vincent qui suit avec une certaine appréhension chacun des mouvements de cuillère que je plonge dans mon pot. Personnellement, elle me plaît très bien ainsi. 

Il y a un esprit artisanal dans le goût du lait cuit avec le sirop d’érable. Chaque cuillerée me transporte dans des souvenirs rassurants de l’enfance, même si, de mémoire, c’est la première fois que je déguste du blanc-manger. 

La version au lait d’avoine dont la céréale provient des terres de la famille Bouchard est quant à elle rehaussée d’une purée de camerise de la ferme biologique Explosion Camerise de Saint-Louis-de-Blandford. Cette recette est ma préférée, car elle est plus acidulée et moins laiteuse en arrière-goût. J’adore ce fruit bleu oblong d’origine asiatique naturellement acidulé que l’on retrouve de plus en plus au Québec. Bizarrement, la texture et le goût me rappellent les petits pots de nourriture pour bébé, mais en vraiment mieux. L’enfant en moi se délecte vraiment! 

On fait les efforts pour que notre produit brut soit biologique, alors on veut aussi que notre produit commercialisé le soit sur les tablettes , fait valoir  Simon. Ce père de famille constate néanmoins qu’aux yeux des consommateurs un peu plus âgés, le biologique n’a toutefois pas vraiment d’intérêt

« Le bio au Québec a été défriché un peu de façon broche à foin et un peu tout croche. La vieille génération voit encore le bio un peu comme ça, alors que c’est tout le contraire. Ici, en région, les gens ne voient pas ce que je fais de plus juste en passant devant chez moi. Les jeunes comprennent beaucoup plus l’impact positif de notre certification sur l’environnement. »

— Une citation de  Simon Bouchard, agriculteur et copropriétaire Génération Collation
C’est à l’épicerie locale de Sainte-Louise que les petits pots Génération Collation trouvent le plus grand nombre d’adeptes.
C’est à l’épicerie locale de Sainte-Louise que les petits pots Génération Collation trouvent le plus grand nombre d’adeptes.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Fierté régionale

Le produit local qui atterrit sur les tablettes des commerces du coin fait la fierté des habitants de Sainte-Louise. C’est d’ailleurs au dépanneur du village qu’est vendue la plus grande quantité des produits Génération Collation.  

Ce qui me motive le plus dans ce projet-là, c’est de participer à la vitalité du village , confie Simon. Depuis quelques années, on voit qu’il y a une effervescence dans les plus petits villages de la région. Les gens s’organisent pour avoir accès à des produits locaux et c’est une très grande fierté pour nous de participer à ça.

Aménagés dans les anciens locaux de la Caisse Populaire, des résidents du village se sont mobilisés afin de mettre en place une coopérative afin de permettre aux résidents d’avoir accès à des produits locaux, dont des aliments frais issus de culture maraîchère locale. C’est même en train de s’agrandir tellement c’est un beau succès , renchérit Vincent.  

Après quelques mois d’existence, les produits de Vincent et Simon font leur apparition sur les tablettes de commerces à Québec, une première expérience hors de la région de L’Islet et Saint-Jean-Port-Joli. 

Si je peux développer de nouveaux produits, créer de l’emploi et faire en sorte que mon frère puisse gagner sa vie près de nous et en plus faire connaître le village de Sainte-Louise, moi je suis vraiment heureux , poursuit Simon. 

La prochaine étape pour les deux frères est de trouver un local afin de répondre à la demande de plus en plus grandissante pour leur collation de blanc-manger. Vincent travaille d’ailleurs à l’élaboration d’autres produits afin de diversifier l’offre. Un lait d’avoine devrait voir le jour sous peu, une autre innovation qui permettra sans doute de répondre à la très grande demande des baristas partout en province. 


Génération Collation(Nouvelle fenêtre)

Les frères Vincent et Simon Bouchard proposent des collations locales nouveau genre qui mettent en valeur leur héritage familial.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel