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L’alimentation intuitive, ou comment faire la paix avec la nourriture

par  Émilie Lavallée

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C'est en 2010 que Karine Gravel a découvert l’alimentation intuitive dans un article scientifique. Elle qualifie ce moment de véritable révolution dans sa vie. | Photo : Julie Artacho

La culture des diètes est omniprésente dans notre société, et la nutritionniste clinicienne Karine Gravel en sait quelque chose. Enfant, elle croyait que toutes les femmes faisaient des régimes comme sa mère, que c'était la norme. Aujourd'hui, elle donne un grand coup de pied dans cette quête d'un corps « parfait » avec son premier livre, De la culture des diètes à l’alimentation intuitive.

Si l’on parle d’alimentation intuitive au Québec, c’est grâce à Karine Gravel. Pour sa thèse, la docteure en nutrition a traduit en français les 10 principes qui guident cette approche issue de l’ouvrage Intuitive Eating, des diététistes américaines Evelyn Tribole et Elyse Resch, publié en 1995.

En entrevue, Karine Gravel affirme qu’il faut nous défaire de nos habitudes et de nos automatismes pour nous adapter vraiment à nos besoins. Son livre est d’ailleurs un plaidoyer pour rejeter la culture des diètes, faire la paix avec les aliments et considérer la sensation de rassasiement.

La nutritionniste aborde les phrases du quotidien qui peuvent avoir un effet nocif sur notre estime personnelle. L’expression « plaisir coupable » en est un bon exemple. Pourquoi plaisir et culpabilité sont-ils si souvent associés lorsqu’il est question d’alimentation? Il y a aussi le fameux « profites-en pour une fois ». Pourquoi seulement une fois? Ces expressions sont devenues normales, mais en nous y attardant, nous réalisons qu’elles sont plutôt problématiques.

Les calories et l’indice de masse corporelle (IMC)

On accorde trop d’importance au décompte des calories, selon Karine Gravel. Plusieurs entreprises s’en servent à mauvais escient pour promouvoir leurs services. Qu’il s’agisse de petits pots colorés pouvant contenir différentes portions ou du calcul de calories et de points, toutes ces méthodes font partie intégrante de la culture des diètes.

« S’il y a une forme de contrôle ou une forme de calcul, c’est une diète amaigrissante déguisée. Ce n’est plus très tendance de dire qu’on fait une diète, donc on va essayer de camoufler ça.  »

— Une citation de  Karine Gravel

Les personnes désirant perdre du poids croient que la solution est de compter tout ce qu’elles mangent, pour avoir le contrôle et parce qu’elles ont l’impression que c’est précis. Toutefois, plusieurs facteurs font en sorte que nous n'absorbons pas 100 % des calories que nous avalons, selon ce qu’explique la docteure en nutrition. Par exemple : la longueur de l'intestin, qui est différente chez chaque personne, ou encore le fait que les entreprises ont droit à une marge d’erreur de 20 % dans l’étiquetage des ingrédients.

L’IMC est aussi une mesure inutile, selon l’auteure, puisqu’il est inapproprié de généraliser ce genre de choses. Au départ, l’IMC était une norme médicale qui s’adressait à des groupes de personnes pour faire de l'échantillonnage de population, notamment.

Or, en l’appliquant à un individu en particulier, cela ne fait que le catégoriser et ouvre la porte à des inquiétudes ainsi qu’à de la stigmatisation à l’égard de son poids. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas parce qu’une personne a un certain poids qu’elle est en bonne santé, comme le rappelle la nutritionniste.

Par où commencer?

À ceux et celles qui voudraient commencer à adopter les principes de l’alimentation intuitive, Karine Gravel recommande bien entendu d’avoir recours à l’accompagnement d’un ou d’une nutritionniste, puisque chaque personne est différente. Elle arrive tout de même à dresser un portrait type de ce sur quoi il faudrait travailler en premier.

D’abord, il y a la perception des aliments, notamment ceux qui sont interdits. Ce sont les aliments qu’on essaie de diminuer, qu’on essaie de ne pas manger ou qu’on mange parfois à l’excès, avant de se dire qu’on ne devrait plus en acheter. Ces aliments-là, il faut les considérer, cesser de les catégoriser et les redécouvrir autrement , explique-t-elle.

« Il n’y a pas juste de bons et de mauvais aliments. C’est beaucoup plus nuancé que ça, l’alimentation. »

— Une citation de  Karine Gravel

D’après la nutritionniste, il faut surtout commencer à nous observer. Mangeons-nous parce que c’est l’heure de le faire, pour terminer le contenu de notre assiette ou parce que la faim est réellement présente? Ce sont toutes des choses qu’on doit remarquer pour tranquillement être plus à l’écoute de ses sensations , ajoute-t-elle.

Il y a aussi moyen d’évaluer notre perception de l’activité physique. En faire est-il devenu une corvée ou aimons-nous vraiment ça? Est-il possible de découvrir le sport autrement; par exemple qu’il devienne quelque chose qui nous apporte des bienfaits sur la santé, comme une diminution du stress et un meilleur sommeil?

Le but de l’alimentation intuitive n’est pas de tout travailler en même temps non plus. Il faut prendre son temps , conclut-elle.

De la culture des diètes à l’alimentation intuitive est en librairie depuis le 8 septembre.

C'est en 2010 que Karine Gravel a découvert l’alimentation intuitive dans un article scientifique. Elle qualifie ce moment de véritable révolution dans sa vie. | Photo : Julie Artacho