Louis Dugas, de vigneron de garage à homme-orchestre du vin

par  Elizabeth Ryan

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Le vigneron Louis Dugas a le désir de collaborer pour apprendre continuellement, comme pour cette cuvée de cidre élaborée avec le producteur Loïc Chanut. | Photo : Gracieuseté

Certains rêves se construisent lentement, une brique à la fois. En 20 ans, Louis Dugas a été tour à tour restaurateur, représentant dans une agence d’importation de vin, conseiller à la SAQ, directeur en marketing dans un vignoble, vigneron de garage et, aujourd'hui, négociant. Tout ça dans l’espoir de mettre un jour la main sur un petit lopin de terre au Niagara. Portrait d’un homme armé de patience qui n’est plus qu’à un pas de réaliser son rêve.

L’année 2021, Louis Dugas s’en souviendra longtemps. Sa dernière cuvée de vin lancée en plein été, une bouteille d’un litre de vin orange nommée Shoemaker, s’est écoulée en moins d’un mois à la SAQ. C’est un moment charnière pour notre entreprise Trois Moineaux, lancée il y a trois ans. Quatre cents caisses qui s’envolent en un temps record, ça a de quoi nous confirmer qu’on est sur la bonne voie!, dit Louis Dugas, tout sourire.

Trois Moineaux, c’est un ovni dans l’industrie du vin au Canada. Louis Dugas et ses deux partenaires d’affaires se définissent comme des négociants en vin, c’est-à-dire qu’ils achètent des raisins au Niagara, les transforment en vin et les mettent en bouteille en Ontario avant de les exporter au Québec pour les mettre en marché.

2022 sera au Québec l’année des vins de soif, accessibles, mettant en valeur les cépages hybrides canadiens. Les vins de macération ont l’avantage d’être polyvalents, quelque part entre le blanc et le rouge. Avec des saucisses, des hamburgers, des mets italiens à base de tomates, les possibilités sont immenses. Je veux m’en aller vers ce genre de projet, mettre au monde des vins plus cool, plus funk.

Louis Dugas, négociant

L’avenir semble aujourd’hui prometteur pour celui qui est parti de rien et qui avoue avoir longtemps souffert du syndrome de l’imposteur. J’ai fini par réaliser que je me suis imposé moi-même ces limites-là. Les consommateurs, ça leur importe peu si je suis un vigneron à part entière ou si j’achète mes raisins. Ce qu’ils veulent, c’est vivre des expériences mémorables en bonne compagnie. Il ne faut pas trop intellectualiser le vin, affirme Louis Dugas.

Après deux décennies à toucher à tout dans le monde du vin et de la gastronomie, il se donne encore une dizaine d’années avant de faire le grand saut au Niagara, en Ontario, où il rêve d’un vignoble à échelle humaine, d’une table champêtre et d’autosuffisance. Je veux léguer quelque chose de tangible à mes filles, ainsi que mon grand bagage d’expérience et tout l’amour que je mets dans ce que je fais.

La révélation pour le vin

Celui qui a grandi à Joliette, au Québec, arrive de loin. [J'ai été élevé dans une famille où] la gastronomie et les grands vins n’avaient pas tellement leur place. Chez moi, c’était la Molson Ex et la bouffe québécoise de base, sans complexité, explique Louis Dugas.

C’est dans le cadre d’un voyage scolaire en France qu’il a découvert avec émerveillement les vins de la Loire et la cuisine française. À 16 ans, je vivais une vraie révélation, mais pourtant, j’étais hésitant à me lancer dans une carrière en vin. Ça me semblait inaccessible.

Louis Dugas a entamé sa vie professionnelle en tant que fonctionnaire spécialisé en informatique pour la Direction de la santé publique de Montréal. J’étais assez en paix avec le compromis de vivre ma passion comme un passe-temps de fin de semaine, raconte celui qui, à 20 ans seulement, était loin de se douter encore qu’il était à l’aube d’un grand changement de vie.

En 2002, Louis Dugas a fini par céder à la tentation du vin et de la haute cuisine. Il a quitté pour de bon son emploi syndiqué et son fonds de pension pour repartir au bas de l’échelle dans un club privé de la métropole québécoise, le 357c. C’est là qu’il a fait connaissance avec le sommelier de renom Romain Gruson, aujourd’hui professeur à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.

Romain Gruson a été le premier de plusieurs mentors formidables qui ont jalonné mon parcours. C’est lui qui m’a initié à la dégustation professionnelle et c’est à ses côtés que j’ai vraiment eu la piqûre pour ce métier. À partir de là, je n’ai eu qu’une seule idée en tête : continuer coûte que coûte dans ce domaine et parfaire mes connaissances.

Louis Dugas

À partir de 2004, Louis Dugas a expérimenté pas mal tout ce qui peut exister comme métier dans le monde de la gastronomie et du vin. Il a commencé par avoir son propre restaurant de cuisine réconfortante à Verdun, un quartier de Montréal.

Ensuite, il a été conseiller dans une SAQ Signature réputée pour sa sélection de grands crus internationaux. Il a poursuivi sa route comme représentant dans une agence d’importation privée québécoise, où il a eu la chance d’aller à la rencontre de plusieurs vignerons à l’étranger.

En 2015, il a accepté le poste de directeur aux ventes et marketing au sein du vignoble québécois Coteau Rougemont, un emploi qu’il occupe par ailleurs toujours. Au fil de ce grand périple, plus j’allais de l’avant, plus je souhaitais me rapprocher du produit et de la matière première. C’est là que le Niagara est arrivé dans ma vie, dit Louis Dugas.

Le coup de foudre pour le Niagara

En 2011, la vie a mis le vigneron canadien Thomas Bachelder sur le chemin de Louis Dugas. Une rencontre qui a changé mon destin, explique-t-il. Aux côtés du vigneron d’expérience, Louis Dugas a découvert le terroir du Niagara, duquel il est tombé solidement amoureux. J’ai tout de suite su que c’était là que je voulais vivre plus tard.

En 2015, grâce aux contacts de son nouveau mentor, Louis Dugas a acheté des raisins et des barriques en Ontario et il s'est mis à faire du vin dans son garage de LaSalle, à Montréal. Je suis devenu vigneron de garage, et de fil en aiguille, parce que mes vins avaient bien du bon sens et que j’ai rencontré les bons partenaires d’affaires qui avaient la même vision que moi, le projet des Trois Moineaux s’est dessiné et on a osé se lancer.

Aujourd’hui, Louis Dugas se définit comme un homme-orchestre du vin. Avec Trois Moineaux, je chapeaute mille affaires en même temps. Les raisins, les vinifications, les étiquettes et le marketing, ça fait beaucoup à penser. Mais le résultat final est plutôt réussi!

Le feu qui brûle en dedans, c’est celui de la générosité et du partage, de l’amitié et de l’ouverture sur les autres. C’est ça, le vin, pour moi. Je suis plein de gratitude pour tous ces gens qui sont apparus dans ma vie au bon moment et qui m’ont amené plus loin. Ce que j’ai appris avec le temps, c’est que pour réussir, tu ne peux pas tout faire tout seul. Le secret, c’est de faire des projets en collaboration avec d’autres et de ne jamais lâcher. Mon projet de microvignoble sera développé dans cet esprit-là.

Louis Dugas

Un conseil pour un entrepreneur en herbe qui souhaite se lancer dans l’aventure du vin au Canada? Si tu restes dans ton divan et que tu ne fais rien, il ne va rien se passer. Aujourd’hui, Louis Dugas reçoit régulièrement des appels de la part de jeunes entrepreneurs qui débordent de questions.

Il se fait un point d’honneur de prendre le temps de discuter avec chaque personne. Pour que la roue continue de tourner, c’est la moindre des choses de redonner au suivant, conclut cet entrepreneur aux cent projets qui prépare tranquillement son prochain grand coup.

Le vigneron Louis Dugas a le désir de collaborer pour apprendre continuellement, comme pour cette cuvée de cidre élaborée avec le producteur Loïc Chanut. | Photo : Gracieuseté