Quand l'appel de la vigne beaujolaise est plus fort que tout

L'image est en cours de chargement...

Le Beaujolais est majoritairement occupé par des vignes de gamay. | Photo : iStock Photos / Esperanza33

Prendre la fuite ou suivre son rêve? Qu’importe, pour la sommelière Maude Rochette, qui rejoindra – si tout va bien – ses vignes dans la région française du Beaujolais dans quelques mois. Elle laissera derrière elle les moments difficiles qu’elle a vécus au Québec pour se reconstruire, une saison à la fois et au rythme de la vigne.

C’est à Bully, dans le pays des Pierres dorées –oui, ça s’appelle vraiment les Pierres dorées, précise-t-elle – que Maude Rochette a loué une parcelle de gamay dans le but d’y faire du vin. Pourtant, elle évolue dans les bars et les restaurants de Montréal en tant que sommelière depuis des années, bien loin des collines bucoliques du sud du Beaujolais.

Sa voix assurée et son débit rapide se font un peu hésitants lorsqu’elle mentionne qu’il y a quelques années, elle a traversé une dépression. Puis c'est une impossibilité de se voir à long terme en restauration qui s'est mise à la tarauder.

À l’approche de mes 40 ans, j’avais vraiment du mal à me voir vieillir dans cette industrie, c’est plate, c’est de l’âgisme, mais c’est une industrie de bien paraître, et je ne serai plus assez belle, ajoute-t-elle.

L'image est en cours de chargement...

La sommelière Maude Rochette s'apprête à devenir vigneronne, un saut dans le Beaujolais qu'elle voit comme un renouveau. | Photo : Courtoisie / Charles Garant

Ces questionnements et sa dépression l’ont amenée à aller se ressourcer, à quitter son monde pour rejoindre celui des vignerons et des vigneronnes de l’Hexagone. J’ai toujours été très curieuse envers les gens qui font le vin que je bois. Pourquoi mon vin goûte-t-il ce qu’il goûte?, raconte-t-elle. 

Je n’ai rien à léguer à personne; mon départ, c’est un peu une fuite.

Maude Rochette, sommelière et vigneronne

Je suis allée chez Lise et Bertrand Jousset, dans l’espoir que Bertrand me montre les rudiments de la viticulture et de la vinification, dit Maude Rochette. Mais au courant de cet été très occupé, elle a été trop prise par le travail pour recevoir l’éducation qu’elle attendait.

C’est plutôt Emelie Hurtubise, une amie et vigneronne québécoise installée dans le Beaujolais, qui l’a prise sous son aile en compagnie de son partenaire, Raphaël Beysang, à l’automne. 

Elle a eu l’occasion de concocter sa première cuvée, nommée P.S. Tendresse, composée d’une centaine de bouteilles. Un projet vient de naître : celui de s’installer dans la région pour y faire du vin, en bio, le plus naturellement possible. J’ai su que c’était ça que je voulais faire, explique-t-elle.

Quand tu vois des vignes en bio, tu vois que le sol est vivant, que ça respire; à quel point les vins sont bons et digestes quand la nature fait son travail.

Maude Rochette

Maude Rochette fait partie de cette nouvelle génération de vignerons et de vigneronnes qui balancent les préceptes de la révolution verte par la fenêtre pour adopter une culture biologique et une vinification sans intervention chimique.

Pourquoi on précise qu’on parle de vin bio, pourquoi il faut qu’on mette une nomenclature sur les vins natures? Le vin nature, c’est ça, le vin! s'exclame-t-elle. Le vin en conventionnel, ce n’est pas du vin, c’est une boisson alcoolisée, c’est un cocktail.

Trouver des vignes

Ce sont Raphaël et Emelie qui mettent finalement Maude en contact avec un vieux vigneron qui voulait se retirer de la partie. À partir du début de cette année, il lui loue donc ses vignes près de Bully à bon prix. 

Pour financer son projet, Maude Rochette a fait appel à sa communauté, en prévendant bien sûr des bouteilles de son vin à venir, mais aussi en permettant de parrainer une vigne. Les gens ont vraiment un sentiment d’implication en parrainant une vigne, chaque vigne va avoir une étiquette, explique-t-elle. J’imagine la tête des vendangeurs qui vont voir tous ces noms!

L'image est en cours de chargement...

Les vignes louées par Maude Rochette sont en conversion vers le biologique, ce qui veut dire qu'elles étaient traitées chimiquement dans les années précédentes. | Photo : Courtoisie / Maude Rochette

Et pourquoi ne pas avoir pensé au Québec pour un vignoble? Ça aurait pu, mais je suis impatiente, je veux que ça soit bon tout de suite! répond Maude en riant. Je ne veux pas avoir à faire des essais et des erreurs pendant 20 ans avant d'arriver à faire comme les Pervenches! Tant mieux si des gens le font et investissent le vignoble. Moi, je veux des vieilles vignes, je veux du gamay.

Un problème se dresse toutefois sur la route de l’apprentie vigneronne : elle est revenue au Québec en novembre 2020 et n’a pas pu retourner en France à cause de la pandémie de COVID-19.

L’hiver a passé, et les vignes menaçaient alors de débourrer : en France, c’était l’heure de la taille. Si les vignes n’avaient pas été taillées avant la reprise de la croissance, Maude aurait pu perdre une partie de sa première récolte. J’ai des amis qui ont juste décidé un week-end de faire la job à la gang. Ils sont partis à plusieurs et ils ont taillé mes vignes, raconte-t-elle, reconnaissante.

L'image est en cours de chargement...

Les amis de Maude Rochette ont taillé ses vignes avant la belle saison pendant qu'elle était prise de l'autre côté de l'Atlantique. | Photo : Courtoisie

Son billet d’avion est maintenant acheté depuis quelques semaines. Elle se prépare désormais pour son grand départ et se croise les doigts pour pouvoir partir en France sans tracas. Elle réfléchit désormais à la saison qui s’annonce et au vin qu’elle souhaite faire.

Et ce changement de vie lui fera grand bien, prévoit Maude Rochette. J’ai vraiment hâte à une certaine lenteur.

Le Beaujolais est majoritairement occupé par des vignes de gamay. | Photo : iStock Photos / Esperanza33