Permettre à la relève agricole de pousser comme des champignons

par  Alexis Boulianne

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La clientèle peut se familiariser avec les champignons gastronomiques grâce au kiosque. | Photo : Radio-Canada / Alè

Enfant, Philippe de Oliveira se rendait avec sa famille d’origine portugaise au marché Jean-Talon pour profiter des légumes frais qu’amène la belle saison. Aujourd’hui, ce pilote d’avion et cultivateur de champignons gastronomiques installe son petit kiosque dans ce même marché tous les samedis afin de faire découvrir son entreprise.

Venir ici au marché, ça fait partie de ma culture, raconte Philippe de Oliveira, assis à une table près de son étal nouvellement installé. 

La présence de cette jeune pousse au marché est attribuable à l’initiative des Kiosques de la relève, un projet pilote des Marchés publics de Montréal financé par les gouvernements fédéral et provincial qui permet de louer un kiosque à la journée. Sans ça, on n’aurait jamais pu se permettre d’être au marché Jean-Talon, fait savoir le producteur de champignons.

Récemment arrivé dans le monde de l’agriculture, Philippe de Oliveira est un être polyvalent. Il affirme s’être lancé dans de nombreuses entreprises avec son grand ami Ricardo Campos, cofondateur de Champignons de Montréal. Mais aucune d’entre elles ne lui apportait autant de plaisir que la culture de champignons. 

On produit quelque chose de réel, s’enthousiasme-t-il. Les affaires, c’est bien beau, mais juste profiter d’un échange, ça ne correspond pas à mes valeurs. En plus, je peux alimenter les gens avec un produit local qui a une faible empreinte écologique.

Produire au cœur de la ville

La jeune entreprise, fondée en octobre 2020 et située dans un local du Marché central, est membre de la Centrale agricole, une coopérative d’agriculture urbaine. Occupant des locaux industriels sous-utilisés, Champignons de Montréal fait partie de cette nouvelle génération d’entreprises agricoles qui produisent de la nourriture au milieu des villes, en circuit très court.

Philippe de Oliveira fait valoir que la production alimentaire devra subir de profonds changements dans l’avenir. On sait que l’alimentation à la nord-américaine n’est pas soutenable à l’échelle planétaire, dit-il. 

Les champignons sont donc, pour les deux comparses, une option attrayante pour remplacer la viande, ainsi que des aliments intéressants sur le plan nutritionnel.

Sur les étagères de bois, on trouve des pleurotes colorés de rose, de jaune et de bleu, des hydnes hérissons, avec leurs filaments blancs, et des pholiotes adipeuses, avec leur couleur marron qui leur donne le nom de champignons des châtaignes.

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Les pleurotes de différentes couleurs et les hydnes hérissons attirent l'attention. | Photo : Radio-Canada / Alexis Boulianne

Les gens, curieux, s’arrêtent devant cet arc-en-ciel fongique, posant des questions sur la manière de préparer ces champignons gastronomiques, moins connus que ceux dits de Paris. Certaines personnes hésitent et repartent sans acheter. D’être au marché Jean-Talon nous permet aussi de savoir ce qu’il manque aux clients pour qu’ils adoptent nos produits, souligne Philippe de Oliveira.

Un travail de longue haleine

Le producteur souligne que son entreprise n’est pas encore tout à fait rentable, mais que d’assurer une présence au marché lui permet de faire connaître ses produits et, surtout, d’éduquer la clientèle sur les manières de les cuisiner.

C’est un projet de longue haleine. On ne s’attend pas à le rentabiliser tout de suite, souligne celui qui pilote des avions de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) à temps plein et qui s’occupe de sa production de champignons à temps partiel.

En attendant, Philippe de Oliveira et Ricardo Campos sont heureux de voir leurs champignons frais trouver preneurs et preneuses lors de leur présence au marché Jean-Talon les samedis, qui s'étalera jusqu’en octobre. On apprend de nouvelles choses chaque semaine, se réjouit Philippe.

La clientèle peut se familiariser avec les champignons gastronomiques grâce au kiosque. | Photo : Radio-Canada / Alè