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Pier-Alexis Soulière sacré Meilleur sommelier du Canada

par  Elizabeth Ryan

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Pier-Alexis Soulière a été sacré Meilleur sommelier du Canada, à l'issue d'une série d'épreuves difficiles. | Photo : Somm360 / Jean Bernard

Le Québécois de 34 ans Pier-Alexis Soulière est couronné Meilleur sommelier du Canada. Ce concours national qui se tient tous les trois ans soumet à de rudes épreuves la crème de la crème de la sommellerie au Canada. Entrevue à chaud avec le champion national, qui est bien heureux de reprendre la compétition après de longs mois de pandémie.

Pier-Alexis Soulière a déjà une longue feuille de route dans le monde du vin. Ce diplômé de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ) détient le titre de Master Sommelier, l’un des plus prestigieux de l’industrie, ainsi que celui du Meilleur sommelier du Québec 2017 et de Meilleur sommelier des Amériques 2018. Et comme si la préparation intensive que requiert ce genre de concours ne l’occupait pas déjà assez, il est aussi producteur de sirop d’érable et sommelier au restaurant Le Clan à Québec.

Le concours Meilleur sommelier du Canada a des allures des 12 travaux d’Astérix. Dix candidates et candidats de partout au pays doivent passer un examen de connaissances générales sur le monde de l’alcool et se soumettre à des épreuves à huis clos devant un jury. Les trois finalistes s'affrontent ensuite à de nouvelles épreuves telles que la dégustation de vins à l’aveugle et la création de cocktails.

Quelles émotions vous habitent après cette victoire?

Je me sens très honoré et reconnaissant d’être reconnu par mes pairs. D’autant plus que cette année, on avait selon moi la plus grande concentration de talent en sommellerie au Canada jamais réunie dans cette compétition. Bien sûr, ça prend un gagnant et cette fois-ci, c'est moi. C’était extraordinaire de voir tous ces gens ici après ces longs mois marqués par une grande incertitude dans notre industrie. Être ensemble, c’est un sentiment extraordinaire.

C’est un nouveau titre qui s’ajoute à une longue liste. Que représente-t-il pour vous?

En 2017, quand j’ai fini 2e au Canada, cela m’avait laissé un goût un peu amer en bouche. Il était important pour moi de me représenter au concours national. Je l’ai fait et je suis vraiment content du résultat.

Votre victoire au Canada est une porte d’entrée pour le concours du Meilleur sommelier du monde qui aura lieu à Paris en France, en 2023. Lors de la dernière édition, en 2019, vous aviez fini 9e au classement. Allez-vous continuer à compétitionner tant que vous n’aurez pas en poche le titre mondial?

Pas nécessairement. On va voir comment la situation évolue. La pandémie nous a fait vivre toutes sortes d’émotions. Le concours canadien a été reporté, tout a été chamboulé. Aujourd’hui, je peux dire que c’est le soleil qui se lève après la tempête. L’industrie est de retour sur les rails. Je suis content qu’on puisse continuer à faire des compétitions et à avancer.

Je suis très fier de mon parcours. Je suis content qu’on puisse continuer à parler de sommellerie et de voir que beaucoup de gens sont restés fidèles au métier. Donc oui, le mondial, pour l’instant, c’est mon objectif. Mais je ne suis pas obsessionnel par rapport aux concours. Mon but n’est pas de me rendre malade avec ça. Tant que j’en ai envie, je continue, et pour l’instant, c’est le cas.

Comment se prépare-t-on pour un concours aussi costaud?

C’est effectivement très vaste ce qu’on nous demande. Il faut s’attendre à être bombardé de balles courbes et à répondre rapidement. Pour se débrouiller là-dedans, il faut étudier et lire tous les jours pendant des années. Il faut être capable de développer des automatismes et, surtout, d’apprendre à bien gérer le stress. C’est surtout ça, la préparation.

Une partie de ces concours-là se gagnent avec l’expérience et là-dessus, avec mes 14 ans tant en compétition et en restauration que comme professionnel du vin, je peux dire que je me sens mieux outillé que jamais. Je constate que les gens qui ont moins d’expérience vont plus avoir tendance à paniquer quand ça se corse.

Justement, pour vous, quel a été le moment (et non pas le vin!) le plus corsé de cette compétition canadienne?

Sans hésiter, c’est l’épreuve de la décantation d’un magnum – une bouteille de vin de 1,5 litre – et le service de celui-ci à parts égales dans 15 verres de tailles différentes qui m’a donné le plus de fil à retordre! D’abord, parce que c’est quelque chose que je n’avais jamais fait dans toute ma carrière. Sur le coup, j’ai compris que je n’avais pas d’autre choix que de faire de mon mieux pour gérer cette épreuve impossible. En y repensant, je me dis que c’était sans doute ça le but de l’exercice : voir comment le candidat réagit dans ce contexte de surprise.

Même si je n’ai pas performé comme j’aurais voulu dans cette épreuve, il m’a fallu me secouer pour ne pas me laisser déconcentrer et poursuivre avec aplomb lors de l’épreuve suivante. Car après tout, le but d’un concours, c’est de ramasser le plus de points possible dans chaque épreuve. Il faut savoir revenir fort.

En plus de participer à des compétitions, vous êtes producteur de sirop d’érable et sommelier au restaurant Le Clan à Québec. Comment réussissez-vous à garder l’équilibre?

J’essaie de rester décontracté, de faire une chose à fois, et de toujours aller de l’avant. La production de sirop d’érable me tient énormément à cœur, car cela fait partie de mon identité profonde, c’est au cœur de mon histoire de famille. Étant natif de la région des Bois-Francs, j'ai commencé dans le sirop d’érable avant de me transporter dans le monde du vin.

Pour le restaurant Le Clan, j’ai simplement reçu un appel de Stéphane [Modat] avant l’ouverture il y a quelques semaines et j’ai décidé de plonger. Oui, on peut dire que tout arrive en même temps pour moi. L’important, c’est que du point de vue familial, j’ai le plein soutien de mon épouse, et là-dessus, je suis bien choyé.

Le vin vous a permis de voyager et de travailler partout dans le monde. Quel message avez-vous pour un jeune sommelier ou une jeune sommelière qui rêve de se rendre là où vous êtes aujourd’hui?

Rien n’est inaccessible. Je suis né à Plessisville; je ne parlais pas un mot d’anglais. Mes parents n’étaient pas des collectionneurs de vins et on n’allait pas vraiment au restaurant. Si moi j’ai été capable de le faire, tous sont capables. Il faut y mettre du temps et de la passion. Les belles histoires de réussite, il y en a dans tous les domaines. Au Québec, on n’a jamais eu autant de talent et de jeunes passionnés de la sommellerie; l’avenir est radieux.

Pour ma part, je n’oublie jamais que j’arrive de loin et que j’ai confondu bien des sceptiques qui ne croyaient pas qu’il était possible de bien gagner sa vie dans le vin. Le Québec est un endroit unique en Amérique du Nord parce que nous sommes exposés à une culture riche qui met la gastronomie et l’amour des bons vins de l’avant. J’y ai fait ma place et vous saurez faire la vôtre si vous travaillez fort pour obtenir ce que vous voulez.

Le concours du Meilleur sommelier du Canada s'est tenu du 16 au 19 octobre 2021 à Penticton, en Colombie-Britannique. Il réunissait dix candidates et candidats venant de partout au Canada. Hugo Duchesne (Meilleur sommelier du Québec 2020) et Pier-Alexis Soulière représentaient le Québec. Parmi les trois personnes retenues pour la grande finale, Matthew Landry, Meilleur sommelier de Colombie-Britannique, et Emily Pearce, Meilleure sommelière de l’Ontario, ont respectivement obtenu les 2e et 3e places.

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