Vous naviguez sur le site Mordu

Geneviève Pettersen n’est pas cheffe, et toi non plus

par  Émilie Lavallée

L’image est en cours de chargement...

La couverture du livre Je suis pas cheffe, pis toi non plus / Recette de boulettes à la sauce tomate tirée du livre | Photo : Hans Laurendeau

Écrivaine, animatrice, scénariste, Geneviève Pettersen a porté plusieurs chapeaux dans les dernières années. Voilà qu’elle ajoute une nouvelle corde à son arc avec un livre de recettes intitulé Je suis pas cheffe, pis toi non plus, qu’elle lancera le 29 septembre prochain. Avec ce livre, elle souhaite décomplexer les gens en cuisine et qu'ils osent essayer de nouveaux plats... quitte à se tromper. Parce que les boss, ce sont eux.

Après la fiction, pourquoi un livre de recettes?

Les gens connaissent moins ce côté-là de moi, mais dans mon cercle d’amis, je suis vraiment la fille que tu appelles quand tu ne sais pas ce que tu veux faire pour souper. Et ce n’est pas une joke; mes ex m'appellent quand vient le temps de faire des recettes à leur nouvelle date. Donc ce livre-là, je l’ai fait pour mes enfants, pour mes ex, pour mes amis. Pour leur dire qu’ils les ont toutes dans un livre maintenant! [...] Je sais que le monde aime catégoriser les gens, mais moi je fais ce qui me tente. Puis là, ça me tentait de faire un livre de bouffe. Je trouvais que le timing était bon parce qu’on est tous chez nous en train de redécouvrir nos fourneaux et je pense qu’on a fait le tour de nos recettes!

Quel était ton but en écrivant ce livre?

C’est vraiment un livre pour donner de l’autonomie aux gens. Il faut qu’ils se fassent confiance dans la cuisine. Et il faut qu’ils se disent qu’ils peuvent essayer des affaires et s’ils se trompent, ce n’est pas plus grave que ça. Peut-être que ça va leur prendre cinq fois pour réussir un risotto, mais je veux que les gens aient l’impulsion d’essayer de le faire.

C’est un projet pandémique?

Écrire un livre de recettes, ça a toujours été un rêve pour moi, bien avant que j’écrive un roman. Je pense que la pandémie a accéléré le processus parce qu’on était plus à la maison, j’avais donc plus de temps pour le faire. Je pense que dans ce sens-là, c’est un livre pandémique. Mais sinon, ça faisait longtemps que j'y pensais et ça faisait plusieurs éditeurs qui m’approchaient. Mais ce livre-là, ce n'est pas une commande. C’est moi, c’est ma famille, c’est pour vrai. Si tu viens manger chez nous, c’est vraiment ça que tu vas manger. C’est une affaire de vraie vie.

Depuis combien de temps travailles-tu sur le livre?

Tu pourrais plutôt me demander depuis combien d’années je n’y travaille pas. Ça fait des années que je l’ai dans ma tête, j’avais déjà commencé à noter mes recettes. Alors quand je suis arrivée à la table à dessin, ça s’est passé très vite.

L’image est en cours de chargement...

Recette de bouilli de légumes tirée du livre de Geneviève Pettersen | Photo : Hans Laurendeau

D'où ton inspiration te vient-elle quand vient le temps de cuisiner?

Mon inspiration vient de ce que j’ai dans mon frigo. Je trouve qu’on peut faire de la magie avec des restants. Évidemment, au début, ça demande d’avoir une base pour ensuite pouvoir faire à peu près n’importe quoi. Il faut que tu aies des herbes fraîches, du citron et une couple d’autres affaires pour cuisiner des recettes simples, mais super savoureuses.

Visuellement, ton livre est très coloré et funky. Pourquoi?

Parce que c’est moi. Je suis hétéroclite. Il n’y a rien de contrôlé dans mon image. Elle est très éclatée. J’étais un peu tannée aussi des livres blancs sur fond flou. La devise qui dit « du chaos naissent les étoiles », c’est pas mal la définition de ma cuisine. C’est le bordel, il y a des plats partout. Je veux juste que quand tu arrives à la table, ce soit bon, puis si c’est beau, tant mieux. C’est donc un livre qui me ressemble. Je ne voulais pas m’inscrire dans une tendance, au contraire.

On constate que l’autrice n’est jamais bien loin parce qu’il y a une grande place accordée à l’écriture et aux anecdotes tout au long du livre.

C’est important parce que quand tu fais de la bouffe, tu racontes des histoires. J’ai toutes sortes d’anecdotes entourant des plats, des moments en cuisine, des histoires qui me sont arrivées ou qui sont arrivées à d’autres et qui sont porteuses de sens. De plus, la cuisine, c’est notre culture. Est-ce qu’il y a quelque chose de plus intimement lié à la culture d’un peuple que sa cuisine? Non. Et pour moi, les mots et la bouffe, en ce sens-là, c’est un mariage parfait. Cuisiner, c’est donner, et j’avais envie de raconter une partie de ma vie aux gens.

Considères-tu la performance culinaire comme la plus grande ennemie dans nos cuisines?

Je pense que c’est la plus grande ennemie de nos vies en général. Maintenant, on est inondé de recettes sur Internet. Ça peut devenir un peu étourdissant. Et la barre est quand même haute je trouve. On a l’impression qu’il faut performer des soupers. Moi je dis : revenons à l’authenticité et à la simplicité. Prenons des affaires simples et faisons-les bien. Puis arrêtons d’angoisser toute la journée avec ce qu’on va faire pour souper! La vérité, c’est que les gens, quand c’est bon, ils trouvent ça bon. Que ce soit compliqué ou pas, ce n’est pas important.

Si on te demandait de choisir une seule recette dans ton livre, laquelle ce serait?

Les keftas d’agneau sont vraiment le fun avec le riz de l’appropriation culturelle. Les boulettes aussi pour les enfants, je trouve que c’est vraiment trippant. C’est le genre d'affaires qui se fait en vraiment pas beaucoup de temps. Trente minutes top chrono et c’est pas mal fini. Tu mets de l’orzo en dessous avec des feuilles de basilic. Ça a l’air d’avoir été longuement préparé. C’est une recette que tu peux faire un lundi soir quand tu reçois des amis et que ça ne te tente pas de te casser le bicycle.

L’image est en cours de chargement...

Recette de carré d'agneau de PY qui a copié Paul-Antoine tirée du du livre de Geneviève Pettersen | Photo : Hans Laurendeau

Quelques questions en rafale pour terminer l’entrevue…

Quelle est la soupe qui dit le plus « je t'aime »?

Ce serait la soupe de poisson de la rivière aux Roches parce que c’est romantique. Elle est belle.

Quel est le livre de cuisine que tu connais par cœur (ou presque)?

Oh mon dieu… que je connais par cœur. Ce serait mentir de dire que je connais un livre de cuisine par cœur parce que je n’en utilise pas tant que ça. Mais j’ai beaucoup consulté l’encyclopédie culinaire de Jehane Benoît. Je reviens toujours à ça.

Quel est ton endroit secret pour trouver de la belle vaisselle?

Le trottoir et les sous-sols d’église.

Quelle est ta recette dépanneuse pour les lundis soirs pu-rien-dans-le-frigo?

Le cari de restant de frigo. Par exemple, hier, j’ai mis plein de légumes qui allaient passer date dans un chaudron, avec du poulet, du lait de coco, du cari rouge et des feuilles de lime kaffir et ça a donné un délicieux cari. En plus, je n’ai pas jeté de légumes.

Quel est le plat qui définit le plus ta génération?

Je pense qu’il faut que ce soit quelque chose d’un peu métissé parce que notre génération, c’est celle où on a commencé à intégrer des éléments des autres communautés culturelles à notre cuisine. Ce serait n’importe quel plat avec quelque chose qui vient d’ailleurs dedans.

Raconte-nous un échec culinaire.

Les gens qui mettent trop de vinaigrette dans la salade. Arrêtez de faire ça!

La couverture du livre Je suis pas cheffe, pis toi non plus / Recette de boulettes à la sauce tomate tirée du livre | Photo : Hans Laurendeau