Tout quitter par amour pour vivre dans un vignoble en Alsace

par  Elizabeth Ryan

L'image est en cours de chargement...

Jessica Ouellet aux côtés du vigneron Pierre Wach, dans le chai du domaine en Alsace | Photo : Gracieuseté : Caroline Paulus

C’est l’histoire d’une étoile montante de la sommellerie au Québec qui tombe amoureuse d’un Alsacien et qui quitte tout pour suivre son beau sur la terre de ses ancêtres. Mais Jessica Ouellet, c’est plus que la conjointe du jeune vigneron Pierre Wach, c’est une femme déterminée et travaillante qui a su se tailler une place dans la chasse gardée de l’industrie du vin en France. Récit du parcours trépidant d’une première de classe déjà riche d’un grand bagage, mais qui a la vie devant elle.

La piqûre pour le vin

C’est au début des années 2010 que Jessica Ouellet a été initiée au monde de la sommellerie. Même si le vin ne représentait qu’une fraction de sa formation en gestion hôtelière, elle a eu la piqûre. Avec le vin, on n’a jamais fini d’apprendre et on peut partir à la découverte autant des bouteilles que des humains derrière, souligne-t-elle.

Pendant ses études, cette native de Windsor en Estrie était sommelière au restaurant Auguste à Sherbrooke, et son patron n’était nul autre que le réputé chef Danny St Pierre. Je dois beaucoup à Danny, car il m’a laissé toute la liberté de voyager pour parfaire mes connaissances dans le vin, dit-elle.

En 2011, la jeune femme a entrepris seule un premier périple de trois mois au cœur du vignoble français. Elle y a multiplié les stages d’observation. J’ai rencontré de grandes familles de vignerons, des gens toujours adorables. Ce long séjour m'a confirmé que j’étais sur la bonne voie, explique Jessica Ouellet.

De retour au Québec, elle n’a pas tardé à s’inscrire au cours officiel de sommellerie à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Un programme d’une durée d’un an à l’époque qui offrait aux sommeliers et sommelières en herbe l’occasion de prendre le large pour vivre l’expérience du vignoble sur le terrain. Je suis allée là où je n’étais jamais allée. Le Jura, le Minervois et l’Alsace en France, le Val d’Aoste et le Piémont en Italie, et puis l’Allemagne, énumère-t-elle. Bref, j’en ai bien profité pour voir le plus de pays possible!

L'image est en cours de chargement...

La sommelière Jessica Ouellet a laissé sa prometteuse carrière de côté pour faire du vin. | Photo : Gracieuseté : Jessica Ouellet

En 2013, la jeune diplômée a remporté la prestigieuse bourse Espoir SAQ en sommellerie, qui lui a permis de réaliser un projet de son choix. Cette fois, la globe-trotteuse souhaitait aller le plus loin possible et aller voir comment on fait du vin à l’autre bout du monde . Elle a alors mis le cap sur la Nouvelle-Zélande.

La rencontre avec Pierre Wach

Ce voyage a complètement changé la trajectoire de Jessica Ouellet. Pendant ces trois semaines en Nouvelle-Zélande, le hasard a mis Pierre Wach sur son chemin. Il était lui aussi de passage dans ce pays lointain pour y travailler quelque temps comme maître de chai : Non, mais quel coup du destin de se retrouver au même moment au même endroit! On est restés en contact à partir de là. On ne savait pas trop où tout ça allait nous mener.

De retour de Nouvelle-Zélande, l’amour à distance est devenu la réalité du jeune couple. En attendant les retrouvailles officielles et définitives en Alsace, Jessica a poursuivi sur sa lancée internationale en remportant en 2014 une autre bourse prestigieuse, la bourse ITHQ – Les Grands Chefs Relais & Châteaux, qui lui a donné l’occasion de partir de nouveau à l’aventure et de travailler pour les plus grandes tables de ce monde.

Ce n’est qu’à l’été 2015 qu’enfin les tourtereaux se sont retrouvés pour de bon.

J’ai choisi de m’installer en Alsace parce que Pierre a repris le vignoble familial et que sa vie est ici. Je ne cacherai pas que quand j’ai terminé le périple de la bourse Relais & Châteaux, j’ai reçu des offres très intéressantes. Mais je me suis dit qu’il y en a qui passent leur vie à chercher le grand amour, et que moi, j’avais eu la chance de le trouver. J’ai écouté mon cœur plutôt que ma tête. La vie professionnelle, elle, peut toujours s’adapter.

Jessica Ouellet, sommelière

La vie alsacienne

Enfin réuni en France, le jeune couple a tôt fait de se faire rattraper par la réalité. Grâce à sa formidable expérience professionnelle, Jessica Ouellet n’a eu aucun mal à se trouver un emploi comme sommelière.

Mais c’était loin d’être parfait. Le défi pour nous, c’était que la réalité des horaires de la restauration n'était pas forcément optimale pour notre vie de couple. Pierre travaillant de jour sur le vignoble et moi de soir dans une région éloignée, on finissait par se croiser quelques minutes par jour, dit-elle. Au début de 2018, les deux en sont venus à la conclusion que mieux valait travailler ensemble au domaine.

La bonne nouvelle, c’est que les métiers de vigneron et de sommelière sont très complémentaires. Je mets mon palais plus international au service de Pierre. Lors des vinifications, j’interviens pour le conseiller afin de trouver le point d’équilibre entre l’acidité et le sucre dans le vin explique Jessica Ouellet. Une collaboration qui donne lieu à beaucoup de débats, dit-elle en riant, mais cela finit par donner des résultats plutôt chouettes!

Jugez-en par vous-même! Si vous êtes au Québec, le riesling Andlau du Domaine Wach est présentement offert à la SAQ. Un superbe vin vif, citronné, minéral, avec une légère pointe de salinité que j’adore! Avouant son admiration pour la créativité de Pierre Wach, pour ses vins droits, à la fois secs et aromatiques, pour son désir de sans cesse se renouveler et d’explorer, Jessica Ouellet ne tarit pas d’éloges – c’est le moins qu’on puisse dire – lorsqu’il est question du travail de son conjoint.

Faire sa place en France

Pour Jessica Ouellet, ce n’est pas parce qu’on quitte tout pour suivre son cœur qu’il faut pour autant renoncer à se faire un nom bien à soi dans sa communauté d’accueil. Dès son arrivée en Alsace, elle a créé son blogue, Le cellier de Jess : les aventures d’une sommelière québécoise, dans lequel elle fait encore aujourd’hui part de ses coups de cœur en matière de vin et de gastronomie. Cette réalisation lui a ouvert des portes et a facilité son intégration à la vie française.

Avec mon blogue, le téléphone s’est mis à sonner. J’ai la chance d’écrire pour le prestigieux magazine strasbourgeois Or Norme. Je collabore également avec la très réputée sommelière française Caroline Furstoss, qui a besoin d’un coup de main pour la création de fiches de dégustation. Enfin, j’ai été approchée pour donner des cours en vin par l’entreprise Franck Thomas Formation. Un mandat que j’adore et qui me permet d’élargir mon réseau. En somme, on peut dire que ça se passe très bien pour moi en France.

Jessica Ouellet, sommelière

La vie trépidante de la restauration lui manque-t-elle parfois? Notre bonheur, c’est de vivre au rythme des saisons, et plus concrètement, j’ai la chance désormais de manger trois fois par jour et de me coucher à des heures raisonnables, ce qui était impossible lors de mes années en restauration. M’installer en Alsace m’a surtout permis de retrouver la santé , conclut Jessica Ouellet. Sans oublier le plus beau cadeau : celui de vivre aux côtés de son grand amour.

Jessica Ouellet aux côtés du vigneron Pierre Wach, dans le chai du domaine en Alsace | Photo : Gracieuseté : Caroline Paulus